LES « RÉPONSES » D’ABDUL WAHID YAHYA (A.W.Y.)

THE SPECULATIVE MASON 

Les « Réponses » d’Abdul Wahid Yahya (A.W.Y.) publiées dans The Speculative Mason

Édition et traduction

Ire réponse

 

Question posée dans le n° de janvier 1935 (p. 34), reprise en avril 1935 (p. 77) :

 

          H.R.A. − Is the double triangle or the five-pointed star rightly called the Shield of David? I have heard that name applied to both indifferently. Also which symbol then is the Seal of Solomon?

          H.R.A. − Est-ce le double triangle ou l’étoile à cinq pointes (ou : “à cinq branches”) qu’il est correct d’appeler le “Bouclier de David” ? J’ai entendu ce nom appliqué indifféremment aux deux. De même, quel symbole est alors le “Sceau de Salomon” ?

 

Réponse publiée dans le n° d’avril 1935 (p. 77) :
 

          A.W.Y. − The double triangle is called indifferently by the Kabbalists “Seal of Solomon” and “Shield of David”, and also “Seal of Mikael” (Mikael: Malaki, “My Angel”, i.e. “the Angel in whom is My Name”); in Arabic also, it is called “Khâtem Seyidna Suleymân” and “Dir‘a Seyidna Dâwûd”. None of those designations can be rightly applied to the five-pointed star, the Pythagorean Pentalpha or Pentagram, which is the Masonic Blazing Star. This, in its general significance, is a “microcosmic” symbol, while the double triangle is a “macrocosmic” one. There is another Arabic symbol, called “ ‘Uqdat Seyidna Suleymân” or “Knot of Solomon”, the meaning of which is very near to that of the “Seal of Solomon” in relation to the Hermetic axiom: « As above, so below ». 

       A.W.Y. − Le double triangle est appelé indifféremment par les Kabbalistes “Sceau de Salomon” et “Bouclier de David”, ainsi que “Bouclier de Mikaël” (Mikaël : Malaki, “Mon Ange”, c’est-à-dire “l’Ange dans lequel est Mon Nom”) ; de plus, il s’appelle en arabe “Khâtem Seyidna Suleymân” et “Dir‘a Seyidna Dâwûd”. Aucune de ces désignations ne peut être appliquée à juste titre à l’étoile à cinq branches, le Pentalpha ou Pentagramme pythagoricien, qui est l’Étoile flamboyante maçonnique. Celle-ci, dans sa signification générale, est un symbole “microcosmique”, alors que le double triangle est un symbole “macrocosmique”. Il existe un autre symbole arabe, nommé “ ‘Uqdat Seyidna Suleymân” ou “Nœud de Salomon”, dont le sens est très proche de celui du “Sceau de Salomon”, en rapport avec l’aphorisme hermétique : « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ».

IIe réponse

 

Question posée dans le n° de janvier 1935 (p. 34), reprise en avril 1935 (p. 78) :

 

        STUDENT : – Are the Pillars of Enoch in anyway connected with the Pillars at the Porchway? In my Lodge no one seemed to know anything about the Pillars of Enoch.

           ÉTUDIANT. − Les Colonnes d’Hénoch ont-elles un rapport quelconque avec les Colonnes du Porche ? Dans ma Loge, personne ne semble savoir quoi que ce soit au sujet des Colonnes d’Hénoch.

 

Réponse publiée dans le n° d’avril 1935 (p. 78) :

 

           A.W.Y. − The Pillars of Henoch, or of Seyidna Idris as he is called in Islamic tradition, are said to have been built by him in two different kinds of material, so that one could resist water and the other fire; and of both of them were engraved the essentials of all sciences. It is said that they were located in Syria and Ethiopia respectively, and that the one which resisted the waters of the Flood is still extant in Syria. In fact, Syria is here related to the North, in connection with water, and Ethiopia to the South, in connection with fire; and this establishes also clearly the connection of those Pillars of Henoch with the Pillars at the Porchway. Moreover, wherever there are two Pillars, there is, of course, a general “binary” significance common to all of them, be they of Solomon, of Henoch, of Hercules, etc. We must also add that Syria and Ethiopia, in the aforesaid tradition, are not necessarily the countries now known by such names, for these have in themselves a symbolical and hidden meaning; at any rate, the Pillars of Henoch are representative of two spiritual and initiatic centres to which was entrusted the deposit of primæval Knowledge, so that it may be preserved through all subsequent revolutions of the ages.

