ÉDITORIAL

ÉDITORIAL René Guénon

               On aura certainement compris que les Cahiers de l’Unité ne sont pas et ne peuvent pas être une entreprise commerciale. Leur contenu même ne permet pas d’envisager d’avoir un lectorat suffisant pour soutenir complètement la revue. Nous l’indiquions dans notre premier éditorial : si tous peuvent « accéder à ce site, précisons qu’il ne s’adresse pas à tout le monde, mais seulement à ceux qui sont capables de comprendre les vérités métaphysiques et d’en tirer les conséquences. » Ces derniers ne sont pas nombreux. Il va également de soi que le recours à une chose aussi ignoble que la publicité est impossible ; il est d’ailleurs difficile d’imaginer ce qu’elle pourrait promouvoir dans les Cahiers, en dehors de quelques livres sans doute. Notons encore que nous ne bénéficions évidemment pas de soutiens institutionnels.

            En d’autres termes, les Cahiers de l’Unité ne devraient pas exister dans le monde occidental actuel. Un site et sa revue, s’ils sont l’expression régulière de la conscience de l’unité essentielle de toutes les formes traditionnelles, n’ont pas leur place dans le monde moderne. Pourtant, notre revue existe : voici maintenant le sixième numéro. Avec la version imprimée correspondante, cela représente déjà une quarantaine d'articles, plus de 700 pages de textes, et environ 600 illustrations et photographies soigneusement sélectionnées. À cet égard, on pourra se reporter à notre éditorial publié dans la précédente livraison (n° 5). Aujourd’hui, nous ne croyons pas qu’il y ait une revue qui lui soit comparable, tant dans son orientation que par son rythme de parution.

            L’expérience de plus d’une année d’existence, et de six numéros, à la fois sur l’internet et en version imprimée, nous conduit à apporter de nouveaux ajustements que nous ne pouvions prévoir à l’origine. Il y en aura probablement encore quelques autres à l’avenir jusqu’à ce que nous parvenions à atteindre la meilleure formule éditoriale. Ces ajustements portent sur le prix de l’abonnement qui a été relevé de manière à ce qu’une partie du prix de la fabrication et des frais de port ne soient plus à notre charge. Ce qui était le cas jusqu’ici en raison de la difficulté que nous avions à prévoir initialement le nombre exact de pages pour chaque numéro. Bien entendu, cela ne change rien pour ceux qui se sont déjà abonnés. Au passage, nous remercions encore ceux-ci, qu’ils soient en Italie, en Espagne, en Suisse, en France ou au Canada pour leur participation.

            Afin d’alléger la surcharge de travail en fin d’année pour notre petite équipe, entièrement bénévole, et pour réduire le délai d’envoi de la version imprimée, nous avons décidé de passer à des numéros unitaires. D’autant que certains regrettaient d’avoir à attendre le début de l’année suivante pour lire les articles sur papier. Nous inaugurons donc, avec la présente livraison, une version imprimée trimestrielle. Nos abonnés la recevront d’ici peu de temps. Ils recevront également le numéro précédent (n° 5), un peu plus tard, après révision, de façon à avoir une année complète.

             Nous avons aussi décidé de réserver l’accès de certains articles aux seuls abonnés. Nous avons maintenant donné la preuve de ce que nous pouvions faire, s’il était nécessaire, et il nous semble donc naturel que ceux qui font l’effort de nous soutenir bénéficient désormais de quelques avantages. Cette solution nous permettra en outre de traiter de certains sujets de manière plus confidentielle, c’est-à-dire sans avoir à tenir compte de réactions intempestives. Bien entendu, dans le souci de maintenir une action de présence doctrinale, et de ne pas s’interdire un développement éventuel, le libre accès à la plupart des articles sera conservé.

