L'INTERPRÉTATIONDES SYMBOLES

L'interprétation des symboles

 
 

        L’expert en symboles est souvent accusé de « lire des significations » dans les emblèmes verbaux ou visuels dont il propose une exégèse. En revanche, l’esthéticien et l’historien de l’art, préoccupé par les particularités stylistiques plutôt que par les nécessités iconographiques, évite généralement la question ; dans certains cas peut-être parce qu’une analyse iconographique dépasserait ses capacités. Nous concevons, cependant, que l’élément le plus significatif dans une œuvre d’art donnée est précisément l’aspect de celle-ci qui peut persister, et c’est souvent le cas, inchangé au cours des millénaires et dans des zones largement séparées ; l’aspect le moins significatif étant ces variations accidentelles de style par lesquelles nous pouvons dater une œuvre ou même, dans certains cas, l’attribuer à un artiste individuel. Aucune explication d’une œuvre d’art ne peut être qualifiée de complète qui ne rende compte de sa composition ou de sa constitution, que nous pouvons appeler sa « constante » par opposition à sa « variable ». En d’autres termes, aucune « histoire de l’art » ne peut être considérée comme complète, si elle considère simplement l’usage et la valeur décorative comme un motif, et ignore la raison d’être [En français dans le texte] de ses parties, et la logique de leur relation dans la composition. Il est difficile d’attribuer les détails précis et minutieux d’une iconographie traditionnelle au seul fonctionnement d’un « instinct esthétique ». Mais il nous reste à expliquer pourquoi la cause formelle a été imaginée ainsi, et pour cela nous ne pouvons fournir l’explication tant que nous n’avons pas compris la cause ultime en réponse à laquelle l’image formelle est apparue dans une mentalité donnée.

            Naturellement, nous ne discutons pas de la lecture des significations subjectives ou « imaginaires » dans les formules iconographiques, mais seulement d’une lecture de la signification de telles formules. Il ne fait aucun doute que ceux qui ont fait usage de symboles (par opposition à nous-mêmes, qui ne faisons que les regarder et ne considérons généralement que leurs aspects esthétiques) comme moyens de communication, attendaient de leur public quelque chose de plus qu’une appréciation d’ornements rhétoriques, et quelque chose de plus qu’une reconnaissance des significations exprimées littéralement. En ce qui concerne les ornements, nous pouvons dire avec Clément, qui fait remarquer que le style de l’Écriture est parabolique, et cela depuis l’antiquité, que « la prophétie n’emploie pas de formes figuratives dans les expressions au nom de la beauté de la diction » (Miscellaneous, VI, 15) ; (1) et souligner que l’attitude de l’iconolâtre est de considérer les couleurs et l’art, non pas comme dignes d’honneur pour eux-mêmes, mais comme des indications de l’archétype qui est le fondement ultime de l’œuvre (Hermeneia of Athos, 445). En revanche, c’est l’iconoclaste qui suppose que le symbole est littéralement adoré en tant que tel ; car il est vraiment adoré par l’esthéticien, qui va jusqu’à dire que toute la signification et la valeur du symbole sont contenues dans ses aspects esthétiques, et ignore complètement l’ « image qui n’est pas dans les couleurs » (Lankâvatara Sûtra, II, 117). 

            En ce qui concerne les « significations plus que littérales », il suffit de souligner qu’il a été universellement admis que « de nombreuses significations sous-tendent le même Écrit Sacré » ; la distinction entre le sens littéral et les significations ultimes, ou entre les signes et les symboles, en supposant qu’« alors que dans toute autre science les choses sont signifiées par des mots, cette science a la propriété que les choses signifiées par les mots ont elles-mêmes aussi une signification ». (Saint Thomas, Somme Théologique, III, App. 1.2.5 ad 3 et I.10.10c). (2) Nous constatons en fait que ceux qui parlent eux-mêmes...

         

      

 

Ananda K. Coomaraswamy

Traduit de l’anglais par Max Dardevet

 

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Tsakli

cartes rituelles utilisées dans de nombreux rites du Bouddhisme tibétain

 

Pour citer cet article :

Ananda K. Coomaraswamy, traduit de l'anglais par Max Dardevet « L'interprétation des symboles », Cahiers de l’Unité, n° 20, octobre-novembre-décembre, 2020 (en ligne).

 

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