                 A.W.Y. − Les Colonnes d’Hénoch, ou de Seyidna Idris, comme il est appelé dans la tradition islamique, sont dites avoir été construites par lui en deux sortes de matériaux différents, l’un étant capable de résister à l’eau, et l’autre au feu ; sur chacune d’elles étaient gravées les caractéristiques essentielles de toutes les sciences. Il est dit qu’elles furent placées respectivement en Syrie et en Éthiopie, et que celle qui résista aux eaux du Déluge existe encore en Syrie. En fait, la Syrie est ici rapportée au Nord, en relation avec l’eau, et l’Éthiopie au Sud, en relation avec le feu ; et ceci établit aussi à l’évidence la relation de ces Colonnes d’Hénoch avec les Colonnes du Porche. De plus, partout où on rencontre deux Colonnes, il existe, bien entendu, une signification générale “binaire” commune à toutes, qu’elles soient de Salomon, d’Hénoch, d’Hercule, etc. Nous devons aussi ajouter que la Syrie et l’Éthiopie, dans la tradition précitée, ne sont pas nécessairement les pays connus actuellement sous ces noms, car elles ont en elles-mêmes un sens symbolique et caché ; en tout cas, les Colonnes d’Hénoch représentent deux centres spirituels et initiatiques auxquels fut confié le dépôt de la Connaissance primordiale, afin qu’il puisse être préservé (ou : afin qu’elle puisse être préservée) à travers toutes les révolutions successives des siècles.

 

IIIe réponse

 

Question posée dans le n° d’avril 1935 (p. 79), reprise en juillet 1935 (p. 117) :

 

             V.C. − Why the l−t foot foremost in Masonry? [1]

             V.C. − Dans la Maçonnerie, pourquoi tout d’abord le pied g−e ?

 

Réponse publiée dans le n° de juillet 1935 (p. 118) :

 

          A.W.Y. − The prominence of the l−t foot is not uniformly acknowledged in all Masonic rites; where it is, it is commonly referred to the l−t side being the side of the heart, as is also, and perhaps more pertinently, the position of the l−t arm above the r−t one in the Scottish degree of R. C. Though the symbolism of the heart is very important indeed in all traditions (and quite different from what modern people think it to be), there is something else, at least in so far as the l−t foot is concerned: it is obvious that this is directly connected with the matter of circumambulations performed from l−t to r−t; and so the question is related to a much more general one. There are differences, in that regard, according to various traditions: in India and Thibet, circumambulations are also from l−t to r−t (i.e. keeping the centre at from r−t hand, hence the name of “pradakshina”); in the Islamic tradition, it is the opposite; and it may be observed that this is in correspondence with the direction of writing in the sacred languages (Samskrit and Arabic) in which the two traditions have their respective expression. The motion from r−t to l−t is also known in Operative Masonry; it is “polar”, while the reverse is “solar”, and “polar” forms are always older than the “solar” ones. As to the prominence of r−t or l−t, there have been sometimes, in a same tradition, changes for different periods, according to some laws of cosmic cycles; such changes are notably to be found in ancient China ; but, on closer examination, one should see that the side of honour there, be it concerned “polarly” as the r−t or “solarly” as the l−t, was always the East. Changes of the some kind have also occurred in the passing from Operative to Speculative Masonry; and from all this it may be seen that the question is a very intricate one, connected as it is with the very origin of traditions.

