Vulnéraire du Christ

 

Compte-rendu

Le vulnéraire du Christ : la mystérieuse emblématique des plaies et du corps du Christ

Louis Charbonneau-Lassay

NOTES

Cliquez sur le numéro de la note pour revenir à l'endroit du texte

 

1. On peut se demander si ce n’est pas en raison du fait que c’est par l’intermédiaire de M. Zoccatelli que M. Pierozak s’est vu proposer l’achat d’une partie des archives de Charbonneau-Lassay ? En Italie, M. Zoccatelli a publié aux éditions Arkeios, la traduction du Bestiaire du Christ (Il Bestiario del Cristo. La misteriosa emblematica di Gesù Cristo, 1994) ainsi que Il Giardino del Cristo ferito. Il Vulnerario e il Florario del Cristo (1995); Le Pietre Misteriose del Cristo (1997), et Simboli del Cuere di Cristo (2003) contenant divers articles inédits en français. En France, il a publié (avec Stefano Salzani), Hermétisme et emblématique du Christ dans la vie et dans l’œuvre de Louis Charbonneau-Lassay (1871-1946), trad. de l’italien par Jean Nicolas, Milan, 1996 ; Le Lièvre qui rumine. Autour de René Guénon, Louis Charbonneau-Lassay et la Fraternité du Paraclet, Milan, 1999. Parmi les documents que cite M. Zoccatelli, on notera le Journal [intime] de Charbonneau-Lassay, toujours inédit à ce jour. On regrettera que ces derniers documents restent entre les mains d’un auteur si peu qualifié. Il nous semble que MM. Steffen Greif ou Jérôme Rousse-Lacordaire, par exemple, auraient été des préfaciers plus qualifiés (cf. Ésotérisme et christianisme. Histoire et enjeux théologiques d’une expatriation, Paris, 2007).. 

 

2. Cf. Le Livre qui rumine, p. 21. M. Zoccatelli entend circonscrire d’une manière assez limitée les rapports entre Guénon et Charbonneau-Lassay, et détacher autant que possible l’œuvre du second de celle du premier. Ce qui ne peut que nuire à l’œuvre de Charbonneau-Lassay en empêchant d’en saisir la signification la plus haute. Il écrit ainsi que la subordination de la figure de Charbonneau à celle de Guénon ne serait que la conséquence d’« une vulgata souvent peu renseignée, sinon malicieuse » (p. xii). Sachant qu’il a lui-même alimenté cette prétendue vulgata par ces deux ouvrages, assez confus, publiés en langue française, on comprendra que se pose d’abord la question de sa propre malice, c’est-à-dire celle de son intégrité, sinon au moins de sa compétence, dans l’étude des rapports entre les deux auteurs. Quand il mentionne Guénon, à la page xi de son Avant-propos, c’est d’abord comme exemple du manque de concordance « des éléments ou des doctrines » réunis par la Société du Rayonnement intellectuel ! Sans aucune compréhension de la position de Guénon à cette époque, et répétant sans discernement les insinuations malveillantes de Marcel Clavelle, il qualifie ensuite d’« énigmatique » son « activité de collaborateur à la revue La France Anti-maçonnique ».

