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Chevaliers, pèlerins et symboles
du Centre du monde

 

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Apports orientaux

       

        Wolfram von Eschenbach écrivit ses ouvrages sur la saga du Graal à une époque où l’intérêt pour ce type de récit atteignait son paroxysme dans le monde chrétien. Malgré l’existence de plusieurs hiérohistoires, d’histoires sacrées, ayant développé ces thèmes, les œuvres du célèbre chevalier templier ne constituent pas une simple continuation des écrits d’autres auteurs.

       Il est impossible de supposer qu’il s’agisse d’une reformulation personnelle de l’exposé antérieur de Chrétien de Troyes. En effet, Wolfram critique sévèrement certaines erreurs de l’auteur champenois, les attribuant à des enseignements dépourvus de références symboliques significatives. Il ajoute, au début et à la fin de son propre récit, une série de chapitres qui développent des événements totalement ignorés par ses prédécesseurs. Il explique que ses histoires sacrées contiennent des éléments doctrinaux attestant d’un fondement spirituel très large, censé révéler une sagesse multidimensionnelle. L’appartenance même de Wolfram à l’Ordre du Temple témoignait avec autorité que les perspectives qu’il présentait s’inscrivaient dans l’héritage doctrinal qui alimentait la formation d’une nouvelle élite aristocratique. Outre les indications symboliques et rituelles, il s’agissait de réorganiser la sphère politique et sociale en intégrant au sein de l’empire les doctrines issues de la théologie impériale (Kaisertheologie), organisée autour de la figure mystérieuse de Melchisédech (1).

         S’appuyant largement sur les importantes découvertes de Friedrich von Suhtscheck (2) et Max Semper (3) au début des années 1930, un érudit de l’art et du symbolisme hindo-bouddhistes tel qu’Hermann Goetz (4) était parvenu à mettre en lumière, dans le Parzival, une quantité considérable d’éléments persans, et plus précisément « orientaux », difficiles à appréhender pour la plupart des chevaliers chrétiens à l’époque de l’apogée de l’Ordre du Temple. La présence, dans la hiérohistoire du Parzival, de nombreux faits inconnus de Chrétien de Troyes paraît énigmatique, mais elle est riche d’indices sur les aspects extra-littéraires qui auraient nourri la formulation de l’œuvre.

         Prenons, par exemple, la description minutieuse des symboles ornant le palais des califes à Bagdad, symboles qui, selon...

Nuccio D'Anna

NOTES

 

1.  Sur la Kaisertheology, voir E. Benz, Ecclesia Spiritualis, Stuttgart 1934, (trad. it.), pp. 182-206 ; R. Staats, Theologie der Reichskrone, Stuttgart 1976, pp. 31-45, 74 à 77, 87 à 107 ; A. Dempf, Sacrum Imperium, Munich 1929 ; E. Kantorowicz, Les Deux Corps du Roi (trad. fr.), Gallimard 1989, chap. II-V. Très utile est également A. De Stefano, The Imperial Idea of Frederick II, Edizioni del Veltro, Parma 1978. Sur Melchitsedek, voir N. D’Anna, Melchitsedek. Il mistero di una figura biblica, Il Leone Verde, Torino 2014.

2.  Cf. Fr. von Suhtscheck, « Die iranischen Quellen in Wolfram Parzival », Wolframs von Eschenbach Reimbearbeitung des Pârsîwalnâmä, Klio, n° 25, 1932, p. 50 sqq. ; Id., « Herrn Wolfram von Eschenbach gereimte Pârsîval-nâmâ Uebersetzung », Zeitschrift der Deutschen Morgenländischen Gesellschaft, 1930, p. 106 sqq. 

3. M. Semper, « Der persische Anteil an Wolframs Parzival », Deutsche Vierteljahrsschrift für Literaturwissenschaft und Geistesgeschichte, n° 12, 1934, pp. 92-123. Voir aussi le plus récent Paul Kunitsch, « Zu einigen Wolframschen Orientalia », dans Wolfram-Studien II, Schweinfurter Kolloquium, 1972.

4. Hermann Goetz, « Der Orient der Kreuzzüge in Wolframs Parzival », Archiv für Kulturgeschichte, n° 49, heft 1, 1967, pp. 1-42.

5. ...

 

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