          A.W.Y. − Cette prééminence du pied g−e n’est pas uniformément reconnue dans tous les Rites maçonniques ; là où elle l’est, on parle communément du côté g−e en tant qu’il est le côté du cœur, comme il en est également, et peut-être d’une façon plus pertinente, de la position du bras g−e au-dessus du d−t dans le grade écossais de R. C. Bien que le symbolisme du cœur soit vraiment d’une très grande importance dans toutes les traditions (et cela, d’une manière bien différente de ce qu’en pensent nos contemporains), il y a autre chose, du moins dans la mesure où il s’agit du pied g−e : il est évident que ceci se rattache directement au cas des circumambulations accomplies de g−e à d−e ; et la question se rapporte ainsi à une autre, qui est d’un ordre beaucoup plus général. À cet égard, il y a des différences en fonction des diverses tradition : en Inde et au Thibet, les circumambulations se font de même de g−e à d−e (c’est-à-dire en ayant constamment à sa d−e le centre, d’où le nom de “pradakshina”) : dans la tradition islamique, c’est le contraire ; et on peut remarquer que ceci correspond à la direction de l’écriture dans les langues sacrées (le sanskrit et l’arabe) dans lesquelles les deux traditions ont leurs modes d’expression propres. Le mouvement de la d−e vers la g−e est connu aussi dans la Maçonnerie opérative ; il est “polaire”, alors que l’inverse est “solaire”, et les formes “polaires” sont toujours plus anciennes que les “solaires”. Au sujet de la prééminence de la d−e ou de la g−e, il y a eu parfois, à l’intérieur d’une tradition donnée, des changements pour des périodes différentes, conformément à certaines lois des cycles cosmiques ; on trouve notamment de tels changements dans la Chine ancienne ; mais, en les examinant de plus près, on pourrait voir que le côté de l’honneur, qu’il soit considéré “polairement” comme la d−e, ou “solairement” comme la g−e, y a toujours été celui de l’Est. Des changements du même genre se sont également produits lors du passage de la Maçonnerie opérative à la Maçonnerie spéculative ; et il ressort de tout cela qu’on peut constater que cette question est vraiment très complexe, car elle se rattache à l’origine même des traditions.

 

IVe réponse

 

Question posée dans le n° d’avril 1935 (p. 79), reprise en juillet 1935 (p. 119) :

 

         J.B.V. − I have been told that in the near past there were Operative Masons’ Gilds in Egypt. Do they still exist there? Perhaps A.W.Y. could give some information about this?

           J.B.V. − On m’a dit qu’il y avait en Égypte, dans un passé récent, des Guildes de Maçons opératifs. Y existent-elles encore ? Sans doute A.W.Y. pourrait-il fournir quelques informations à ce propos ?

 

Réponse publiée dans le n° de juillet 1935 (p. 119) :

 

            A.W.Y. − There is no doubt that there were, some centuries ago, not only in Egypt, but also in various other parts of the Islamic world, Gilds of Operative Masons and other workmen; those Eastern Masons even used marks similar to those of their Western colleagues of the Middle Ages, and called in Arabic “khatt el-banâïn” (i.e. writing of the builders); but all these are things of a somewhat remote past. However, in the Islamic “turuq” or esoteric Fraternities (which are also “operative” indeed, but, of course, in a meaning different from and deeper than the merely “professional” one), some features have been preserved, bearing a strange resemblance to the Western “Compagnonnage”, viz. wearing of ribbons, and canes in precisely the same shape; and about the symbolism of these canes, there would be much to say, in connection with the secret sciences which are more specially referred to Seyidna Suleymân (for each of the greater Prophets has his own sciences, typified in the Heaven over which he is presiding). There are also some points of peculiar Masonic interest: for instance, in some of the “turuq”, the “dhikr” cannot be ritually performed if there are not at least seven Brn. [2] present; in the investiture of a “naqîb”, there is something that may well make one think of the cable-tow, etc. Moreover, there is a symbolical interpretation of the letters forming the name of “Allah”, which is a quite Masonic one and may possibly have come from the aforesaid Gilds: “alif”, the gauge; the two “lam”, the square and compasses; “he”, the triangle (or the circle in another explanation, the difference between the two corresponding in some manner to that of Square and Arch Masonry); the whole name being thus representative of the Spirit of Universal Construction. These are some of the things broadly referring to the subject, which are known to us by direct experience and oral tradition.

