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Monique-Éliane André-Gillois
Essai de biographie spirituelle

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La crise du monde moderne préface Rémi Soulié.png

Sommaire

      

Introduction : Cinq cycles de quinze années

Partie I : L’Instauration (1924-1939)

Partir II : La Régénération (1939-1954)

Partie III : La Formation (1954-1969)

1/ Disciple de Jacque Maritain

1.1. « Voir l’Être » : le geste artistique et l’expérience mystique

1.2. Jacques Maritain : antimoderne, novateur, spirituel

1.3. La doctrine de la connaissance

1.4. La connaissance surnaturelle : expérience mystique et réalisation

1.5. Les études universitaires de philosophie

2/« Notre regard et la Phénoménologie »

2.1. Phénoménologie et Science traditionnelle

a. « Regarder l’invisible »

b. Husserl et « la crise de l’humanité européenne »

c. Maurice Merleau-Ponty : l’art comme analogie du corps

d. Philosophie et initiation : une miséricorde pour le monde ?

e. « Sortir de la phénoménologie » : Edith Stein et l’Esprit d’Élie

2.2. Vérité et connaissance mystique

a. Réalisme critique et doctrine de la Vérité

b. La racine commune des puissances de l’âme

c. Regard et vie mystique

d. Le regard de l’homme d’aujourd’hui

e. Retrouver la vue : « Domine, ut videam ! »

f. « La juste mesure du regard » : contempler l’Agneau mystique

g. Une intelligence préparée pour une lumière nouvelle

3/ « Libérer les intelligences »

3.1. La rupture conjugale

3.2. Enseigner l’intellectualité catholique  

3.3. L’Oblature bénédictine   

 

Introduction

Cinq cycles de quinze années

 

           L’étude de Monique Éliane André-Gillois dont Les Cahiers de l’Unité commencent aujourd’hui la publication, a été rédigée à un moment décisif de sa vie. Car celui qui lui avait demandé de travailler ainsi sur « le Roi du Monde et la localisation du Centre suprême », reprenant une question que René Guénon soulevait mais laissait pendante à la fin du Roi du Monde (1), entendait que cette étude fût un travail probatoire à l’issue duquel il pourrait conférer l’initiation à Monique-Éliane (2), la rattachant ainsi aux organisations à la destinée desquelles il présidait alors. Pour bien recevoir ce texte, écrit pour ainsi dire au seuil de sa renaissance initiatique, il convient de situer cet épisode dans la trajectoire de vie de son auteure. De cette ligne de vie, nous voudrions dans cet essai montrer les traits essentiels, en souligner la profonde cohérence, son unité intérieure jamais démentie, sa signification spirituelle, et ce qu’elle peut nous apprendre pour aujourd’hui.

          Monique Éliane André-Gillois est née le 10 février 1924 ; elle est décédée le 9 mars 1999. Les soixante-quinze ans de sa vie enchaînent cinq cycles, chacun comptant environ quinze ans. Chacun aussi se laisse définir d’un mot. Il eut d’abord l’instauration (1924 – 1939) ; puis la régénération (1939 – 1954) ; puis la formation (1954 – 1969) ; puis la fructification (1969 – 1984) ; puis la circulation hermétique dans le feu d’une distillation alchimique tout intérieure (1984 – 1999). 

      Nous tenterons de montrer comment la vie de Monique-Éliane, s’organisant et s’enchaînant de l’intérieur en ces cinq cycles, n’a cessé de suivre la même trame nouée en vue d’un seul but : la connaissance de Dieu. Nous soulignerons que, au travers des ruptures qui marquèrent leur succession, et par les changements de plan qui se succédèrent – pour finalement la faire entrer de plain-pied dans le domaine initiatique – ces cinq cycles marquent des degrés successifs d’approfondissement d’une même thématique fondamentale, qui a soutenu la continuité de sa vocation spirituelle, en a assuré la cohérence profonde, et en a déterminé la fécondité. C’est ainsi qu’en l’ultime période de sa vie, tout orientée vers l’Orient éternel et sa manifestation opérative au pôle céleste internel de sa destinée, elle accueillit à l’intime de son cœur les sept Rayons divins de la Lumière paraclétique : ils y nourrirent le Feu hermétique sous l’empire duquel l’ultime distillation de la Grâce réalisatrice put intervenir.

 

L’Instauration (1924-1939)

 

         Monique-Éliane naquit à Paris. Son père... 

Christophe Attali

NOTES

 

1. Le Roi du Monde, chapitre XII (« Quelques conclusions ») : « Dans la période actuelle de notre cycle terrestre, c’est-à-dire dans le Kali-Yuga, cette “Terre Sainte” défendue par des “gardiens” qui la cachent aux regards profanes tout en assurant pourtant certaines relations extérieures, est en effet invisible, inaccessible, mais seulement pour ceux qui ne possèdent pas les qualifications requises pour y pénétrer. Maintenant, sa localisation dans une région déterminée doit-elle être regardée comme littéralement effective, ou seulement comme symbolique, ou est-elle à la fois l’un et l’autrei?».

2. Nous désignerons fréquemment M. E. André-Gillois par son double prénom avec un trait d’union. Car à la fin de sa vie elle tenait, dans sa correspondance, à toujours signer en joignant son nom Éliane à celui de Monique. Il y avait là une intention précise : la grâce maternelle que Monique savait avoir reçu d’abord comme à l’image de la mère de saint Augustin, puis surtout dans une maternité spirituelle au centre le plus intérieur de l’Église, trouvait sa réalisation la plus subtile sous le sceau élianique de ce qu’elle évoquait comme « l’ésotérisme universel ». Elle référait alors celui-ci à ce « Catholicisme intégral » que René Guénon appelait de ses vœux et dont il écrivait en 1927, au chapitre IX (« Quelques conclusions ») de La Crise du monde moderne, qu’il « serait quelque peu paradoxal de (le) voir se réaliser sans le concours de l’Église catholique ». Nous reviendrons sur ce point important, et problématique, dans notre évocation de la dernière période de sa vie, où tout l’effort de Monique Éliane André-Gillois fut de revivifier au cœur de l’Église catholique romaine et dans l’actualité métahistorique de « l’ésotérisme universel », l’héritage légitime de l’ésotérisme chrétien en Occident. La notion du « Catholicisme intégral », cependant, venant alors pour elle à se confondre avec celle de l’universalité spirituelle du Mystère christique, pouvait paraître impliquer que l’Église fût en quelque manière le Lieu où toute forme traditionnelle, à la fin du présent cycle de l’humanité, devait trouver sa vérité la plus intérieure. Nous reviendrons sur ce point, essentiel à la juste compréhension du destin personnel de Monique-Éliane comme du processus de revivification initiatique qu’elle voulut mener à bien.

3. ... 

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