RENÉ GUÉNON ET LA MAÇONNERIE OPÉRATIVE

René Guénon et la Maçonnerie opérative

(7e partie & fin)

La Loge des Maîtres Maçons Installés est déclarée ouverte à midi chaque samedi

(The Enthroned Master Masons’ Lodge is declared open at XII noon every Saturday)

Les trois Grands Maîtres de la Loge n° 91, « Leicester » en 1913 :

Edward Male, Harry Smith, Clement Stretton

Clement Stretton et la résurgence de la Maçonnerie opérative en Angleterre au XXe siècle (suite & fin)

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Pierre tombale de Lucius Aebutius Faustus, Mensor, sur laquelle est figurée une groma

(Ier siècle av. J.-C.)

Museo Civico, Ivrea, Italie

Arnaud de Villeneuve

(c. 1240 - c. 1311)

Le Grand Architecte De l’Univers Barthélemy l’Anglais, Livre des propriétés des choses,

XIIIe siècle

Détails des enluminures d’un manuscrit du duc Jehan de Berry : Antiquités judaïques

par Flavius Josèphe (vers 1410)

Détail de la photographie hors-texte de «  The Working Tools of an Operative Freemason » by Master Mason VII° (The Co-Mason, vol. VI, April 1914)

Lettre de Stretton à Yarker le 1er mai 1909 décrivant cet instrument : « There is a model – there is a base hollow square, say 1 foot 6 inches square –  four uprights at corners say 3 feet high then a flat portion about 1 foot square. Then two strips of wood each about 3 feet long and a screw at the center – and the under side is a plumb line, and at the four corners a plumb line. The 5 points are set to the centre at proper angle required. »

Dr Thomas Carr

Charles H. Merz

From time immemorial 

          À la suite d’une conférence inédite de René Guilly, alias René Désaguliers, M. Dat considère que la présence de la groma, un instrument antique de mesures, parmi les outils des Loges opératives, serait « l’incohérence essentielle » de la Maçonnerie opérative dont se réclamait Stretton (1). D’après M. Dat, Guilly « souligna l’importance fondamentale de cette incohérence. » Cet instrument – une alidade (gnômon) (2) en forme de croix qui permet à la fois la maîtrise des alignements et des angles – aurait, d’après eux, disparu depuis l’époque romaine. Il aurait été complètement inconnu avant la parution d’un livre allemand en 1848. Selon MM. Guilly et Dat, il ne peut donc pas se trouver dans les Loges opératives sans y avoir été introduit après cette date. 

                 Indépendamment de l’instrument en question, ce type d’argument est proprement stupéfiant et révèle avec éloquence la conception que se faisait Guilly de la Maçonnerie, et M. Dat après lui. On se demande alors ce que pouvait signifier pour eux l’expression maçonnique « from time immemorial » ? M. Dat ne sait-il pas que la Maçonnerie a recueilli bien des héritages ? Cela veut-il dire pour lui, comme pour M. Dachez, le successeur de Guilly à la direction de Renaissance Traditionnelle, que la Maçonnerie est une « tradition inventée d’origine récente » et que le symbolisme maçonnique, avec les objets qui le véhiculent ne peuvent pas s’être transmis depuis plus de deux mille ans ? Qu’en est-il alors de l’équerre (3) ou du fil à plomb ? On comprend mieux maintenant pourquoi il a voulu démontrer l’inauthenticité de la Maçonnerie opérative chez Clement Stretton.

La groma

             Malheureusement pour lui, il a eu tort de s’en remettre aveuglément à Guilly alors qu’il est bien connu aujourd’hui que, loin d’être impartiaux, les présupposés de son orientation idéologique le dirigeaient toujours là où il avait prévu d’aller, et l’empêchaient de voir ce qu’il ne voulait pas voir. Nous ne connaissons pas sa conférence puisqu’elle est inédite, mais on se demande comment il est possible d’affirmer que les connaissances des arpenteurs romains auraient été totalement inconnues avant 1848 alors que Rabelais, notamment, mentionne les agrimenseurs, c’est-à-dire les utilisateurs de la groma, au chapitre 30 de son Pantagruel publié en 1532 !