             A.W.Y. − Il ne fait aucun doute qu’il y avait, voici quelques siècles, non seulement en Égypte, mais encore dans les diverses autres parties du monde islamique, des Guildes de Maçons opératifs ou d’autres hommes du métier ; ces Maçons orientaux utilisaient même des marques similaires à celles de leurs collègues occidentaux du moyen âge, et qui étaient appelées en arabe “khatt el-banâïn” (c’est-à-dire : “écriture des constructeurs”) ; mais tout cela appartient à un passé quelque peu lointain. Toutefois, dans les “turuq” islamiques ou Confréries ésotériques (qui sont aussi véritablement “opératives”, mais, bien entendu, dans un sens différent et plus profond que celui qui n’est seulement que d’ordre “professionnel”), certains éléments caractéristiques ont été conservés, qui ressemblent étrangement au “Compagnonnage” occidental, par exemple le fait de porter des rubans, et des cannes qui sont exactement de forme identique ; et il y aurait beaucoup à dire au sujet du symbolisme de ces cannes, dans leur relation avec les sciences secrètes qui sont rapportées plus spécialement à Seyidna Suleymân (car chacun des plus grands Prophètes possède ses propres sciences, caractérisées par le ciel auquel il préside). Il y a aussi d’autres questions intéressant plus particulièrement la Maçonnerie : par exemple, dans certaines “turuq”, le “dhikr” ne peut être accompli rituellement s’il n’y a pas au moins sept F∴  présents ; dans l’investiture d’un “naqîb”, il y a quelque chose qui peut faire penser au cable-tow, etc. De plus, il y a une interprétation symbolique des lettres qui forment le nom d’“Allah”, qui est purement maçonnique et qui provient probablement des Guildes précitées : “alif” est la règle ; les deux “lam”, l’équerre et le compas ; “he”, le triangle (ou le cercle, selon une autre explication, la différence entre les deux correspondant en quelque sorte à celle de la Square et de l’Arch Masonry) ; le nom entier étant ainsi représentatif de l’Esprit de la Construction Universelle. Voilà, dans les grandes lignes, quelques faits se référant à ce sujet, faits qui nous sont connus par expérience directe et par la tradition orale.

 

Ve réponse

 

Question posée dans le n° de juillet 1935 (p. 120), reprise en octobre 1935 (p. 156) :

 

          J.L. − I was told some years ago by an eminent English Engineer, who was an Operative Mason VII°, as well as a Freemason under the English Constitution and who had been in Egypt that there was in that country a Gild of Slant Masons. He stated that they had a “slanting gauge” and a “slanting plumbrule”. I would like to know if this Gild survives?

        J.L. − Il y a plusieurs années, un éminent  ingénieur anglais, qui était Maçon opératif au VIIe degré, ainsi que Franc-Maçon selon la Constitution anglaise, et qui s’était rendu en Égypte,  m’a dit qu’il y avait dans ce pays une Guilde de Maçons “Slant”. Il affirma qu’ils avaient une règle “slanting” et un niveau à plomb “slanting”. J’aimerais savoir si cette Guilde subsiste encore ?

 

Réponse publiée dans le n° d’octobre 1935 (p. 156) :

 

       A.W.Y. − See this answer on p. 119; but we cannot know what is meant by “slant” and “slanting”.

       A.W.Y. − Prenez connaissance de la réponse de la p. 119 [la IVe réponse] ; mais nous ne saisissons pas le sens de “slant” ni de “slanting”.

 

VIe réponse

 

Question posée dans le n° de juillet 1935 (p. 120), reprise en octobre 1935 (p. 156) :

 

          STUDENT : – I am particularly interested in one sentence of A.W.Y.’s answer to enquiry re Seal of Solomon.

He says: the « “ ‘Uqdat Seyidna Suleymân” or “Knot of Solomon”, the meaning of which is very near to that of the “Seal of Solomon” », etc. What is the “ ‘Uqdat Seyidna Suleymân” like?

I would like definite information on this sentence in A.W.Y.’s answer on p. 118: « …quite different from what modern people think it to be. » [3]
      ÉTUDIANT. − Je suis particulièrement intéressé par une phrase de la réponse d’A.W.Y. à la demande de renseignements concernant le Sceau de Salomon.

