QÂBA QAWSAYN - LA DISTANCE DE DEUX ARCS (VII)

Qâba Qawsayn

La distance des Deux Arcs (fin)

Compléments et développements

PLAN

Sumbolon

Le Barzakh

Le « Confluent des deux mers » : majma‘ al-bahrayn

Les « mystères de la lettre Nûn » et les deux nûn

L’hiéroglyphe du Cancer

Le monde intermédiaire de l’imagination

Conclusion

 

 
 
Calligraphie sourate 114

       Dans cette dernière partie, nous récapitulerons brièvement quelques autres aspects complémentaires du même symbolisme de la jonction des Deux Arcs (Qâba Qawsayn), tous directement reliés entre eux dans leurs multiples interprétations par une signification identique. Il ne pourra encore s’agir que d’un simple aperçu de la richesse inépuisable de ce que l’ésotérisme islamique recèle sur ce thème dans les profondeurs insondables de l’« océan sans rivage » de sa Science sacrée, sujets susceptibles d’autant de développements dans d’éventuels articles ultérieurs.

     Sous diverses formulations, l’idée centrale récurrente est toujours de « rassembler ce qui est épars » dans une figure circulaire unique, s’appuyant sur un même schéma symbolique. La rencontre et la synthèse nécessaire des deux éléments constitutifs de la figure, qui apparaissent séparés au cours de leur développement cyclique, est la condition de leur retour à l’état originel par leur identité fondamentale. C’est l’image idéale de « la figure circulaire qui était complète au début du cycle, avant la séparation de ses deux moitiés, [et qui] doit se reconstituer à la fin du même cycle […] par la jonction de son commencement et de sa fin » (1).   

          Ces deux parties, qui ne sont autres que les deux aspects extrêmes d’une même réalité, ont été interprétées métaphysiquement comme représentant Dieu et la créature, la Réalité divine et la réalité existenciée, le Seigneur et le serviteur, le Non-Être et l’Être, l’Unité et l’Unicité principielles. Elles sont unifiées dans cet état de réalisation majeure de l’Identité suprême obtenue au terme du voyage spirituel « dans la plénitude de la Connaissance Divine », qui en termes islamiques, a été identifié à la Non-Dualité (al-Wahdah) de la Réalité muhammadienne (al-Haqîqah al-muhammadiyyah). Mais elles peuvent aussi figurer d’une manière générale l’absolu et le relatif, l’un et le multiple, l’éternel et le contingent, la nature divine et la nature humaine, ou encore l’informel et le formel, l’idée et la forme... Nous envisagerons maintenant quelques autres illustrations de cette forme archétypale dans les domaines cosmologique et astrologique, dans celui des formes cycliques de la Tradition primordiale, du symbolisme des lettres, ainsi que diverses autres applications d’ordre initiatique et fonctionnel dans une perspective eschatologique.    

Sumbolon

  

        Cette idée maîtresse est le principe même du symbole, qui est suggéré par l’origine étymologique de ce terme. C’est ce qu’a indiqué M. Vâlsan, lorsqu’il a relevé que « cette opération de reconstitution n’est pas sans rappeler une pratique traditionnelle très caractéristique qui est aux origines du mot “symbole” : en grec sumbolon désignait la tessère coupée en deux, dont deux hôtes gardaient chacun une moitié transmissible aux descendants ; ces deux parties “rapprochées” ou “mises ensemble” (un des sens de sumballo(2) permettaient de faire reconnaître leurs porteurs. » (3)

        Comme tel, en tant que figuration concrète du cercle divisé en deux parties circulaires, c’est la représentation formelle par excellence du symbole, sa figure idéale, ou, si l’on peut dire, le symbole du symbole. C’est l’image même de « la figure circulaire qui était complète au début du cycle, avant la séparation de ses deux moitiés », selon la définition de R. Guénon que nous venons de citer à l’instant (4).               Cette image exprime la raison d’être de la fonction originelle du sumbolon, son principe étant de faire coïncider les deux parties complémentaires d’une réalité originelle unique, nécessairement devenue duelle pour actualiser ses diverses possibilités dans leur domaine propre. Cette opération s’effectue dans un « moment » et un « lieu » conjonctif spécifique, au cours d’un processus de « rapprochement » mutuel, de rencontre et de « reconnaissance » entre les « porteurs » respectifs des deux éléments séparés. Mais...     

Jean-François Houberdon

(À suivre)

La suite de cet article est exclusivement réservée à nos abonnés ou aux acheteurs du numéro 20 des Cahiers de l'Unité

Pour citer cet article :

Jean-François Houberdon, « Qâba Qawsayn, la distance de Deux Arcs », Cahiers de l’Unité, n° 20, octobre-novembre-décembre, 2020 (en ligne).

 

© Cahiers de l’Unité, 2020 

 
 

Tessères antiques

Tessères antiques

Sourate 114