René Guénon et la tradition hindoue

René Guénon et la tradition hindoue

Les limites d'un regard

Renaud Fabbri

M. Renaud Fabbri ou les limites d’une compréhension (II)

NOTES

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  • Cf. Cahiers de l’Unité, n° 13, Miroir des textes, 2019.

 

1. Cf. M. Brion, « Génération spirituelle de René Guénon » ; S. Ibranoff, « Réponse à M. Paul Fenton » ; P. Brecq, « À propos des maîtres hindous de René Guénon », Cahiers de l’Unité, respectivement n° 1, 10 et 12, 2016 & 2018.

 

2. Cf. René Guénon, l’appel de la sagesse primordiale, Paris, 2016.

3. Compte rendu du livre de Jean Herbert, Quelques grands penseurs de l’Inde moderne, É. T., 1937 ; voir aussi notre Étude critique de l’ouvrage de M. Patrick Ringgenberg, section « La “superstition de la nouveauté” », Cahiers de l’Unité, n° 1, 2016.

 

4. M. Vâlsan, art. cit.

 

5. Cf. C. G., art. cit., note 1, Cahiers de l’Unité, n° 9, 2017.

               

6. « On prétend en conclure que la caste est essentiellement héréditaire, ce qui est encore une erreur : si elle est le plus souvent héréditaire en fait, elle ne l’est point strictement en principe, le rôle de l’hérédité dans la formation de la nature individuelle pouvant être prépondérant dans la majorité des cas, mais n’étant pourtant nullement exclusif. » (Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues, ch. VI)

 

7. Cf. Marc Brion, « Introduction » aux Hymnes à la Déesse, Éditions de l’Unité, 2018.

 

8. Le point de vue traditionnel hindou s’opposait aussi évidemment à l’ouverture des temples à tous les hindous, c’est-à-dire également aux « intouchables », contrairement à l’article 25 de la Constitution indienne promulguée en 1950 par Jawarharlal Nehru (Premier Ministre de 1947 à 1964).

 

9. Cf. Ascèse et renoncement en Inde, Ou la solitude bien ordonnée, Serge Bouez (Éd.), Paris, 1992 ; Patrick Olivelle, The Samnyasa Upanisads: Hindu Scriptures on Asceticism and Renunciation: Hindu Scriptures on Asceticism and Renunciation, Oxford, 1992 ; Ascetics and Brahmins: Studies in Ideologies and Institutions, Anthem Press, 2001.

 

10. Pour A. Desjardin, cf. « Introduction » à l’Avadhût Gîtâ, Le Chant du Délivré, traduit du sanscrit par Hari Prasad Shastri, traduit de l’anglais et présenté par Marc Brion, note 12, Éditions de l’Unité, 2018. Le Dr Suzanne Curtil (Sujata Sen) était souvent en conflit avec le directeur (sarvadhikari) de l’ashram sur ce qu’elle considérait comme un traitement inégal des femmes et des hommes. Ainsi, les femmes n’étaient pas autorisées à prendre le repas du soir avec le Maharshi ni à s’asseoir face à lui dans la salle du darshan, il n’y avait pas de maison d’hôtes pour les femmes à l’intérieur de l’ashram, etc. Comme dans tous les groupes, il y avait aussi des ambitions et des rivalités dont sa forte personnalité fut la victime (Sur Suzanne Curtil, on pourra lire le livre émouvant de sa fille, Monica Bose, The Hill of Fire, sans date). Pour l’observance des différences de castes dans l’ashram de Râmana Maharshi, on sait qu’il amena un de ses jeunes parents qui prétendait pouvoir s’asseoir avec les Occidentaux et les castes inférieures, à prendre place pour le repas du côté de la salle à manger réservé aux Brahmanes, en précisant que lui seul dans l’assemblée ressent qu’il n’est ni Brahmane ni non-Brahmane. Dans la définition du vrai Brahmane, Shrî Râmana inclut dans les qualifications, la capacité de cuisiner sa propre nourriture, afin de ne pas avoir à rompre le dharma de sa caste, lorsqu’il vaquerait en quête de la connaissance. (Cf. É. T., n° 401, 1967)

11. Vijayânanda – Un Français dans l’Himalaya, Itinéraire avec Ma Anandamyi, p. 67, Paris, 1999 ; Atmananda (Blanca Schlamm), Voyage vers l’immortalité (Death must die), Paris, 2003.

