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NOTES

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1. Cf. Jean-Denis Bredin, Sieyès : la clé de la Révolution française, Éditions de Fallois, 1988. Le Père Paul Valadier, S. J., remarque que, de nos jours, ce sont « des sociologues qui fixent les normes notamment en prescrivant autoritairement ce qui doit en être, en particulier sur la famille, la relation des sexes, le sens du mariage (républicain ou laïc) » (« Le catholicisme en face de L’Âge séculier », in Charles Taylor. Religion et sécularisation, sous la dir. de Sylvie Taussig, CNRS Éditions, 2014) Dans la société française, il est inutile de rappeler ce rôle particulièrement néfaste des sociologues, comme notamment, parmi bien d’autres, Pierre Bourdieu (1930-2002), Françoise Héritier ou Mme Irène Théry.

2. Cf. Les structures élémentaires de la parenté, Paris, 1949.

3. Philippe Descola, « Anthropologie de la nature », Leçon inaugurale au Collège de France, prononcée le 29 mars 2001. La question « l’homme est-il naturellement religieux ? », pour autant que l’on puisse la poser ainsi, a été abordée par notre confrère à la revue, M. S. Ibranoff dans son étude sur « La Judaïsme et la fonction de René Guénon », Cahiers de l’Unité, n° 11, 2018.

  

4. M. Buisson fut un des conseillers d’un des présidents de la république française. Si l’on veut avoir un aperçu de la politique telle qu’elle s’exerce au sommet de cet état, on pourra lire son livre La cause du peuple (Perrin, 2016). Guénon avait signalé qu’aucune tendance politique existant en Europe ne peut valablement se recommander de l’autorité d’idées ou de doctrines traditionnelles, les principes faisant également défaut partout. (« Tradition et traditionalisme », É. T., octobre 1936) Les choses n’ont pas changé depuis. On sait que partout où les préoccupations politiques sont introduites, elles nuisent toujours à ce qui est d’ordre traditionnel. Les lecteurs de Guénon savent qu’ils ne doivent pas participer à ce qui peut présenter un caractère politique. Ce qui est curieux est qu’il y a nombre d’entre eux qui sont averti de cela, mais qui ne peuvent s’empêcher de formuler des avis sur les évènements ou les personnages politiques. Comme ces avis sont seulement basées sur ce qui provient de la télévision, ils sont généralement d’une naïveté inouïe, pour dire le moins.                        

           

5. Cf. Charles Taylor, L’Âge séculier, Seuil, 2011 ; Charles Taylor. Religion et sécularisation, sous la dir. de Sylvie Taussig, CNRS Éditions, 2014. Contrairement à ce que Taylor prétend, avec un optimisme qui n’est que de l’aveuglement, la sécularisation n’est pas un processus de redéfinition de la croyance, elle en est une marginalisation aux fins de sa disparition. Ignorant ce qu’est la véritable spiritualité, Taylor s’égare en croyant voir, grâce à la sécularisation, se multiplier les options spirituelles, alors qu’elle n’a suscité que l’apparition de diverses formes du néo-spiritualisme, c’est-à-dire des contrefaçons de la spiritualité authentique. La comparaison entre Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (1945) de Guénon et A Secular Age (2007) de Taylor n’est certes pas à l’avantage du second. Cette idée (fausse) de la modernité comme hérésie du christianisme, ou des idéologies de masse comme avatars « hérétiques » de la révélation chrétienne, n’est pas nouvelle, elle remonte à Eric Voegelin (1901-1985) qui la formula en 1938 avec des « politische Religionen », les religions politiques bolchevik, fasciste et nazie, mais qui devait s’élargir ensuite : « Modernity is based on a deformation of Christian views of society and history ... Modern thought shares fundamental experiences and symbols with ancient Gnostic religion. » (Stephen A. McKnight, Sacralizing the Secular: The Renaissance Origins of Modernity, Baton Rouge, Louisiana UP, 1989) Le terme « religion séculière » qui fut employé par la suite ne veut rien dire ; « Ersatzreligionen », « pseudo-religions », conviendrait mieux à la rigueur. On notera que s’y ajoute, chez Voegelin, mais aussi chez d’autres, l’insubmersible « gnosticisme », référent obsessionnel des catholiques, incapables de penser au-delà de leur sphère religieuse exotérique (cf. Marc Angenot, « Gnose et Millénarisme : deux concepts pour le 20ème siècle », suivi de « Modernité et sécularisation », Discours social, vol. XXIX, 2008 ; « Fascisme, totalitarisme, religion séculière : trois concepts pour le XXe siècle », Discours social, XXXVLL, 2012). M. Alain Besançon, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, établira même un lien entre le léninisme et le marcionisme, ce qui est absurde (cf. Les origines intellectuelles du léninisme, Paris, 1977). Même Voegelin qui définit pourtant les « Lumières » comme une « révolte apostatique » (From Enlightenment to Revolution, Duke UP, 1975), et tous les intellectuels catholiques seront aveuglés par le nazisme et le communisme, alors que ce ne furent que des formes particulières issues de la modernité. Le ventre toujours fécond d’où surgiront encore des bêtes immondes est celui de la modernité, qui n’est autre que la fille (hê mégálê pórnê) de la Bête écarlate. Cet aveuglement les a rendus incapables de penser la modernité comme une civilisation d’origine infernale au sens strict, c’est-à-dire émanant des Enfers. Il est vrai qu’ils sont également bien impuissants à définir ce terme et ce qu’il recouvre. Il n’y a que l’œuvre de Guénon qui le permette aujourd’hui, ce qui devrait faire réfléchir M. Michel.