                De fait, le livre allemand, celui de F. Blume, K. Lachmann, Th. Mommsen et A. Rudorff, en l’occurrence Die Schriften der Römischen Feldmesser (Berlin, 1848-1852), contient l’édition d’un code gromatique « dont huit exemplaires médiévaux ont conservé la substance » a précisé Carol Heiz (4). C’est nous qui soulignons. À la fin du Xe siècle, le pape Gerbert qui s’honorait lui-même d’être agrimensor renvoyait pour les controverses, les qualités, les noms des champs et des limites, à Frontin et à Aggenus Urbicus. Au XIIe siècle, le médecin et hermétiste Arnaud de Villeneuve aurait été l’auteur d’un traité de géométrie agrimensorique (5). Un chercheur a d’ailleurs montré « que les villes qui ont été fondées au Moyen Age, en Europe, ont encore été dessinées selon les règles énoncées par les Gromatici veteres », c’est-à-dire par les « anciens (veteres) utilisateurs de groma (les Gromatici). » (6) Mme Ella Hermon est revenue sur la question : «  Cet intérêt constant est révélé par la conservation de la tradition gromatique dans les familles de manuscrits copiés dans les monastères d’Europe. Le paradigme de la colonie romaine, avec ses frontières inviolables, publiques et sacrées, continue à être représenté dans les vignettes des manuscrits médiévaux des manuels d’arpentage des Gromatici veteres et synthétisé dans le livret attribué au Commentateur anonyme [7] du VIe siècle. » (8)

           La groma aurait-elle été « complètement inconnue » avant le livre allemand ? Pourtant, outre les manuscrits du moyen âge que nous venons d’évoquer, il est établi que le XVe siècle marque la récupération des manuscrits des gromatiques, et le XVIe « celles de leur entrée comme aide à la critique et à l’interprétation de la littérature juridique romanistique ou simplement comme un complément érudit. C’est en 1554, dans le milieu des humanistes et doctes philologues français, qu’apparaît l’édition princeps des arpenteurs latins, œuvre d’A. Turnebus. Puis suivaient, déjà au XVIIe siècle, l’édition de Rigault (1614) et surtout l’édition de l’érudit hollandais W. Goesius (1674). » (9)

           Bien entendu, s’il paraît probable que la groma était un instrument appartenant à la Maçonnerie opérative en général, et qu’elle était le symbole même des Mensores, « ceux qui mesurent », en raison notamment de la nécessité du bornage des loca sacra et religiosa, et qu’elle s’est transmise, avec ses instruments, dans la société chrétienne, comme ars libéral et héritage traditionnel romain, dans les lieux d’enseignement de l’agrimensure, nous ne savons pas si sa présence dans la Maçonnerie divulguée par Stretton viendrait d’une transmission traditionnelle ou d’une introduction faite par lui-même (10).

             Il faut cependant remarquer que s’il s’agit d’une introduction récente, elle aurait le mérite de son caractère traditionnel. Placer l’instrument des magistri geometriæ parmi les working tools of the Worshipful Society of Free Masons relèverait d’une féconde intuition : le mot géométrie ne signifie-t-il pas en grec mesure de la terre ? On se souviendra de ce que Guénon a écrit à ce propos : « L’idée de la mesure entraîne immédiatement celle de la “géométrie”, car non seulement toute mesure est essentiellement “géométrique” comme nous l’avons déjà vu, mais on pourrait dire que la géométrie n’est pas autre chose que la science même de la mesure ; mais il va de soi qu’ici il s’agit d’une géométrie entendue avant tout au sens symbolique et initiatique, et dont la géométrie profane n’est plus qu’un simple vestige dégénéré, privé de la signification profonde qu’elle avait à l’origine et qui est entièrement perdue pour les mathématiciens modernes. C’est là-dessus que se basent essentiellement toutes les conceptions assimilant l’activité divine, en tant que productrice et ordonnatrice des mondes, à la “géométrie”, et aussi, par suite, à l’“architecture” qui est inséparable de celle-ci ; et l’on sait que ces conceptions se sont conservées et transmises, d’une façon ininterrompue, depuis le Pythagorisme (qui d’ailleurs ne fut lui-même qu’une “adaptation” et non une véritable “origine”) jusqu’à ce qui subsiste encore des organisations initiatiques occidentales, si peu conscientes qu’elles soient actuellement dans ces dernières. C’est à quoi se rapporte notamment la parole de Platon : “Dieu géométrise toujours” (ἀεὶ ὁ Θεὸς γεωμέτρει : nous sommes obligé, pour traduire exactement, d’avoir recours à un néologisme en l’absence d’un verbe usuel en français pour désigner l’opération du géomètre), parole à laquelle répondait l’inscription qu’il avait fait placer, dit-on, sur la porte de son école : “Que nul n’entre ici s’il n’est géomètre”, ce qui impliquait que son enseignement, dans son aspect ésotérique tout au moins, ne pouvait être compris véritablement et effectivement que par une “imitation” de l’activité divine elle-même. » (11)

