ÉDITORIAL

ÉDITORIAL René Guénon

           Avec ce numéro 3, nous sommes heureux d’accueillir deux nouveaux collaborateurs : MM. Patrice Brecq et Max Giraud. Lecteurs qualifiés de l’œuvre de René Guénon de longue date et esprits traditionnels, ils sont les auteurs de travaux d’une valeur incontestable. 

             Pendant cinq années, de janvier 2001 à septembre 2005, M. Patrice Brecq a été le Rédacteur en Chef de la revue Science sacrée. Il y a publié plusieurs textes inédits de René Guénon et de Michel Vâlsan. Pour le premier, on rappellera, notamment, « L’idée de l’Infini » (n° 5-6, 2004), et pour le second, « La doctrine des états multiple de l’être dans le Christianisme » (n° 3-4, 2002 et 5-6, 2004), articles qu’il présenta de manière détaillée et qu’il accompagna d’une annotation abondante d’ordre doctrinal et documentaire.

       De René Guénon, il publia également des extraits de ses Cours de Philosophie. On se souvient qu’une édition tronquée de la première partie de ceux-ci avait paru en 2001 sous le titre Psychologie. Elle était si fautive et sa préface tellement indigente que l’on doutait même de l’authenticité du texte. Grâce à M. Brecq, les manuscrits originaux de ces « Cours » furent retrouvés et une partie a pu être publiée. Il en donna une nouvelle présentation et entama un travail de rectification. Selon la manière rigoureuse qui le caractérise, il dégagea et mit en valeur des indications et des précisions qui seraient certainement passées inaperçues pour la majorité des lecteurs. Sa conscience du véritable statut de l’œuvre de Guénon a permis que cette publication soit faite d’un point de vue traditionnel. On consultera en particulier son étude intitulée « Un professeur de philosophie » (Numéro spécial sur René Guénon, Science Sacrée, 2003).

          Ces publications, effectuées à partir des manuscrits originaux, furent poursuivies dans la revue Vers la Tradition en 2011 et 2012. M. Brecq a également publié dans cette revue des articles de René Guénon qui n’avaient jamais été réédités. On trouvera une première bibliographie de ces textes dans deux notes de sa « Postface » à l’article « Orient et Occident », dont il offre ici l’édition définitive, également basée sur une copie du manuscrit original. Si l’on ajoute à tout cela le fait qu’il est le détenteur des copies d’un fonds important de manuscrits de René Guénon, on comprendra qu’il est le mieux placé pour les éditions, rééditions et présentations des textes de René Guénon, et pour prendre ainsi le relais de M. G. M., dont nos lecteurs ont pu apprécier les savantes « Postfaces », et que nous remercions ici.

               M. Max Giraud fut lui aussi un ancien collaborateur de la revue Science sacrée à la même époque. Arabisant d’esprit traditionnel, il y a publié un compte rendu de l’édition des Sermons de Maître Eckhardt (n° 1-2, 2001), un article sur « Le Credo des Apôtres et celui des Prophètes » (n° 3-4, 2002), une étude intitulée « La fonction de René Guénon, manifestation de l’Intellect Universel » (Numéro spécial sur René Guénon, 2003), un article sur « Quelques aspects méconnus du Nom Allâh » (n° 5-6, 2004) et un compte rendu des Sermons eckhartiens et dyonisiens de Nicolas de Cues (n° 7, 2005). Il a ensuite repris ses publications dans la revue La Règle d’Abraham, d’abord avec deux études critiques : « Rencontre avec Khidr » (n° 24, 2007), et « À propos du Livre noir de la psychanalyse » (n° 26, 2008) ; puis avec une traduction présentée et annotée du Livre du Lien retenant le Partant (Kitâb ‘Uqlat al-Mustawfiz), un traité d’Ibn Arabî, publiée en quatre parties sous le titre : « Un traité du Shaykh al-Akbar sur la constitution de l’Homme Universel. Synthèse de la multiplicité des états et modalités de l’Existence » (n° 29, 2010 ; n° 32, 2011 ; n° 35, 2013 et n° 37, 2015. Cette traduction doit être éditée prochainement dans un livre qui comprendra des passages qui n’avaient pas été intégrés dans la revue). En 2011, il a entamé la publication de la traduction intégrale, annotée, du Livre des Haltes (Kitâb al-Mawâqif) de l’Émir ‘Abd Al-Qâdir Al-Jazâ‘irî (Abdel-Kader l’Algérien), dont trois volumes sont déjà parus à ce jour. C’est la traduction inédite de la Halte 178 qu’il propose, ici, en prépublication.  

                  Dans ce numéro, nous poursuivons la publication de la traduction de l’étude de M. le Professeur Sanderson sur le Shivaïsme et les traditions tantriques. C’est pour nous l’occasion de préciser que son texte répond à une volonté de compréhension, au point de vue historique et doctrinal, d’un domaine à peu près inconnu en France. On mesurera mieux la difficulté et le mérite du travail de M. Sanderson si l’on ne perd pas de vue qu’il s’applique à un corpus de textes tantriques qui est énorme. On pourra lire à ce propos la présentation générale publiée en ligne par le Centre for Tantric Studies de l’Université de Hambourg. Cet important corpus tantrique, qui s’étend sur une période de plusieurs siècles et un vaste territoire, est principalement constitué d’œuvres sans nom d’auteur ni indication précise de date et de lieu. Ces milliers de textes, d’un langage souvent cryptique, dont la majeure partie est toujours à l’état de manuscrits, plus ou moins dispersés, sont liés à des initiations dont les méthodes et les doctrines complexes relèvent d’enseignements oraux, qui ont disparu ou sont très difficilement accessibles. La nature ésotérique de ce corpus, tant historiquement que doctrinalement, fait de son étude, et même de sa simple présentation, une sorte de gageure.

         À cet égard, l'article de M. Marc Brion, qui dévoile la véritable signification du rite initiatique des « Cinq Makâras », est à considérer comme un évènement. Bien qu’ayant fait couler beaucoup d’encre et agité beaucoup d’imaginations, ce rite était demeuré totalement incompris jusqu’ici en Occident. Le texte de notre collaborateur, qui prend son origine directement aux sources doctrinales et spirituelles de l’Orient traditionnel vivant, sans pour autant ignorer les travaux académiques pour des raisons didactiques de présentation, est un remarquable exemple des ressources incomparables offertes par le point de vue traditionnel et l’enseignement de René Guénon.

        Enfin, M. Laurent Guyot, dans la seconde partie de son travail sur la Maçonnerie opérative, apporte une mise au point nécessaire sur les débuts de la carrière traditionnelle de Guénon.

             Nous terminons ce numéro avec la première partie d’une étude critique de M. P. B. portant sur la nouvelle édition du Règne de la Quantité et les Signes des Temps.        

         En considérant le nombre de livres d’intérêt plus ou moins traditionnel qui paraissent régulièrement, nous souhaitons amplifier notre rubrique « Miroir des textes ». Nous profitons de ce nouvel éditorial pour renouveler ainsi notre appel à des auteurs d’esprit traditionnel qui voudraient bien proposer des comptes rendus ou des études critiques.

           

 

Julien Arland

Directeur litteraire

 

Pour citer cet article :

Julien Arland, « Éditorial », Cahiers de l’Unité, n° 3, juillet-août-septembre, 2016 (en ligne).

 

© Cahiers de l’Unité, 2016  

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