Mano Poderosa Las Cinco personas

NOTES

Cliquez sur le numéro de la note pour revenir à l'endroit du texte

 

1. L’incantation est une opération tout intérieure, en principe, qui se rapporte exclusivement au domaine de la réalisation métaphysique. Elle a pour but d’obtenir une illumination intérieure. Cette aspiration de l’être vers l’Universel peut cependant, dans un grand nombre de cas, être exprimée et soutenue extérieurement par des paroles ou des gestes, constituant certains rites initiatiques, tels que le japa dans la tradition hindoue ou le dhikr dans la tradition islamique, et que l’on doit considérer comme déterminant des vibrations rythmiques qui ont une répercussion à travers un domaine plus ou moins étendu dans la série indéfinie des états de l’être. (Cf. Aperçus sur l’Initiation, ch. XXIV)

2. Cf. P. Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, Paris, 1999. Les dérivés de Léthé, lathésis et lathos signifient « faute », « erreur ». Tous ceux qui ont reçu une initiation peuvent se souvenir, « même l’esclave analphabète, s’il est dirigé par un bon guide et tenace dans sa volonté », d’après Platon dans le Phèdre. (Cf. G. Droz, Les mythes platoniciens, p. 82, Paris, 1992) Dans la Théogonie d’Hésiode (vers 226-227), Léthé est la fille d’Eris, la Discorde, sœur d’Arès, le dieu de la Guerre. Dans les Hymnes orphiques, Léthé est associé à Thanatos, la Mort. Il y a aussi un aspect positif à l’oubli quand il est celui du « moi ». L’oubli du moi permet de se souvenir du Soi. Ce que l’on pourrait exprimer dans une formule paradoxale : « Oublier, c’est se souvenir ». L’ars memoriæ se confond alors avec l’ars oblivionis, et inversement.

3. On se souvient que c’est la même méthode qui avait été employée contre la Franc-Maçonnerie traditionnelle par M. Roger Dachez, et d’autres. Il s’agissait ainsi d’opposer l’historicisme au symbolisme traditionnel, abusivement confondu avec ses caricatures. (Cf. Laurent Guyot, « René Guénon et la Maçonnerie opérative », Cahiers de l’Unité, nos 2, 3, 4, 5, 7, 8, 12, 2016-17-18) Il est à remarquer que, outre leur spécialisation, les contributeurs de ce Coran des historiens ont soigneusement été sélectionnés pour leur point de vue anti-spirituel, au détriment d’autres spécialistes dont les perspectives intellectuelles sont beaucoup plus larges ainsi qu’en témoignent certains des collaborateurs présents dans le Dictionnaire du Coran (cf. Cahiers de l’Unité, n° 18, 2020). Dans ce Coran des historiens, il s’agit clairement de mettre en avant une communauté épistémique au détriment d’une autre. (Sur cette notion de « communautés épistémiques », utile pour comprendre les mécanismes de prévalence de certains groupes intellectuels, et donc de certaines idées, cf. Emanuel Adler and Peter M. Haas, « Conclusion: Epistemic Communities, World Order, and the Creation of a Reflective Researcch Programm », International Organization, « Knowledge, Power, and International Policy Coordination », Vol. 46, n° 1, 1992 ; Morgan Meyer et Susan Molyneux-Hodgson, « “Communautés épistémiques” : une notion utile pour théoriser les collectifs en sciences ? », Terrains & travaux, vol. 18, n° 1, 2011) 

4. Ceux qui doutent de l’aveuglement des intellectuels occidentaux pourront se rappeler l’exemple de Jean-Paul Sartre écrivant le 15 juillet 1954 lors de son retour d’URSS : « La liberté de critique est totale en URSS [...] Et le citoyen soviétique améliore sans cesse sa condition au sein d’une société en progression continuelle. » 

5. En étudiant les discours académiques sur l’Orient, Edward Saïd a démontré que l’orientalisme a été créé par l’Occident pour un usage politique. Il montre aussi qu’il a été un échec humain tout autant qu’un échec intellectuel. Il présente notamment l’exemple de Renan, dont le travail de philologie comparée n’a eu d’autres résultats que de mettre en avant l’infériorité en tout des langues sémitiques par rapport aux langues indo-européennes... (On connaît aussi son « Mahomet et les origines de l’islamisme », Revue des Deux Mondes, vol. 12, n° 6, 1851, non dénué d’un certain comique involontaire par sa prétention et sa médiocrité) Signalons au passage que M. Amir-Moezzi est également membre de la Société Ernest Renan. Selon Edward Saïd, l’orientaliste universitaire moderne n’a pas accédé à un savoir objectif sur l’Orient. Il est « à ses propres yeux, un héros qui sauve l’Orient de l’obscurité, de l’aliénation et de l’étrangeté qu’il a lui-même convenablement perçues ». Sur l’orientalisme officiel, voir aussi Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues, ch. I.

6. Pour prendre l’exemple de l’Algérie, on constate qu’après plus d’un demi-siècle d’indépendance, elle n’est plus qu’un état policier putrescent dirigé par une junte militaire criminelle dont la préoccupation principale est de garder le pouvoir pour s’enrichir. Certes, il paraît que les peuples arabes et maghrébins ne peuvent être réellement gouvernés que d’une main de fer, mais cette junte sans légitimité est de surcroît associée à une coterie d’hommes d’affaires aussi occidentalisée que crapuleuse. De colossales sommes d’argent – issues notamment du gaz et du pétrole algériens – sont ainsi dissimulées par ceux-ci en France, en Suisse, et dans les pays du Golfe. Alors que ses capacités agricoles sont considérables, l’Algérie est le deuxième plus gros importateur de blé au monde après l’Égypte. La population qui n’est pas liée à la police ou à l’armée – qui disposent de magasins qui leurs sont réservés – peut à peine y survivre. Ce qui explique pourquoi les Algériens sont la première communauté immigrée en France. Quoique l’exil soit d’un profit spirituel certain pour ceux qui ont une vie spirituelle, c’est néanmoins une humiliation cruelle pour un peuple autrefois colonisé que d’avoir à se réfugier chez l’ancien colonisateur pour subsister. Dans ces conditions, on présume qu’après l’effondrement de son régime actuel, l’occidentalisation véritable et complète ne pourra être que bien accueillie.

 
 
 
 
 

Ernest Renan
(1823-1892)