Le sport barbare

Le sport barbare

Critique d'un fléau mondial

Marc Perelman

Le sport par et pour les porcs

NOTES

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1. Voici la définition des « valeurs » du sport institutionnel que donnait Pierre de Coubertin, père des Jeux Olympiques modernes : « Le sport [...] doit [...] être pratiqué avec ardeur, je dirai même avec violence. Le sport, ce n’est pas l’exercice physique bon pour tous au point de vue de l’hygiène à condition d’être sage et modéré. Le sport est le plaisir des forts ou de ceux qui veulent le devenir physiquement et moralement. Il comporte donc la violence, l’excès, l’imprudence [...] [dans] son essence ». Et voilà un exemple de ses « litanies du culte sportif » : « Ô sport, tu es la Fécondité ! Tu tends par des voies directes et nobles au perfectionnement de la race en détruisant les germes morbides et en redressant les tares qui la menacent dans sa pureté nécessaire ». « Il y a deux races distinctes : celle des hommes au regard franc, aux muscles forts, à la démarche assurée et celle des maladifs à la mine résignée et humble, à l’air vaincu ». (Cf. J.-M. Brohm, Pierre de Coubertin, le seigneur des anneaux. Aux fondements de l’olympisme, Paris, 2008) Notons que le grand-père maternel de Coubertin est Jules-Eudes de Mirville qui fut le témoin oculaire des faits qui se produisirent au presbytère de Cideville, en Normandie, de 1849 à 1851, « c’est-à-dire, remarque Guénon, fort peu de temps après les évènements de Hydesville, et alors que ceux-ci étaient encore à peu près inconnus en France. » (L’Erreur spirite, ch. II) Jules-Eudes de Mirville est l’auteur de sept volumes sur les Esprits et leurs manifestations fluidiques, 1854.

 

2. Un sage disait : « Si tu veux le corporel, tu ne désires pas l’esprit, car tout ce qui augmente les sens corporels diminue la spiritualité, et inversement. L’expérience corporelle accapare la plupart des hommes : elle a saisi leurs cœurs et leurs membres, et ne les laisse pas s’ouvrir à l’Esprit, puisque l’expérience sensible et à l’opposé de la spiritualité et que les opposés ne se rejoignent pas. »

3. La modernité ne permet pas que l’on critique le sport impunément : « Pourquoi est-il si difficile d’aborder la question du sport d’un point de vue critique, interroge M. Jean-Marie Brohm, professeur émérite de sociologie de l’Université de Montpellier, sans risquer aussitôt le lynchage académique et médiatique ? Pourquoi, précise-t-il, ai-je subi pendant dix années une véritable interdiction professionnelle ? Pourquoi les “spécialistes” du sport ont-ils si longtemps cherché à me discréditer ?

          C’est que le sport fait, pour au moins trois raisons, l’objet d’un tabou au sens classique du terme.

          D’abord, on ne saurait toucher à une prétendue “culture” sportive, héritage proclamé du “patrimoine universel”, référence obligée des agrégés parvenus dans les facultés de sport ou des pédagogues de droite mais aussi bien de gauche – le bon vieil opium du glacis socialiste. Une vision du monde d’autant plus utile à l’ordre établi qu’elle constitue un écran de rêve, un “rideau idéologique” qui masque les crimes d’État, la pauvreté, la répression et le chômage.

                Ensuite, ladite culture sportive fonctionne comme un appareil idéologique avec ses nombreux responsables politiques, universitaires, médiatiques, qui collaborent “organiquement” dans la diffusion de cette idolâtrie, ses thuriféraires inconditionnels et autres bateleurs de l’humanisme, notamment ceux de l’ex-gauche plurielle, qui pourfendent en bonne logique toute approche mettant en question le cadre de leur activité.