 

12. Cf. « Aperçus », Connaissance des Religions, « Frithjof Schuon, 1907-1998 », numéro hors-série, 1999.

 

13. Cf. Suranjan Das, Communal Riots in Bengal, 1905-1947, New York, 1991.

 

14. Cf. Patrick French, Liberty or Death: India’s Journey to Independence and Division, Flamingo, 1998 ; Narendra Singh Sarila, The Shadow of the Great Game: The Untold Story of India’s Partition, HarperCollins, 2009 ; Nisid Hajari, Midnight’s Furies: The Deadly Legacy of India’s Partition, Amberley Publishing, 2015 ; Barney White-Spunner, Partition: The story of Indian independence and the creation of Pakistan in 1947, Londres, 2018.

 

15. Cf. Le chemin du labyrinthe, p. 85 ; « L’interview de René Guénon publiée dans Comœdia, le 14 février 1927 » ; P. Brecq, « Postface à : “L’interview de René Guénon publiée dans Comœdia” », Cahiers de l’Unité, n° 4, 2016.

 

16. « Pour Tagore, dont le côté sentimental vous déplaît, il ne faut pas oublier que c’est un poète, et aussi qu’une foule d’influences hétérodoxes se sont exercées sur lui. Lui non plus n’a rien d’une autorité doctrinale ; et, n’y aurait-il que le rôle joué par sa famille dans le mouvement du Brahma-Samâj, ce serait suffisant pour qu’il y ait, chez la plupart des Hindous, une certaine méfiance à son égard. On lui a longtemps reproché d’être en trop bons termes avec les Anglais ; il a fini par renvoyer ses titres et ses décorations, ce qui l’a fait remonter dans l’estime de ses compatriotes. » (Lettre de R. Guénon du 12 octobre 1924)

 

17.  À notre connaissance, toutes les voies tantriques sont constituées de degrés (cf. « Sur les degrés initiatiques », É. T., septembre 1950). Daniélou reçut ce premier degré initiatique de Brahmananda Tripathi. Il le décrit ainsi : « C’était un garçon assez laid et bizarre. Il s’intéressait surtout aux formes magiques du tantrisme. Il arrivait parfois portant des bracelets, un collier et une ceinture de fer, le métal sacré des adeptes des rites maléfiques de la déesse. [...] À certains moments, Brahmanand apparaissait quelque peu inquiétant, au rebord de la folie extatique, mais il restait un excellent professeur de par sa connaissance du langage ésotérique et mystique qui permet de comprendre le sens ésotérique des textes. » (Le chemin du labyrinthe, pp. 148-149)

             Il nous semble qu’ici Daniélou se laissait aller à une interprétation romanesque, sans doute par ignorance ou pour impressionner ses lecteurs occidentaux. En effet, il est beaucoup plus probable que Brahmananda portait des bijoux de fer le samedi ou lors de certaines périodes astrologiques afin de se concilier les influences dangereuses de Shani, le dieu de Saturne. Aujourd’hui encore, le samedi, les Hindous offrent couramment des clous de fer lors de la pûjâ à Shani. Ce qui n’a rien à voir avec de quelconques « rites maléfiques ». C’est d’autant plus probable que Brahmananda était très averti des rituels d’après Daniélou : « Brahmanand m’enseigna les rites, les coutumes, les convenances, les bains rituels dans le Gange au lever du soleil, les restrictions alimentaires, les cérémonies du puja, les purifications, les jours de jeûne. Je dus laisser croître une mèche sacrée au sommet de ma tête, porter autour de mes reins le cordon noir de ma caste, qui est des plus humbles. » (p 149) Ce qu’il écrit ensuite mérite d’être cité : « Né hors de l’Inde, on est un mleccha, un barbare, assimilé aux plus basses castes artisanales, ce qui vous interdit d’entrer dans la maison des brahmanes, de les toucher, de réciter les Védas, mais nullement de recevoir les plus hauts enseignements de la philosophie et des sciences traditionnelles, si l’on respecte les convenances et les interdits. Beaucoup des grands mystiques de l’Inde, des poètes, des peintres, des musiciens, des sculpteurs devant qui s’inclinaient les rois, appartenaient aux castes artisanales que l’on appelle aujourd’hui, par suite d’une propagande stupide, des “intouchables”.

