ÉDITORIAL

ÉDITORIAL René Guénon

Ambigramme de la Shahâdah,

lisible dans les quatre sens.  

       Cette dernière livraison de l’année propose une nouvelle étude de A. K. Coomaraswamy dans une traduction de M. Max Dardevet. Il y est traité de la « réminiscence » selon laquelle « apprendre » est « se souvenir » parce que notre « connaissance » n’est qu’une participation à l’omniscience divine. C’est pourquoi Platon dit que « tout ce que l’homme apprend est déjà en lui ». Toutes les expériences, toutes les choses extérieures qui l’entourent ne sont qu’une occasion pour l’aider à prendre conscience de ce qu’il a en lui-même. Cet éveil est ce qu’il appelle anamnésis, la « réminiscence ». Si elle est abordée sous ses formes hindoue et platonicienne, c’est que Coomarawamy pensait, comme il l’écrit dans une lettre du 19 juin 1942, que l’anamnesis est un des « points sur lesquels l’accord de Platon et du Vedânta est le plus fondamental. » Mais toutes les histoires de séparation et de réunion, de perte et de retrouvaille, de chute et de rédemption ne sont-elles pas toutes, au fond, des métaphores de l’oubli et de l’anamnèse ? 

       Des lecteurs qui, pour des raisons qui nous échappent, n’ont jamais lu notre éditorial du numéro 1, nous demandent souvent quel est le véritable but des Cahiers de l’Unité. Nous ne savons pas si cette question relève de l’oubli, du soupçon, ou de la pénurie mentale puisqu’en plus du premier éditorial, le contenu de la revue indique clairement sa raison d’être. Quoiqu’il en soit, nous répondons toujours ce que disait le sage confucéen Mencius (6A11) : le but de la vie est de retrouver notre cœur perdu. C’est ce cœur oublié et perdu dont nous nous efforçons de susciter l’anamnèse selon nos moyens, et pour le bénéfice de tous. χάρις μετόπισθ’ εὐεργέων (Odyssée, IV, 695). Chez les Grecs est un fleuve qui coule aux Enfers et qui procure l’oubli, le Léthé. Ce nom précédé d’un préfixe privatif, Aletheia, définit la Vérité, « absence de l’oubli » donc. Ainsi, un autre titre de la revue pourrait être : les Cahiers de l’Anamnèse.

           L’absence de l’oubli du devoir envers ce que l’on doit à la Tradition, telle que René Guénon nous l’a fait re-connaître, commande cette exigence. Reconnaissance ne signifie-il pas aussi « gratitude » ? Il est vrai qu’il y a des hommes qui n’ont pas assez d’étoffe pour être bon, et qu’on ne peut demander à tous de savoir ce qu’est le devoir sans attachement ni à l’action ni aux fruits de l’action, telle que l’enseigne notamment la Gîtâ (XVIII, 9). Certes, la connaissance réelle de la vérité vient uniquement de l’intérieur. Elle n’est reçue d’aucun livre et d’aucun enseignement, mais ce sont presque toujours ceux-ci qui peuvent aider le cœur connaissant à lever les voiles de l’amnésie sur ce qu’il connaît de toute éternité. 

             Si la réminiscence, à tous les degrés, est une recouvrance, M. Pierre Notuma nous permet d’y participer en poursuivant sa traduction des extraits de la correspondance de Clement Stretton qu’il éclaire de sa science maçonnique traditionnelle.

au faux. Même à l’envers, l’image du mensonge n’est jamais qu’un autre mensonge. Il n’y a que la vérité traditionnelle qui mette fin à l’erreur quelle qu’elle soit, et où qu’elle soit. Et les Occidentaux qui voudront connaître quelque chose du Coran feront mieux de se tourner vers les volumes des Arcanes du Coran de M. Pierre Godé ou de The Study Quran publié sous la direction de M. Seyyed Hossein Nasr. 

              Ce Coran des historiens publié par les Dominicains des éditions du Cerf – qui ne semblent plus guère être une maison bien catholique, dans tous les sens du terme – apparaît ainsi dans l’ample et profonde 

           Nous répondrons simplement en citant en note quelques extraits d’un article de Mme Anne-Marie Le Pourhlet, professeur de droit public à l’université de Rennes et vice-présidente de l’Association française de droit constitutionnel. Ce texte, que nous a communiqué un de nos abonnés, expose brièvement et clairement pourquoi de telles affaires surviennent aujourd’hui dans la société occidentale. 

 

 

Julien Arland

Directeur littéraire

 
 
 

Pour citer cet article :

Julien Arland, « Éditorial », Cahiers de l’Unité, n° 20, octobre-novembre-décembre, 2020 (en ligne).

 

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