Il dit : Le « “ ‘Uqdat Seyidna Suleymân” ou “Nœud de Salomon”, dont le sens est très proche de celui du “Sceau de Salomon” », etc. À quoi ressemble le ‘Uqdat Seyidna Suleymân ?

J’aimerais avoir des précisions à propos de la phrase contenue dans la réponse d’A.W.Y., p. 118 : « … et cela, d’une manière bien différente de ce qu’en pensent nos contemporains ».

 

Réponse publiée dans le n° d’octobre 1935 (p. 156) :

 

A.W.Y. − Here is the figure of the “Knot of Solomon”:

There are of course many variants, more or less complicated, but this is symbolically the essential.

The sentence: « quite different from what modern people think it to be », means that the real symbolism of the heart, in all traditions, refers to the pure higher intellect (as distinguished from reason), and never to feeling or emotion. This must always be remembered when it is spoken, not only of the heart in man, but also of the “Heart of the World”.

A.W.Y. − Voici la figure du “Nœud de Salomon” :

Il en existe bien entendu un grand nombre de variantes plus ou moins compliquées, mais celle-ci est symboliquement l’élément essentiel.

La phrase : « et cela, d’une manière bien différente de ce qu’en pensent nos contemporains » signifie que le véritable symbolisme du cœur, dans toutes les traditions, se rapporte à l’intellect supérieur pur (en tant qu’il est distinct de la raison) et jamais au sentiment ou à l’émotion. Il faut toujours s’en souvenir lorsqu’il est question non seulement du cœur de l’homme, mais aussi du “Cœur du Monde”.

 

VIIe réponse

 

Question posée dans le n° d’octobre 1935 (p. 156), reprise en janvier 1936 (p. 36) :

 

       STUDENT : – The three Sacred Mountains of the Operative are Sinai, Tabor, and Moriah. Taking the last as centre, Tabor lies towards the North and Sinai considerably South. Why were these three special Mounts chosen? Tabor in the O.T. [4] is not especially holy. I would also like some light on the esoteric significance of these.

          ÉTUDIANT − Les trois Montagnes sacrées des Opératifs sont le Sinaï, le Tabor et le Moriah. Prenant cette dernière comme centre, le Tabor est situé vers le Nord et le Sinaï nettement au Sud. Pourquoi a-t-on choisi spécialement ces trois Montagnes ? Le Tabor, dans l’A.T., n’est pas particulièrement un lieu saint. J’aimerais aussi avoir quelque lumière sur la signification ésotérique de celles-ci.

 

Réponse publiée dans le no de janvier 1936 (p. 36) :

 

         A.W.Y. − Sinai, Moriah and Tabor are three high places of “vision”, ‒ though, for Sinai, “audition” would be perhaps a more proper term than “vision” (and the shape of most of the stones there has a strange likeness to that of the human ear); but, as far as Revelation is concerned, “vision” and “audition” are nearly equivalent: so, in Hindu tradition, it is said that the Rishis (literally meaning “seers”, as the Hebrew “roeh”, the ancient word for “nabi” or prophet) “heard” the Vedas. In our own Islamic viewpoint, these three mountains are connected respectively with three great prophetical epochs, those of Seyidna Mûsa (Moses), of Seyidna Dâwûd and Seyidna Suleymân (David and Solomon), and of Seyidna Aissa (Jesus), and therefore with three great Books of Divine Revelation : Et-Tawrâh (Pentateuch), Ez-Zebûr (Psalms), and El-Injîl (Gospel). − About Sinai, it is of interest to note that this region was, in a very remote time, the place of Mysteries related to the art of metallurgists, i.e. “Kabiric”  Mysteries; those metallurgists were “Kenites”, which name some read “Cainites”; and this, at any rate, has a close relation to the meaning of “Tubalcain”, well known in Masonry.