                 Enfin, le sport s’affiche aujourd’hui comme une nouvelle branche industrielle de production de marchandises avec son marché, ses investisseurs, ses sponsors, ses capitaines d’industrie, ses circuits financiers, et il est donc à ce titre en quête permanente de taux de profits élevés. D’où des choix stratégiques toujours orientés vers l’accumulation de gains et de valeurs ajoutées. L’évolution récente du mouvement olympique devenu, sous la direction de Juan Antonio Samaranch, une multinationale mondialisée, doublée d’une mafia d’intérêts associés, confirme que les “idéaux olympiques” ne servent qu’à justifier de juteuses opérations financières combinées à de gigantesques shows publicitaires. Les sportifs eux-mêmes, les compétitions, les performances, les records, tout s’achète, se négocie, se loue, se vend selon les prix du marché. » (« La compétition, c’est la mort », Outre-Terre, vol. VIII, n° 3, 2004) M. Brohm parvient souvent à conjuguer l’acuité des analyses à un humour corrosif qui fait souvent mouche : cf. « Philosophie critique du sport. Quelques remarques préalables », 2009.

 

4. Cf. Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, ch. VII. La « mondialisation » tend ainsi à imiter de façon parodique l’unification de toutes les fomes traditionnelles qui sera manifestée extérieurement à la fin du cycle.

5. « Il n’y a qu’à jeter un regard autour de soi pour constater qu’on s’efforce partout de plus en plus de tout ramener à l’uniformité, qu’il s’agisse des hommes eux-mêmes ou des choses au milieu desquelles ils vivent, et il est évident qu’un tel résultat ne peut être obtenu qu’en supprimant autant que possible toute distinction qualitative ; mais ce qui est encore bien digne de remarque, c’est que, par une étrange illusion, certains prennent volontiers cette “uniformisation” pour une “unification”, alors qu’elle en représente exactement l’inverse en réalité, ce qui peut du reste paraître évident dès lors qu’elle implique une accentuation de plus en plus marquée de la “séparativité”. La quantité, insistons-y, ne peut que séparer et non pas unir ; tout ce qui procède de la “matière” ne produit, sous des formes diverses, qu’antagonisme entre les “unités” fragmentaires qui sont à l’extrême opposé de la véritable unité, ou qui du moins y tendent de tout le poids d’une quantité qui n’est plus équilibrée par la qualité. » (Ibid. ch. VI)

6. Sans aucunement s’apercevoir de la déshumanisation qui est ainsi révélée, on parle couramment de certains sportifs comme de « machines à gagner ».

7. « La vérité est que c’est la royauté qui, par là [la rupture avec l’autorité spirituelle], ouvrit inconsciemment le chemin à la Révolution, et que celle-ci, en la détruisant, ne fit qu’aller plus loin dans le sens du désordre où elle-même avait commencé à s’engager. En fait, partout dans le monde occidental, la bourgeoisie est parvenue à s’emparer du pouvoir, auquel la royauté l’avait tout d’abord fait participer indûment ; peu importe d’ailleurs qu’elle ait alors aboli la royauté comme en France, ou qu’elle l’ait laissée subsister nominalement comme en Angleterre ou ailleurs ; le résultat est le même dans tous les cas, et c’est le triomphe de l’“économique”, sa suprématie proclamée ouvertement. Mais, à mesure qu’on s’enfonce dans la matérialité, l’instabilité s’accroît, les changements se produisent de plus en plus rapidement ; aussi le règne de la bourgeoisie ne pourra-t-il avoir qu’une assez courte durée, en comparaison de celle du régime auquel il a succédé ; et, comme l’usurpation appelle l’usurpation, après les Vaishyas, ce sont maintenant les Shûdras qui, à leur tour, aspirent à la domination. » (Autorité spirituelle et pouvoir temporel, ch. VII).