        Le corpus des gromatiques latins indique le caractère sacré de l’installation de la groma, qui était liée aux Augures et aux rites de fondation. Il s’agissait de passer du templum in caelo au templum in terra. Au-delà de son caractère utilitaire, sa fonction était d’abord d’inscrire le territoire et ses édifices dans une harmonie cosmique qui se rattachait à la doctrine pythagoricienne de l’harmonie des sphères (12). D’autre part, nous savons que la groma est très ancienne puisque l’une d’elle, datant de l’ère ptolémaïque (III-I av. J.-C.), a été découverte dans une oasis du Fayoum. Certains considèrent qu’elle proviendrait de Babylone, par les Grecs et les Étrusques qui l’auraient introduite à Rome. Si l’origine étrusque du nom groma est généralement reconnue, un auteur allemand l’a rattaché au sanscrit (13), ce qui ne paraît pas impossible. Tout ce que Guilly est donc parvenu à démontrer, semble-t-il, c’est qu’il n’a pas su chercher là où il le fallait. Il est d’ailleurs probable qu’il ne voyait dans la groma qu’un instrument antique à la manière des modernes, généralement incapables d’en percevoir le symbolisme et la fonction sacrée (14). On peut observer quelque chose d’analogue chez ceux qui envisagent la géométrie sans la rapporter à un autre ordre de connaissance, et comme ayant sa propre fin en elle-même.

                Dans son article, M. Dat indique que « dans le VIe degré, comme dans la cérémonie de commémoration de la Mort d’Hiram, l’utilisation d’une structure en bois en forme de croix à laquelle sont suspendus cinq fils à plomb est majeure. Elle est présente dans l’ensemble de l’outillage complexe utilisé par les loges opératives, mais aussi dans une plus grande dimension, comme brancard porté par quatre hommes sur lequel repose celui qui représente Hiram assassiné. Fondamentalement impliqué dans le système, cet instrument y concrétise le symbole opératif des “cinq points”. Il est soigneusement décrit par Stretton le 1er mai 1909, en réponse à une question de Yarker sur cette “croix de bois continuellement présente au VIe degré . » Pour M. Dat, c’est une groma, mais pour lui, à la suite de Guilly, comme on l’a vu, cet instrument « a entièrement disparu après la période romaine », et comme il était inconnu du monde moderne, il ne pouvait s’agir que d’une reconstitution effectuée par Stretton à la suite de sa lecture d’un ouvrage allemand.

                     Si c’est le cas, on peut se demander alors pourquoi dans sa réponse à Yarker, Stretton n’emploie aucunement le terme de groma ni ne fait référence au Gromatici. Dans les deux photographies qui accompagnent son article sur les « Working Tools of an Operative Freemason », paru dans le n° 6 de The Co-Mason d’avril 1914, photographies reproduites dans le n° 8 de cette revue et en tête du présent texte (voir détail ci-contre), il semble que l’on puisse distinguer une forme de groma vissée sur une partie plate supportée par quatre pieds reposant sur un socle carré, à savoir la croix aux branches de laquelle sont suspendus les fils à plomb. Pourquoi alors, dans son énumération des outils d’une Loge opérative figurant dans cet article, le nom de la groma n’est-il pas non plus mentionné ? Serait-ce parce que celle-ci, si elle était effectivement présente dans la Maçonnerie opérative anglaise, l’était sous un autre nom ?

                À propos de la lettre G et du swastika, Guénon disait qu’« on pourrait peut-être objecter que la documentation inédite donnée par le Speculative Mason, concernant le swastika, provient de Clément Stretton, et que celui-ci fut, dit-on, le principal auteur d’une “restauration” des rituels opératifs dans laquelle certains éléments, perdus à la suite de circonstances qui n’ont jamais été complètement éclaircies, auraient été remplacés par des emprunts faits aux rituels spéculatifs et dont rien ne garantit la conformité avec ce qui existait anciennement ; mais cette objection ne vaut pas dans le cas actuel, parce qu’il s’agit précisément de quelque chose dont on ne trouve aucune trace dans la maçonnerie spéculative. » (15) Ne pourrait-on pas objecter la même chose à propos de la présence de la groma au VIe ?