         A.W.Y. − Le Sinaï, le Moriah et le Tabor sont trois hauts lieux de “vision”, bien que, pour le Sinaï, “audition” serait un terme probablement plus adéquat que celui de “vision” (et la forme de la plupart des pierres, en ce lieu, ressemble de façon étrange à celle de l’oreille humaine) ; mais, dans la mesure où il s’agit de Révélation, “vision” et “audition” sont presque équivalentes : ainsi, dans la tradition hindoue, il est dit que les Rishis (au sens littéral : les “voyants”, comme l’hébreu “roèh”, l’ancien terme pour “nabi” ou prophète) ont “entendu” les Vêdas. De notre propre point de vue islamique, ces trois montagnes se rapportent respectivement aux trois grandes époques prophétiques, celles de Seyidna Mûsa (Moïse), de Seyidna Dâwûd et Seyidna Suleymân (David et Salomon), et de Seyidna Aïssa (Jésus), et donc aux trois grands Livres de la Révélation divine : Et-Tawrâh (Le Pentateuque), Ez-Zebûr (Les Psaumes) et El-Injîl (L’Évangile). − À propos du Sinaï, il est intéressant d’indiquer que cette région fut, à une époque fort reculée, le lieu de Mystères rattachés à l’art des métallurgistes, c’est-à-dire aux Mystères “kabiriques” ; ces métallurgistes étaient des “Kénites”, nom que certains lisent : “Caïnites” ; et ceci, de toute façon, est en rapport étroit avec la signification de “Tubalcaïn”, bien connue (ou : bien connu) dans la Maçonnerie.

 

VIIIe réponse

 

Question posée dans le n° d’octobre 1936 (p. 142), reprise en janvier 1937 (p. 29) :

 

               Q. − I would like to know something about the “House of Wisdom” at Cairo. Makrizi describes initiations, degrees, etc., and various Western writers consider that in these there is much of Masonry, possibly even the origin of Western Freemasonry. Von Hammer quotes Makrizi, but as I cannot read Arabic I have no means of knowing whether von Hammer is reliable in this matter. On two different visits I tried and failed to find out whether there was any esoteric teaching now extant, in Egypt, Masonic and otherwise. I would be very grateful if A.W.Y. would give information in reply to this earnest and serious enquiry.

             Q. − J’aimerais avoir des informations sur la “Maison de la Sagesse”, au Caire. Maqrizi décrit des initiations, des grades, etc., et divers auteurs occidentaux estiment qu’il y a en cela beaucoup de Maçonnerie, voire probablement l’origine de la Franc-Maçonnerie occidentale. Von Hammer cite Maqrizi, mais comme je ne peux pas lire l’arabe, je n’ai aucun moyen de savoir si Von Hammer est digne de confiance sur cette question. Lors de deux visites distinctes, j’ai essayé, sans réussir, de découvrir s’il existait actuellement en Égypte quelque enseignement ésotérique, maçonnique ou autre. Je serais très reconnaissant à A.W.Y. s’il pouvait apporter des informations en réponse à cette demande digne d’attention et d’intérêt.

 

Réponse publiée dans le n° de janvier 1937 (p. 29) :

 

           A.W.Y. − The “House of Wisdom” (Dar El-Hekmah) was, in the time of the Fatimites, a centre of the Ismailians; but, though it was improperly termed “Grand Lodge” by some Western writers, it had nothing to do with Masonry nor with its origin (it would be better to say with any one of its origins, for Masonry has really more than one). It is true that the Ismailians had, and still have, initiations and degrees, as have also many others, for instance the Duruz (Druses) of Syria, who even use some signs much like those of Masonry; but such similarities are found anywhere, and, if there is a common origin, this must indeed be sought very far… At any rate, the Ismailians, Druses, Nosairis, etc., are only “sects” (firâq), in which there is always some confusion between exoteric and esoteric; and, in their initiations, there is some “dark side”, due to their deviation from the pure tradition; they are alterations, not the “source” of initiation. Such “sects” have no connection whatever with the real turuq or orthodox esoteric Fraternities of Islam; the esoteric teaching now extant in Egypt, as in all other parts of the Islamic world, is chiefly that of the turuq, of which there are 72. (This may be a symbolical number, but, from a list established by the late Seyid Tawfiq El-Bakri, it appears to be also the real number). This teaching, apart from the “higher” doctrine, includes many sciences unknown to the West, at least in modern times (for the case seems to have been somewhat different during the Middle Ages), and some of which can be understood only by means of the Arabic language, to which they are intimately related (as some parts of the Kabbalah are also to the Hebraic one). On the Coptic (i.e. Christian) side, it is said that a few monks still preserve some kind of esoteric knowledge; but it is quite difficult for Moslems to get definite information about that subject.