8. Guénon a fait remarquer que l’organisation sociale du moyen âge occidental a « été calquée exactement sur la division des castes, le clergé correspondant aux Brâhmanes, la noblesse aux Kshatriyas, le tiers-état aux Vaishyas, et les serfs aux Shûdras ; ce n’étaient pas des castes dans toute l’acception du mot, mais cette coïncidence, qui n’a assurément rien de fortuit, n’en permet pas moins d’effectuer très facilement une transposition de termes pour passer de l’un à l’autre de ces deux cas. » Ainsi : « Le fait d’accorder une importance prépondérante aux considérations d’ordre économique, qui est un caractère très frappant de notre époque, peut être regardé comme un signe de la domination des Vaishyas, dont l’équivalent approximatif est représenté dans le monde occidental par la bourgeoisie ; et c’est bien celle-ci qui domine en effet depuis la Révolution. »  À cette occasion, il avait précisé : « Si le roi ne se contente plus d’être le premier des Kshatriyas, c’est-à-dire le chef de la noblesse, et de jouer le rôle “régulateur” qui lui appartient à ce titre, il perd ce qui fait sa raison d’être essentielle, et, en même temps, il se met en opposition avec cette noblesse dont il n’était que l’émanation et comme l’expression la plus achevée. C’est ainsi que nous voyons la royauté, pour “centraliser” et absorber en elle les pouvoirs qui appartiennent collectivement à la noblesse tout entière, entrer en lutte avec celle-ci et travailler avec acharnement à la destruction de la féodalité, dont pourtant elle était issue ; elle ne pouvait d’ailleurs le faire qu’en s’appuyant sur le tiers-état, qui correspond aux Vaishyas ; et c’est pourquoi nous voyons aussi, à partir de Philippe le Bel précisément, les rois de France s’entourer presque constamment de bourgeois, surtout ceux qui, comme Louis XI et Louis XIV, ont poussé le plus loin le travail de “centralisation”, dont la bourgeoisie devait du reste recueillir ensuite le bénéfice lorsqu’elle s’empara du pouvoir par la Révolution. » (Ibid., ch. II, III & VII)

9. L’École de Francfort entre les années trente et les années soixante, porta une critique de la société moderne, en essayant de dire quelque chose de plus que la simple critique marxiste de la société bourgeoise. Ce courant intellectuel, dont les origines remontent à l’époque de l’Allemagne de Weimar, s’est développé tout au long du siècle passé, jusqu’à ce jour. Les questions abordées par cette École sont variées, comme la culture, la musique, la littérature, l’État, le droit, la communication, les médias, l’autoritarisme, le développement de l’individu, etc. C’est dans le domaine de la culture, de l’esthétique, des médias et de la communication, que les différents auteurs de la Théorie critique (Kritische Theorie), comme Adorno, Habermas ou Horkheimer notamment, ont exercé une influence significative dès le milieu du siècle passé (cf. Martin Jay, L’Imagination dialectique, Paris, 1989 ; Olivier Voirol, « Quel est l’avenir de la théorie critique ? », Questions de communication, n° 21, 2012).

10. Ainsi que le note M. Brohm, certains sportifs, désireux de ne plus être pris pour de simples myophiles affichent désormais des prétentions philosophiques, « penseurs d’un domaine qui vomit la pensée et bannit la réflexion critique ».

 

11. « L’époque moderne, qui est celle de la rupture avec la tradition, pourrait, sous le rapport politique, être caractérisée par la substitution du système national au système féodal ; et c’est au XIVe siècle que les “nationalités” commencèrent à se constituer, par ce travail de “centralisation” dont nous venons de parler. On a raison de dire que la formation de la “nation française”, en particulier, fut l’œuvre des rois ; mais ceux-ci, par la même, préparaient sans le savoir leur propre ruine ; et, si la France fut le premier pays d’Europe où la royauté fut abolie, c’est parce que c’est en France que la “nationalisation” avait eu son point de départ. D’ailleurs, il est à peine besoin de rappeler combien la Révolution fut farouchement “nationaliste” et “centralisatrice”, et aussi quel usage proprement révolutionnaire fut fait, durant tout le cours du XIXe siècle, du soi-disant “principe des nationalités”; il y a donc une assez singulière contradiction dans le “nationalisme” qu’affichent aujourd’hui certains adversaires déclarés de la Révolution et de son œuvre. Mais le point le plus intéressant pour nous présentement est celui-ci : la formation des “nationalités” est essentiellement un des épisodes de la lutte du temporel contre le spirituel ; et, si l’on veut aller au fond des choses, on peut dire que c’est précisément pour cela qu’elle fut fatale à la royauté, qui, alors même qu’elle semblait réaliser toutes ses ambitions, ne faisait que courir à sa perte. » (Autorité spirituelle et pouvoir temporel, ch. VII) 

 

Carreau de faïence décoré

des attributs des trois ordres.

 
 
 
 
 
 

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