Présentation de l’étude de M. Pawel Maciejko

Portrait du kabbaliste en jeune homme :

le comte Waldstein et son entourage

          Le point de départ de cette étude de M. Pawel Maciejko est un tableau qui se trouve dans le château de Duchcov (Dux en allemand) en Tchéquie. Il s’agit d’un portrait du comte Josef Karl Emmanuel von Waldstein (1755-1814). Ce personnage n’est connu aujourd’hui que pour avoir accueilli dans son château le fameux Giacomo Casanova qui y résida les treize dernières années de sa vie à titre de bibliothécaire, y écrivant la plupart de ses œuvres.

          C’est à l’occasion de recherches sur les relations de l’aventurier vénitien avec la fille de Jacob Frank, le successeur de Sabbataï Zévi en Europe de l’Est, que l’auteur se rendit au château de Duchcov où il remarqua ce tableau, et surtout un détail particulièrement curieux qui y figure. En effet, quoique chrétien, cet aristocrate est représenté tenant un livre ouvert à des pages écrites en hébreu. M. Maciejko a identifié cet ouvrage qui s’avère être le plus important de l’ésotérisme hébraïque : le Zohar. Chose plus étrange encore, et jamais vue sans doute à cette époque et sous ces latitudes, il comporte aussi une inscription en arabe mentionnant les « Secrets de Muhammad le Prophète ». D’une manière qui nous paraît tout à fait concluante, l’auteur a proposé une solution aux problèmes posés par ces énigmes. 

       Si nous avons souhaité que soit publié ici ce texte, c’est en raison de son rapport avec un point que nous avons brièvement esquissé dans la deuxième partie de notre travail en cours sur les études akbariennes en Occident, parue l’année dernière dans le n° 17 des Cahiers de l’Unité. Nous faisions allusion aux nouvelles formes données à son mouvement par le faux messie Sabbataï Zévi après sa conversion à l’Islam. Nous évoquions ainsi une contre-doctrine secrète qui se déploya de façon cachée, non plus seulement à l’intérieur du Judaïsme, mais aussi dans l’Islam et dans le Christianisme en Occident. C’est ce dernier aspect qu’illustre le présent article.

       M. Paweł Maciejko est professeur agrégé d’histoire et professeur Leonard et Helen R. Stulman de religion, de pensée et de culture juives classiques à l’Université Johns-Hopkins de Baltimore. Il a obtenu un doctorat en histoire moderne à l’Université d’Oxford en 2004. Après avoir terminé une bourse post-doctorale Whiting à l’Université de Chicago l’année suivante, M. Maciejko a rejoint la faculté de l’Université hébraïque de Jérusalem, où il a enseigné jusqu’en 2016, date à laquelle il est arrivé à l’Université Johns-Hopkins. Son livre The Mixed Multitude: Jacob Frank and the Frankist Movement 1755-1816 (University of Pennsylvania Press, Philadelphia, 2011) a reçu le prix Salo Baron de l’American Academy of Jewish Research et le Jordan Schnitzer Book Award de l’Association of Jewish Studies. Sa publication la plus récente est Sabbatian Heresy: Writings on Mysticism, Messianism, and the Origins of Jewish Modernity (Brandeis University Press, Boston, 2017). 

       Nous le remercions chaleureusement de nous avoir tout de suite autorisé à publier la traduction de son étude parue dans The Jewish Quaterly Review, Vol. 106, n° 4, pp. 521-576 (automne 2016) sous le titre : « A Portrait of the Kabbalist as a Young Man: Count Joseph Carl Emmanuel Waldstein and His Retinue ». Nous remercions également Mme Marie-Sixtine Hucher d’avoir bien voulu se charger gracieusement de la traduction.

Stanislas Ibranoff

Nota bene : Les illustrations non-légendées comme « Figure » sont de l’éditeur.