           A.W.Y. − La “Maison de la Sagesse” (Dar El-Hekmah) était, à l’époque des Fatimides, un centre des Ismaéliens ; mais, bien qu’elle ait été improprement appelée “Grande Loge” par quelques écrivains occidentaux, elle n’avait rien à voir avec la Maçonnerie ni avec son origine (il serait préférable de dire : avec aucune de ses origines, car, en réalité, la Maçonnerie en a plus d’une). Il est vrai que les Ismaéliens avaient, et ont encore, des initiations et des grades, comme beaucoup d’autres en ont aussi, par exemple les Duruz (Druses) de Syrie, qui font encore usage de certains signes s’apparentant étroitement à ceux de la Maçonnerie ; mais on trouve partout de telles similitudes, et, s’il y a une origine commune, il faut la rechercher vraiment très loin… En tout cas, les Ismaéliens, Druses, Nosaïris, etc., ne sont que des “sectes” (firâq) dans lesquelles il y a toujours quelque confusion entre l’exotérique et l’ésotérique ; et, dans leurs initiations, il y a un certain “côté obscur”, à cause de leur déviation de la tradition pure ; ce ne sont que des altérations, non la “source” de l’initiation. De telles “sectes” n’ont aucun lien quelconque avec les véritables turuq, ou Confréries ésotériques orthodoxes de l’Islam ; l’enseignement ésotérique qui existe encore actuellement en Égypte, comme dans toutes les autres parties du monde islamique, consiste avant tout dans celui des turuq, qui sont au nombre de 72. (Ce peut être un nombre symbolique, mais, d’après une liste établie par feu Seyid Tawfiq El-Bakri, il semble que c’est également le nombre véritable). Cet enseignement, à l’exception de la doctrine “supérieure”, comprend beaucoup de sciences inconnues de l’Occident, du moins à l’époque moderne (car la situation semble avoir été quelque peu différente pendant le moyen âge), et certaines d’entre elles ne peuvent être comprises qu’au moyen de la langue arabe, à laquelle elles sont étroitement liées (comme certaines parties de la Kabbale le sont également à la langue hébraïque). Du côté copte (c’est-à-dire chrétien), on dit que quelques moines conservent encore une certaine forme de connaissance ésotérique ; mais il est assez difficile pour les Musulmans d’obtenir des renseignements précis à ce sujet.

 

 

Édition et traduction par Patrice Brecq

 

 

 

 

 

 

 

[1. En juillet 1935, la question fut réduite à : « Why the l−t foot first? » D’autre part, l−t = left; r−t = right; R. C. = Rose Croix. Dans la traduction : g−e = gauche ; d−t = droit ; R. C. = Rose-Croix.]

[2. Abréviation de Brethren ; dans la traduction : FF. = Frères.]

[3. Cette seconde demande ne figure pas dans le numéro d’octobre 1935.]

[4. The O.T. = the Old Testament ; dans la traduction, A.T. = Ancien Testament.]

Sceau de Salomon figurant à l’entrée  d’une mosquée à Istanbul (détail)

Allâh, calligraphie murale, mosquée Eski
à Edirne (Andrinople)

Sceau de Salomon figurant à l’entrée  
d’une mosquée à Istanbul

Kolâm (Madras)

Armorial universel, 1558

 
 
 
 

Fermeture d'un coffre mongol

 

NOTES

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Pour citer cet article :

« René Guénon, Les "Réponses" d'Abdul Wahid Yahya (A. W. Y.) publiées dans The Speculative Mason », édition et traduction par Patrice  Brecq, Cahiers de l’Unité, n° 6, avril-mai-juin, 2017 (en ligne).

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