             Certes, il existe des sites, ou des blogs, qui reproduisent des textes parus autrefois dans les Études Traditionnelles ou ailleurs, ce qui, malgré un caractère souvent désordonné, est tout à fait louable et utile, mais ils ne sont pas à proprement parler le témoignage d’une vitalité actuelle et évidente du développement intellectuel dans le domaine de l’étude traditionnelle des doctrines ésotériques et des méthodes initiatiques. Évidemment, nous ne prétendons pas que les Cahiers de l’Unité soient parfaits, bien au contraire ; et nous cherchons à les améliorer un peu plus à chaque numéro. Pour ceux qui ne comprennent pas que nous ne puissions faire mieux, nous rappellerons ce que nous signalions naguère : « la marge de manœuvre est mince pour réaffirmer en Occident la seule légitimité du point de vue traditionnel. » Nous disions aussi qu’en raison d’une déficience générale de la conscience effective de l’unité essentielle des formes traditionnelles, la constitution, le maintien et le développement d’une équipe de collaborateurs se révèlent problématiques. Ces difficultés s’ajoutent ainsi aux inévitables obstacles matériels.

           Nos collaborateurs actuels, qui ont su échapper aux méfaits de l’individualisme forcené dont les ravages sont plus grands que jamais, et qui se dévouent pour qu’existent les Cahiers, ont eux-mêmes leurs propres occupations. Dans ces conditions, nos lecteurs voudront bien faire preuve de compréhension et d’indulgence pour les erreurs qui peuvent se produire. C’est d’ailleurs en toute humilité et avec gratitude que nous recevons les remarques qui permettent une amélioration, quand elles sont présentées dans un esprit traditionnel d’entraide. C’est l’occasion de rappeler que la revue est ouverte à tous ceux qui souhaitent y participer, soit par leurs travaux s’ils correspondent à notre ligne éditoriale, soit de tout autre manière. En revanche, nous ne prenons pas en compte les critiques malveillantes, et nous répliquons sans faiblesse ni passion aux attaques si elles présentent un minimum d’argumentation. On en aura un exemple à la fin du présent numéro.

                À ceux qui trouveraient que nous nous perdons notre temps à relever certaines remarques, nous rappellerons ce qu’écrivait René Guénon : « en présence des événements actuels, nous sommes persuadé qu’on ne fera jamais trop pour s’opposer à certaines activités malfaisantes, et que tout effort accompli dans ce sens, pourvu qu’il soit bien dirigé, aura son utilité, étant peut-être mieux adapté qu’un autre pour porter sur tel ou tel point déterminé ; et, pour parler un langage que quelques-uns comprendront, nous dirons encore qu’il n’y aura jamais trop de lumière répandue pour dissiper toutes les émanations du “Satellite sombre” ». (1)

             Les lecteurs qualifiés de René Guénon savent que la concordance doctrinale entre l’Orient et l’Occident, et la nécessité d’une revivification des réalités traditionnelles dans l’ordre intellectuel et initiatique, relèvent « d’une idée providentielle dont les organes d’expression et d’application furent multiples et le seront certainement encore jusqu’à ce que la finalité prévue soit atteinte dans la mesure où elle doit l’être. » (2) Dès lors, ceux qui concourent d’une manière efficiente et régulière à ces buts s’inscrivent, à leur mesure, dans l’esprit de véritable réconciliation divine du monde. On sait aussi qu’ils ne peuvent rencontrer aujourd’hui qu’incompréhension et hostilité, mais leur participation à la sagesse traditionnelle, à un degré ou à un autre, ne peut que les inciter à poursuivre ce qui a été inauguré par René Guénon.

               Dans cette livraison nous continuons l’édition, sous une forme définitive, de textes oubliés ou peu connus de René Guénon. À partir d’une copie du manuscrit original, M. Patrice Brecq propose ainsi « Les Réponses d’Abdul Wahid Yahya » au Speculative Mason, accompagnées du texte original en anglais. En raison de son rattachement à la fois au Soufisme et à la Franc-Maçonnerie, la rédaction de la postface a été confiée à M. Elyassaa Elbanna, H.R.A.

              L’abondance des textes disponibles nous a amenés à reporter dans le prochain numéro la suite de l’étude sur « René Guénon et la Maçonnerie opérative ».

           

Julien Arland

Directeur littéraire

 

 

1. L’erreur spirite, « Avant-propos », Paris, 1923.

2. Michel Vâlsan, « La fonction de René Guénon et le sort de l’Occident ».

 

Pour citer cet article :

Julien Arland, « Éditorial », Cahiers de l’Unité, n° 6, avril-mai-juin, 2017 (en ligne).

 

© Cahiers de l’Unité, 2017  

NOS ÉDITIONS

Revues

Recueils

Livres