The Study Quran

sous la direction de Seyyed Hossein Nasr

 

1995 pages, Éd. HarperOne, 2015

Compte rendu

Fatiha

Coran ottoman XVe siècle

        Autant dire qu’en abordant The Study Quran après notre compte rendu sur le Coran des historiens, nous naviguons en eaux claires après être passé en eaux troubles. 

       Cet ouvrage en anglais réunit, sous la direction de Sayyed Hossein Nasr, les travaux de Caner K. Dagli, Maria Massi Dakake, Joseph E. B. Lumbard et Mohammed Ruston qui se sont partagé les traductions des sourates coraniques et les commentaires correspondants.

         Une introduction de Sayyed Hossein Nasr de plus de vingt pages résume les modalités de l’inspiration de la Parole divine par l’Ange Gabriel à l’Envoyé d’Allâh, Muhammad, et insiste sur la doctrine métaphysique de la suprême Réalité et des degrés de l’existence, révélée, en particulier, par les Noms et Qualités divines.

           Le Coran est certes la source de la Loi islamique, mais, sous son aspect externe, il comporte aussi un sens interne caché indiqué par les traditions prophétiques. 

          Il est rappelé à juste titre que les histoires des personnages anciens mentionnés dans le Livre sont révélées et non de simples compilations de sources antérieures. Sous leur forme coranique, elles ont vocation universelle à indiquer les grands types spirituels réalisables par les êtres humains et, en sens inverse, elles déterminent les types de comportements défectueux à éviter.

        L’auteur insiste sur le Coran comme source de connaissance et de science traditionnelles authentiques dans une perspective universelle et sur l’importance de la science des lettres et de leur valeur numérique. Le texte étant la Parole de Dieu, il ne peut en aucun cas être considéré comme de la simple littérature, mais on peut en dégager une métaphysique, une théologie, une philosophie, une histoire sacrée, etc. 

         Par ailleurs sont abordés le rôle et la fonction du Coran dans la vie des musulmans.

        Est mise aussi en avant la difficulté d’établir un commentaire à partir de nombreuses sources qui expriment des opinions différentes – voire contradictoires –, ce qui implique, de la part des auteurs un véritable travail personnel de synthèse avec des choix à faire. On comprend d’autant mieux le problème lorsqu’on découvre la liste des 41 commentaires, tant exotériques qu’ésotériques, exploités ! Dans une annexe (pp. 1919-1930), une courte biographie des auteurs est proposée.

           Cette introduction se termine par une prière, comme c’est courant en conclusion des ouvrages traditionnels.

           Le texte principal comprend une présentation de la sourate, sa traduction en haut de page, et des commentaires sur deux colonnes en petits caractères. Qualitativement et quantitativement, le travail est remarquable et on peut souhaiter qu’il soit rapidement traduit en français. 

          Bien entendu, on peut toujours discuter de la pertinence de la traduction proposée et du choix des commentaires l’accompagnant, mais une traduction du Coran comme celle-ci, accompagnée de gloses traditionnelles, présente un gros avantage par rapport à une simple traduction : elle permet d’éclairer cette dernière en montrant sa complexité et la richesse des sens. C’est un bien précieux à l’heure où chacun cite le Texte sacré à tort et à travers pour argumenter dans une perspective anti-traditionnelle. 

       On peut regretter qu’Ibn ‘Arabî, dont l’œuvre peut être considérée comme un immense commentaire du Coran et du Hadîth, soit si peu cité. Il en est de même pour les Maîtres de son école. Il est vrai que cela demanderait un travail spécifique très complexe : les tentatives comme celle, en arabe, de Mahmûd Mahmûd al-Ghurâb par son ouvrage Rahmah min ar-Rahmân fî tafsîr wa Ishârah al-Qur’ân sont certes très utiles, mais révèlent certaines limites.

            À la suite de cette traduction commentée, 15 auteurs (pp. 1587-1857) présentent des articles sur les différentes approches du texte coranique : sa traduction, ses commentaires, ses aspects ésotériques, le Coran comme source de la Loi, de théologie et de philosophie, le Coran et le Soufisme, l’art, l’histoire sacrée, l’éthique, la guerre et la paix, les états posthumes, etc.

         En fin d’ouvrage, on trouve de précieux index concernant les citations des hadîths, des thèmes coraniques, des termes techniques et des auteurs sollicités.

          En conclusion, nous conseillons à nos lecteurs l’étude de cet ouvrage sachant que lorsqu’il s’agit du Coran il n’y a pas de traduction définitive et que les commentaires ne sont jamais exhaustifs, la Parole divine étant par essence infinie. 

       

Luc Desfontaines

 

 

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Pour citer cet article :

Luc Desfontaines, Compte rendu du livre : The Study Quran, sous la direction de Seyyed Hossein Nasr, Cahiers de l’Unité, n° 20, octobre-novembre-décembre, 2020 (en ligne).

 

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