          L’“intouchable” est en réalité le brahmane qui, à cause de ses fonctions de prêtres, doit observer des règles sévères de pureté rituelle, ne peut accepter aucune nourriture de gens qui ne sont pas de sa famille, ni toucher qui que ce soit. C’est un des traits caractéristiques de la mentalité des Européens de présenter toujours les problèmes à l’envers. » (pp. 149-150)

         Brahmananda était le fils aîné du Pandit Vijayananda Tripathi (1881-1955), l’un des Râmayani les plus renommés du milieu du XXe siècle (cf. Philip Lutgendorf, The Life of a Text: Performing the Ramcaritmanas of Tulsidas, Berkeley, 1991). Selon Daniélou : « Il avait été le disciple d’un célèbre yogi et connaissait, en dehors de la philosophie classique, des rites et de l’interprétation des textes, les aspects les plus secrets des doctrines tantriques et des pratiques du yoga. » (p. 147) Il est vraisemblable ainsi que Vijayananda Tripathi était tantrika en secret, comme c’est souvent le cas (cf. M. Brion, « Le secret des “Cinq Makâras” », Cahiers de l’Unité, n° 3, 2016). D’après Daniélou, « Swami Karpâtrî ordonna à Brahmanand de pratiquer les rites de son initiation. » (p. 152) Swâmî Karapâtrî ne fut donc pas le maître de Daniélou, mais l’autorité qui permit son initiation. Évidemment, on ne sait pas si ce n’est pas Vijayananda ou son fils, Brahmananda, qui consultèrent simplement le Swâmî pour savoir s’il était loisible de transmettre à cet Occidental le premier degré d’une initiation tantrique. Quoi qu’il en soit, « techniquement », Brahmananda était son guru, mais on a vu que Daniélou ne lui vouait pas un grand attachement.

 

18. Cf. La corrispondenza fra Alain Daniélou e René Guénon, 1947-1950, A cura di Alessandro Grossato, Postface par Jean-Louis Gabin : « René Guénon et Alain Daniélou, témoins de la Tradition », Firenze, 2002 ; « Lettres à Alain Daniélou », Présentation de P. Brecq, Vers la Tradition, n° 125, 2011.

 

19. Cf. « Compte rendu du Polythéisme hindou » par Luc Benoist, É. T., janvier-février 1962. Rappelons qu’il n’y eut jamais aucune doctrine essentiellement polythéiste. Toute doctrine traditionnelle est en réalité une « doctrine de l’unité », ou même de la « non-dualité », qui devient monothéiste quand on veut la traduire en mode religieux. « Contrairement à l’opinion courante, il n’y a jamais eu nulle part aucune doctrine réellement “polythéiste”, c’est-à-dire admettant une pluralité de principes absolue et irréductible. Ce “pluralisme” n’est possible que comme une déviation résultant de l’ignorance et de l’incompréhension des masses, de leur tendance à s’attacher exclusivement à la multiplicité du manifesté : de là l’“idolâtrie” sous toutes ses formes, naissant de la confusion du symbole en lui-même avec ce qu’il est destiné à exprimer, et la personnification des attributs divins considérés comme autant d’êtres indépendants, ce qui est la seule origine possible d’un “polythéisme” de fait. (« Monothéisme et angélologie », É. T., oct.-nov. 1946)

 

20. M. Jean-Louis Gabin en était conscient puisqu’il prit soin de mentionner le terme « monothéisme » dans le titre d’un autre ouvrage : Svâmî Karpâtrî, Symboles du monothéisme hindou. Le Linga et la Déesse, Préface de Svâmî Srî Svarupânanda Sarasvatî, Jagadguru Sânkarâcârya de Dvârakâpîṭha et Jyotispîtha. Traduction de l’hindi et du sanskrit, édition, présentation et notes de Jean-Louis Gabin et Gianni Pellegrini, Paris, 2013. Il mentionne d’ailleurs ce point dans L’hindouisme traditionnel et l’interprétation d’Alain Daniélou, pp. 113-115, Paris, 2010.

 

21. Cf. Jean-Michel Bonnefoy, « Alain Daniélou et l’hindouisme traditionnel, ombre et lumière » ; D. T., « L’hindouisme traditionnel et l’interprétation d’Alain Daniélou par Jean-Louis Gabin », Vers la Tradition, n° 125, 2011. Pour les lecteurs de Guénon le livre de M. Gabin n’a fait que souligner et mettre en évidence ce qu’ils savaient déjà depuis presque trente ans, du moins pour ceux qui avaient lu Le chemin du Labyrinthe (1981) lors de sa parution.

 

22. Ce qui nous rappelle une histoire qui nous avait été rapportée autrefois : un maître spirituel du Soufisme se vit offrir un repas composé d’un poulet qui n’avait pas été sacrifié selon la règle. Il n’était donc pas halâl. Avec l’intention de le prendre en défaut, une personne le lui fit remarquer après que le maître l’eut mangé. Le maître monta alors son cheval en demandant à son contradicteur de l’accompagner sur la rive de l’océan. Là son cheval urina dans la mer, et le maître lança à l’homme : « Vois-tu, ton poulet chez moi est comme l’urine de mon cheval dans la mer ! »

 

23. Il est...

 

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