NOTES

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Groma de la boutique de Verus (Pompei)

Dessin d’après la reconstitution de M. Della Corte, 1922.

A : Équerre ; B : Fil à plomb ; C : Bras de recherche ; D : Contrepoids ; E : Jalon ; F : Pied

Guillaume de Digulleville, Pèlerinage de l’âme (1355)

B. N., ms. fr. 824, fol. 50 v°.

Augure tenant un lituus 

(Bronze étrusque)

Le lituus, bâton augural qui était pour les augures ce qu’était l’équerre pour lagrimensor

«  La terre est le centre de la sphère céleste, et puisque malgré son volume, elle n’est qu’un point géométrique dans l’immensité, il ne faut tenir aucun compte de dimensions relativement nulles, et considérer un lieu quelconque de la terre comme le centre même de l’univers. » (Hygin le Gromatique, eod. Loc, p. 166, L., cité par P. de Tissot, op. cit.)

Centuriation

Blason des Briquetiers et des Tuilliers d’après la Charte de Gateshead (1671)

1. Il s’agit d’une croix à quatre branches, appelé aussi stella, « étoile, constituant l’équerre des directions. À chaque branche est suspendu un fil à plomb (perpendicula). Deux fils à plomb forment un plan de visée. La visée permet la mise en place, de distance en distance, de cordeaux et de jalons témoins sur les deux directions orthogonales. (Cf. Jean-Pierre Adam, « Groma et chorobate. Exercices de topographie antique », Mélanges de l’École française de Rome, t. 94, n° 2. pp. 1003-1029, 1982 ; Gérard Chouquet, François Favory, « De arte mensoria, “Du métier d’arpenteur”. Arpentage et arpenteur au service de Rome », pp. 279-284, Histoire & Mesure, 1993 ; Anne Roth-Congè, « Modalités pratiques d’implantation des cadastres romains : quelques aspects », Mélanges de l’École française de Rome, t. 108, n° 1, 1996)

 

2. « L’instrument bien connu que les textes nomment aussi ferramentum est ainsi défini par le Pseudo-Festus (86, 1) : “on appelle groma une sorte de petit instrument qui permet de déterminer les lignes droites de chaque terrain, genre d’instrument que le grec nomme gnomon”. [...] Or, qu’est-ce que le gnomon ? Très anciennement attesté dans les textes scientifiques grecs, c’est d’abord un instrument astronomique, constitué par un piquet que l’on plante perpendiculairement à une surface plane : il forme donc un angle droit avec l’ombre qu’il projette et sert de cadran solaire. D’où, à côté d’une acception du mot qui retient l’usage de l’appareil (le “gnomon” est alors “index de cadran solaire”, d’où le “cadran solaire” lui-même), une autre  acception qui en retient la position perpendiculaire : c’est ainsi qu’Œnopide, au 5e s. av. J.-C., usait, si l’on en croit Eudème cité par Proclus, de l’expression “suivant le gnomon”, pour désigner la perpendicularité. C’est de là que relève l’emploi du mot dans les mathématiques grecques : la notion d’angle droit et de perpendicularité en est indissociable. La groma romaine, épigone lexical du gnomon grec, est attachée aux mêmes notions. » (Jean-Yves Guillaumin, « Géométrie grecque et agrimensorique romaine », Dialogues d’histoire ancienne, n° 20-5, 1994)  

 

3. L’autre instrument de base du travail agrimensorique est la norma, l’« équerre ». Dans les deux instruments caractéristiques des mensores romains que sont la groma et la norma se retrouvent la ligne droite, la perpendiculaire, l’angle droit, et le carré qu’ils permettent de construire. Pour M. J.-Y. Guillaumin, de la valeur symbolique de ces êtres géométriques « participent aussi bien la forme idéale, l’instrument qui sert à la matérialiser, et la science qui réunit les deux. Cette science, c’est l’agrimensorique. » (Ibid. ; voir aussi, G. Rossi, Groma e squadro, Turin, 1877)

 

4. « Vitruve et l’architecture du haut Moyen Age, dans Settimane di studio del Centro italiano di studi sull’ alto medioeva, p. 739 et n. 27, Spolette, 1974.