                Immédiatement après ce rappel de la réponse de Stretton à Yarker, M. Dat mentionne un article de A. Lewis, intitulé « The Surveyors Groma » (« La groma des arpenteurs ») où celle-ci est présentée « comme essentielle pour les Loges opératives », article également publié dans le Speculative Mason, mais en octobre 1930 seulement, c’est-à-dire seize ans après la mort de Stretton... Est-il besoin de dire que tout cela ne nous paraît jusqu’ici guère prouver que la groma fut introduite par Stretton dans la Maçonnerie opérative ?

 

Quelques conclusions

 

                   M. Dat conclut son étude en disant que la motivation de Stretton serait son incapacité à accepter le développement de l’école historique dans la Maçonnerie. Il aurait voulu s’opposer ainsi à ce qu’il voyait comme « une tentative de destruction de l’ancienne Maçonnerie traditionnelle. » Il aurait « échoué à saisir que la vraie foi ne peut-être trouvée dans l’obscurantisme ( sic !), que l’histoire ne juge pas et condamne encore moins, mais qu’elle donne des limites de sécurité pour notre imagination. » Tout cela est bien tourné et M. Dat a le mérite, contrairement à d’autres, d’avoir tenté de fournir une explication aux motivations de Stretton dans l’hypothèse d’une imposture. Cette explication nous paraît cependant très faible. Elle donne l’impression que M. Dat lit le passé à la lumière du présent, un présent qui serait l’aboutissement du progrès incessant de la raison éclairée. À notre avis, elle en dit plus sur ses propres motivations que sur celles de Stretton. En effet, elle correspond exactement à l’offensive que certains esprits modernes ont lancée contre la Maçonnerie au nom d’une historiographie profane mise au service d’une idéologie anti-traditionnelle. On vient de voir avec la question de la groma, et selon le strict point de vue historiographique dont elle se réclame, les errances de celle-ci... Si la Maçonnerie opérative de Stretton était une forgerie, comme le pense M. Dat, il faudrait alors ajouter qu’elle s’opposerait en miroir à l’historiographie falsificatrice moderne de la Maçonnerie, telle qu’elle s’incarne aujourd’hui, par exemple, de manière éminente chez M. Roger Dachez.

              M. Dat termine en résumant les éléments qui s’opposent à accorder une authenticité à la Maçonnerie opérative de Stretton. Finalement, malgré les apparences, il s’avère que la plupart de ses points de conclusion deviennent fragiles ou inconsistants dès l’instant où l’on aborde le sujet d’une manière différente, comme nous espérons l’avoir montré. Le seul argument qui reste le plus solide est l’absence de documents anciens.

           

          Nous ferons néanmoins encore remarquer qu’entre 1871 et 1908, Stretton a publié plusieurs articles et livres sur des sujets liés aux chemins de fer anglais (Safe Railway Working: A Treatise on Railway Accidents: Their Cause and Prevention, with a Description of Modern Appliances and Systems, 1887 ; The History of the Midland Railway, 1901 ; The Development of the Locomotive, 1903, etc.), ils ont été très critiqués pour leurs erreurs et leur manque de précision, pourtant personne ne conteste qu’il fut ingénieur ferroviaire. Ce qui était le cas : il fut même le représentant de l’Angleterre pour le Bureau des Chemins de fer (Railway Department) à l’Exposition internationale de Chicago en 1893. Il ne serait donc pas étonnant que l’on retrouve ses mêmes défauts, très humains et naturellement répandus chez la plupart à divers degrés – propension à commettre des erreurs et difficulté à être précis –, à propos de la Maçonnerie opérative, sans pouvoir en déduire qu’il était nécessairement un faussaire à proprement parler.

           Si M. Dat a reconnu bien volontiers « le très grand intérêt du contenu du Système de Stretton », qu’il envisageait même de publier à un certain moment, nous pensons que son étude ne permet pas de clore la question de l’authenticité, sous un rapport ou un autre, de la Maçonnerie opérative chez Clement Stretton. Après un réquisitoire qu’il imagine définitif, mais qui ne peut l’être que pour des lecteurs peu attentifs, il déclare, de manière magnanime, qu’il convient d’être bienveillant à son égard, et termine avec des mots plutôt aimables envers lui. Il refuse de qualifier ce qu’il appelle son « système » de contrefaçon, le mot ayant des connotations péjoratives comme celle de la tromperie, mais préfère parler de « fiction ». Pour notre part, nous ne voyons pas la différence, et ce distinguo de pure rhétorique nous paraît totalement vain.