         

6. L’Antéchrist ou l’Antichrist est le reflet inversé du Christ, mais n’a rien à voir avec lui. C’est pour faire comprendre toute l’horreur qu’il représente à des Chrétiens qu’il porte ce titre. Sa désignation en Islam, quoiqu’il s’agisse bien de la même « entité », apparaît sous le nom : Mesîkh ad-Dajjâl, qui se traduit par le « Messie menteur », le « Messie imposteur », le « faux-Messie ». (Cf. Jean-François Houberdon, « Les Signes de l’Heure », Cahiers de l’Unité, n° 22 et 23, 2021) Guénon a relevé l’étrange ressemblance nécessaire entre les désignations du Messie (El-Mesîha en arabe) et celles de l’Antéchrist (El-Mesîkh), la double signification de ce mot en arabe : « Mesîkh peut être pris comme une déformation de Mesîha, par simple adjonction d’un point à la lettre finale ; mais, en même temps, ce mot lui-même veut dire aussi “difforme”, ce qui exprime proprement le caractère de l’Antéchrist. » (Le Règne de la Quantité, ch. XXXIX).

     

7. Cf. René Guénon, « Pour un nouvel humanisme », Cahiers de l’Unité, n° 1, 2016. Comme la plupart des choses qui s’inscrivent dans le temps, la formation de la modernité se déroule en plusieurs étapes. L’Humanisme étant une de celle-ci. À un certain moment, le bon grain ne pousse plus avec l’ivraie, il est étouffé par l’ivraie. On regrette que l’auteur n’ait pas lu plus attentivement Le Règne de la Quantité ou au moins les chapitres XXVIII, sur « Les étapes de l’action antitraditionnelle », et XXXVIII, « De l’antitradition à la contre-tradition ».  

8. Ce qu’exprime la tradition islamique en disant qu’en sortant du Paradis, la taille d’Adam était alors telle qu’il touchait le ciel de sa tête. Ce qui est une manière d’exprimer la nature transcendante de l’intellect humain à l’âge correspondant. Traditionnellement, et comme en témoignent certains vestiges, les hommes primordiaux étaient d’ailleurs d’une taille bien supérieure à la nôtre. 

9. Si on dit que Satan est le « singe de Dieu », on dit également « qu’il “se transfigure en ange de lumière”. Au fond, cela revient à dire qu’il imite à sa façon, en l’altérant et en le faussant de manière à le faire toujours servir à ses fins, cela même à quoi il veut s’opposer : ainsi, il fera en sorte que le désordre prenne les apparences d’un faux ordre, il dissimulera la négation de tout principe sous l’affirmation de faux principes, et ainsi de suite. Naturellement, tout cela ne peut jamais être, en réalité, que simulacre et même caricature, mais assez habilement présenté pour que l’immense majorité des hommes s’y laisse tromper ; et comment s’en étonner quand on voit combien les supercheries, même grossières, réussissent facilement à en imposer à la foule, et combien, par contre, il est difficile d’arriver ensuite à détromper celle-ci ? » (Le Règne de la Quantité, ch. XXIX)

10. Cf. S. Ibranoff, « L’Europe des Ténèbres », Cahiers de l’Unité, n° 24, 2021 ; Benoît Gorlich, « La Mystère de la France », Cahiers de l’Unité, n° 25 et 26, 2022. On pense également aux Axis rule in occupied Europe (1944) de Raphaël Lemkin qui parlait d’« un plan coordonné de différentes actions ayant pour but la destruction des fondations essentielles de la vie de groupes nationaux, dans le but d’annihiler ces groupes eux-mêmes. Les objectifs d’un tel plan seraient la désintégration des institutions politiques et sociales, de la culture, du langage, des sentiments nationaux, de la religion, de l’exercice économique de ces groupes nationaux, et la destruction de la sécurité, de la liberté, de la santé et de la dignité personnelles, et de la vie même des individus appartenant à ces groupes. »

11. ...

 
 
Apocalypse de Lambeth, 1260

La Modernité telle qu’en elle-même vêtue de pourpre 

(Apocalypse de Lambeth, 1260)

Démons
 
 
 
 
Vierge de l’Immaculée conception Hieronymus Wierix, 1619

Vierge de l’Immaculée conception

Hieronymus Wierix, 1619

Collationes doctrinae S. Thomae et Scoti, cum differentiis inter utrumque par Jacomo Rupho

Collationes doctrinae S. Thomae et Scoti, cum differentiis inter utrumque

Par Jacopo Ruphon, 1671