5. Livre des termes, traité de l'arpentage et de la plantation des terres (manuscrit dAix), mentionné par Marc Haven, La vie et les Œuvres de Maître Arnaud de Villeneuve, p. 188, Chamuel, 1896. Cf. Charles Giraud, Recherches sur le droit de propriété chez les Romains, p. 142, Paris, 1840 ; Paul de Tissot, Sur la condition des Agrimensores dans l’ancienne Rome, Paris, 1879. 

 

6. Cf. Tadeusz Zagroski, « L’influence de la tradition antique de la distribution de l’étendu sur le tracé des villes créées au Moyen Age », dans Mélanges R. Crozet, Poitiers, 1966 ; « Les plans des villes créées au Moyen Age en Pologne et la tradition des règles gromaticales », Revue des archéologues et historiens d’art de Louvain, t. IX, 1976, cité par Jacques Debal, « Le plan d’Orléans a-t-il une origine gromatique ? », Bulletin de la Société nationale des Antiquaires de France, 1982.

[7. « Commentaire anonyme sur Frontin », Les Arpenteurs romains III, texte établi et traduit par J.-Y. Guillaumin, Paris, Les Belles Lettres, 2014. « Cet arpenteur chrétien qui était censé enseigner et transmettre son art se contente de constater qu’au VIe siècle les bois sacrés sont devenus profanes et que des lieux relevant des temples sont utilisés pour des plantations, mais laisse entendre que les loca sacra eux-mêmes ont perduré, soit comme souvenir d’un passé lointain, soit comme héritage d’une tradition que l’arpenteur chrétien veut transmettre aux générations futures, soit comme réalité qui aurait échappé localement aux édits romanorum. » E. Hermon, « Les loca sacra dans le Corpus agrimensorum romanorum (CAR) », Cahiers des études anciennes, LIV, 2017]

8. E. Hermon, art. cit.

9. Cf. Jordi Cortadella, « L’histoire de la recherche sur les cadastres romains », De la terre au ciel – I – Paysages et cadastres antiques, Besançon, 1994.

10. Dans le monde moderne, la première groma reconstituée  publiquement le fut par Matteo Della Corte qui en avait trouvé un exemplaire à Pompéi, où il était inspecteur des fouilles. Ce fut en 1922 seulement, tandis que Stretton est mort en 1915 (cf. Groma, Tipografia della R. Accademia Nazionale dei Lincei, 1922). J.-B. Biot en avait proposé trois formes différentes en 1849 (cf. « Note relative aux instruments et aux procédés pratiques des Gromatici veteres », Journal des Savants, mars et avril, 1849).,

11. Le Règne de la Quantité, ch. III. « Dans les plus anciens manuscrits connus de la maçonnerie opérative, la “Géométrie” est constamment identifiée à la maçonnerie elle-même. » (« La lettre G et le swastika », É. T.,  juillet-août 1950) Nonobstant une apparente difficulté à comprendre ce qu’est réellement le domaine initiatique, et à admettre que c’est du côté essentiel qu’il faut chercher l’explication des choses, c’est-à-dire à procéder de haut en bas et non pas de bas en haut, M. Jean-Michel Mathonière, dont les travaux sont toujours intéressants, a fait justement remarquer l’importance de la perspective, de l’arpentage et de la gnomonique dans la Maçonnerie (cf. « Franc-maçonnerie opérative et spéculative », La Franc-maçonnerie, Exposition, BnF, 2006).