            En revanche, si l’on admet a priori que Stretton était bien l’un des derniers Maçons opératifs anglais, on peut alors penser que, parvenu à la fin de sa vie, il ait voulu que ne s’éteigne pas complètement ni se perde à jamais ce qu’il savait être sans doute un des seuls à pouvoir transmettre, selon les moyens à sa disposition (16). M. Dat donne le dernier mot à un des membres du Cercle de correspondances de la Loge opérative du Mont Bardon n° 110 : « Si c’est une fiction, quelle charmante fiction ! » Nous devons dire qu’une telle remarque témoigne d’un état d’esprit tout à fait navrant. Non seulement elle induit l’idée d’une duperie, mais il nous paraît aussi lamentable de prendre si légèrement une question si grave. Ceux qui ont une conscience plus aiguë de la réalité et des questions initiatiques savent qu’il ne s’agit pas d’un simple problème de recherche historique, mais de trouver la « Porte de la Délivrance », et non de se livrer aux « mâchoires de la Mort. »

           

            Marjory Debenham, qui succéda à Miss Bothwell-Gosse, disait que la Maçonnerie opérative dont se réclamait Stretton n’a pas survécu à la guerre de 1914-18. Toutefois, il nous semble important de savoir exactement à quoi s’en tenir sur celle-ci, ne serait-ce qu’en raison du « très grand intérêt du contenu du Système de Stretton », comme le dit M. Dat. Malgré les quelques articles parus en langue française, tout le travail reste à faire. Afin d’apporter plus de lumière sur cette affaire, il serait sans doute utile de pouvoir examiner les papiers de Clément Stretton lui-même.

             Nous supposons que celui-ci devait avoir une bibliothèque importante et des archives ; si sa bibliothèque a pu être dispersée, il est difficile de croire que tous ses papiers furent détruits. Que sont-ils devenus ? Il y aurait donc une recherche à lancer de ce côté. Il y a aussi la question de la correspondance entre Guénon et Miss Bothwell-Gosse. Dans les extraits de son Journal, M. Frederick Tristan, qui a rencontré Marjory Debenham, celle qui lui avait succédé à la direction du Speculative Mason, rapporte qu’il détient une copie de cette correspondance (17). Elle n’est donc pas perdue. Il serait également utile de la publier, ou du moins de la consulter. Il est impossible de croire qu’elle n’apporte aucun élément nouveau sur la question. À celle-ci pourrait s’ajouter la correspondance Guénon-Missak, et celle de Jean Tourniac/Granger. 

            Enfin, il nous paraît nécessaire d’établir une bibliographie complète des articles de Stretton et d’offrir aux lecteurs français une traduction de ceux-ci. De même pour le texte du Dr Thomas Carr : The Ritual of the Operative Freemasons (à propos duquel il serait également utile de savoir ce qu’est devenu sa correspondance avec Stretton), ainsi que pour des parties significatives du livre de Charles H. Merz, Guild Masonry in the Making. C’est ce travail de longue haleine que nous proposons de commencer à partir des prochains numéros. Nous publierons d’abord la traduction de questions posées publiquement à Stretton et ses réponses afin de montrer que dès l’apparition de la Maçonnerie opérative dont il se réclamait, certains s’y sont intéressés. On verra que les interrogations ou les objections formulées publiquement en France à partir de 1957 par René Blois, en 1981 par M. Girard-Augry, puis en 1999 par M. Dat ne sont guère nouvelles en langue anglaise.

            Nous invitons naturellement tous ceux qui détiennent des documents autres que ceux disponibles sur l’internet de nous les faire parvenir, et nous invitons tous ceux qui voudraient se charger d’une partie du travail de traduction que nous venons d’esquisser de se faire connaître, c’est-à-dire que nous invitons sans exclusive à participer à la manifestation de la vérité.

 

Laurent Guyot

 

Pour citer cet article :

Laurent Guyot, « René Guénon et la Maçonnerie opérative » (7e partie & fin), Cahiers de l’Unité, n° 12, octobre-novembre-décembre, 2018 (en ligne).

 

© Cahiers de l’Unité, 2018 

NOS ÉDITIONS

Revues

Recueils

Livres