12. Cf. Daniel J. Gargola, Lands, Laws and Gods, 2, VI, UNP Press, 1995 ; Antonio Gonzales, « Le dieu Terme se tient en gardien à l’entrée du monde », dans D. Conso, A. Gonzales, J.-Y. Guillaumin, Le vocabulaire technique des arpenteurs romains, Presse universitaires de Franche-Comté, 2005. Les Gromatici doivent restituer sur le sol l’organisation céleste elle-même : la division d’un territoire en quatre quadrants, d’après les quatre points cardinaux, matérialise sur le sol l’organisation même du ciel et de l’univers. Ainsi l’étymologie du nom du cardo est-elle affirmée par Frontin (3, 4) : Kardo nominatur quod directus a kardine caeli est, « Le cardo tire son nom du fait qu’il est dirigé d’après l’axe du ciel » ; et Hygin le Gromatique (1, 3) : Kardines a poli axe, « Les cardines (sont dirigés) d’après l’axe du monde ». Ce qui fonde sa nécessité est que le but du mensor est d’établir sur le terrain à organiser ce qu’il appelle la ratio pulcherrima (6, 13), le « plus beau système », qui est le fondement de la justification du système romain de la centuriation canonique (attribuée à Romulus et Numa), à savoir le croisement de deux axes majeurs qui ordonnent fondamentalement l’ensemble d’un territoire. (Cf. Jean-Yves Guillaumin, « L’érudition des gromatiques romains, Eruditio Antiqua, I, 2009). Ces deux lignes, l’une, d’Orient en Occident ; l’autre, du Midi au Nord, se rattachent au symbolisme de la croix. Selon M. Guillaumin, Rome par la centuriation des terres soumises, ne faisait qu’appliquer les lois divines de la Providence en procédant à une divine géométrisation des sols. Il précisait : « La limite et le terme, objets d’un respect si scrupuleux de la part des Romains, et matérialisés de façon génialement simple par les pratiques de la centuriation, sont eux-mêmes symbolisés par l’angle droit, élément de base de ces pratiques. »

            M. Guillaumin ajoutait que les fondements traditionnels de l’agrimensorique romaine reposent sur ceux de la géométrie grecque : « La ligne droite est le symbole de la Providence inflexible, invariable, incorruptible, inépuisable, toute-puissante, qui est présente à toutes choses ... » ; « L’angle droit est le symbole de la force inflexible qui s’unit à l’égalité, à la limite et au terme » ; « Nous poserons que la rectitude des angles rectilignes est l’image de la perfection, de l’énergie qui ne dévie pas, de la limite intelligible, du terme, etc. » ; « La perpendiculaire, donc, est aussi un symbole de l’équilibre, de la pureté sans souillure, de la puissance inflexible, etc. C’est aussi le symbole de la mesure divine et idéale : car c’est grâce à la perpendiculaire que nous mesurons de bas en haut les hauteurs des figures, et c’est par rapport à l’angle droit que nous définissons les autres angles rectilignes... » ; « De toutes les figures planes, le carré est la seule à avoir ses côtés égaux et ses angles droits : voilà pourquoi on dit qu’il est le plus précieux. C’est la raison pour laquelle les Pythagoriciens y voient l’image du divin... » (Proclus) Chez Héron d’Alexandrie : « l’angle droit reste toujours le même, tandis que l’aigu et l’obtus changent à l’infini. » Le caractère initiatique est sans doute indiqué par la préface dédicatoire de Balbus à Celsus, lorsqu’il « proclame sa volonté de “rendre un culte” à “cette science [la géométrie], objet d’adoration dans tous les temples”, il y a là davantage qu’une formule rhétorique imposée par les lois du genre à toute introduction de traité technique, dans laquelle, de manière fort compréhensible, l’auteur place sa discipline bien loin au-dessus des autres. » (« Géométrie grecque et agrimensorique romaine », Dialogues d’histoire ancienne, n° 20-5, 1994 ; Balbus : Présentation systématique de toutes les figures. Podismus et textes connexes. Extraits d’Épaphrodite et de Vitruvius Rufius : la Mesure des jugères, Introduction, traduction et notes par J.-Y. Guillaumin, Naples, 1996)

13. Cf. Cesare Rossi, Marco Ceccarelli, Michela Cigola, « La groma, lo squadro agrimensorio e il corobate. Note di approfondimento su progettazione e funzionalità di antiche strumentazioni », disegnare, n° 42, 2011.

14. F. Lindemmann, Corpus grammaticorum Latinorum, p. 72, Leipzig, 1832.

15. « La lettre G et le swastika », É. T.,  juillet-août 1950.

16. Il avait 59 ans quand il publia son premier texte révélant l’existence des Opératifs (Tectonic Art, 1909). Il devait mourir six ans plus tard seulement, en février 1915, à 64 ans.

17. « Réflexions sur René Guénon » (Extraits inédits du Journal de Frédérick Tristan), p. 208, René Guénon, Les Dossiers H, Lausanne, 1997.

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