               Reprenant ce qu’il avait écrit plus de vingt ans auparavant dans Hermétisme et emblématique du Christ (pp. 33-34), il s’égare finalement dans une caricature dont il est le seul artisan, mais dont le véritable objet est de faire penser le contraire de ce qu’elle évoque. D’après lui, certains considèreraient que « l’œuvre de Charbonneau aurait seulement une valeur comme confirmation ou, à tout le moins, comme contribution aux thèses de Guénon. » (p. xii) Ce qui veut sans doute dire pour M. Zoccatelli que ce n’est pas le cas. Il montre ainsi qu’il ignore ce que peut être une communauté de points de vue, en l’occurrence traditionnels, alors que ce fut précisémment sur cela que reposa l’amitié des deux hommes. Le fait que l’œuvre de Charbonneau-Lassay offre « de précieux points d’appuis documentaires » à une partie des principes exposés par Guénon est une évidence qui ne peut contrarier que ceux qui sont irrationnellement hostiles à ce dernier. Il est vrai que M. Zoccatelli semble ne pas pouvoir comprendre l’idée d’universalité traditionnelle. Les travaux de Charbonneau-Lassay sur l’iconographie et l’emblématique chrétienne n’ont pas été vus comme une « contribution aux thèses de Guénon », mais « comme une des plus importantes contributions à la revivification contemporaine de l’intellectualité traditionnelle en Occident. » (Michel Vâlsan, Introduction aux Symboles fondamentaux de la Science sacrée, p. 11, Paris, 1962) Charbonneau-Lassay reconnaissait évidemment l’autorité intellectuelle et le savoir de Guénon, il l’a même écrit en 1925 dans Regnabit (cf. « À propos de deux livres récents », n° 6, nov. 1925), c’est-à-dire avant que Georges Thomas (1884-1966), alias Tamos, alias Argos, qui fut rédacteur en chef du Voile d’Isis jusque vers 1934, et Marcel Clavelle ne s’emploient à saper son autorité auprès de lui. Nous ne croyons pas que quiconque ait jamais pensé que Charbonneau aurait eu un « rôle public de vulgarisateur des thèses de Guénon dans la sphère des milieux catholiques rétrogrades (sic) » (p. xii), et aucun lecteur qualifié de Guénon ne l’a jamais écrit. À ces inanités, peu flatteuses pour les lecteurs de Guénon, M. Zoccatelli ajoute l’évocation d’« organisations “guénoniennes” », ce qui est une pure absurdité, dont d’aucuns prétendraient que Charbonneau fit partie ainsi qu’à « d’autres plus éloignées encore de l’orthodoxie catholique », à savoir la Fraternité des Chevaliers du Divin Paraclet et l’Estoile Internelle. Dans une note, celles-ci deviennent alors pour M. Zoccatelli seulement « des organisations chrétiennes fermées et groupements hermético-mystiques. » Ce qui n’éclaire plus grand-chose. Heureusement, M. Zoccatelli nous rassure en lui délivrant un brevet de « catholique pleinement orthodoxe tant dans sa vie publique que dans vie privée. » (p. xiii) Nous n’en avions jamais douté, mais l’amphibologie de ses formulations laissera entendre aux lecteurs néophytes du Vulnéraire que l’ésotérisme chrétien est une hérésie.

En tout cas, on ne peut s’empêcher de penser, à propos de M. Zoccatelli, à ce que dénonçait autrefois Guénon : « il semble que, à un certain moment, on se soit rendu compte que cette négation totale et “simpliste” [de l’ésotérisme] n’était plus possible, et qu’en même temps il était plus habile de dénaturer l’ésotérisme de façon à pouvoir l’“annexer” en quelque sorte, en l’assimilant à quelque chose qui, comme c’est le cas du mysticisme, ne relève en réalité que de l’exotérisme religieux. Ainsi, on pouvait encore continuer à ne pas prononcer le mot d’ésotérisme, puisque celui de mysticisme en prenait la place partout et toujours, et la chose elle-même était si bien travestie par là qu’elle paraissait rentrer dans le domaine exotérique, ce qui était sans doute l’essentiel pour les fins qu’on se proposait, et ce qui permettrait à certains de formuler à tort et à travers des “jugements” sur des choses qu’ils n’avaient pas la moindre qualité pour apprécier et qui, par leur véritable nature, étaient, à tous les points de vue, entièrement en dehors de leur “juridiction”. » (« Nouvelles confusions », É. T., décembre 1948)

 

3. Cf. Jean-Pierre Brach et PierLuigi Zoccatelli, « Courants renaissants de réforme spirituelle et leurs incidences », Politica hermetica, n° 11, 1997. M. J. Rousse-Lacordaire a signalé « l’importante étude que Bernard Chevalier consacre au père de l’évêque de Meaux : Guillaume Briçonnet (v. 1445-1514). Un cardinal-ministre au début de la Renaissance : marchand, financier, homme d’État et prince de l’Église, Presses de l’Université de Rennes, 2005. Les pages qui traitent des rapports entre les Briçonnet et les humanistes et les réformateurs éclairent considérablement le milieu dans lequel évoluait l’évêque de Meaux et qui a pu constituer l’arrière-fond du Paraclet. » (J. Rousse-Lacordaire, « Bulletin de l’histoire des ésotérismes », Revue des sciences philosophiques et théologiques, n° 3, t. 91, n. 31, 2007)

 

4. Ainsi que l’avait remarqué M. Rousse-Lacordaire, contre M. Borella, Guénon a écrit que « l’hommage des rois mages, représentants de la “grande Tradition primordiale […] unique vraie Religion de l’humanité tout entière” doit “être regardé comme une des plus belles preuves de la divinité du Christ, en même temps que comme la reconnaissance décisive du Sacerdoce et de la Royauté suprêmes qui lui appartiennent véritablement “selon l’ordre de Melchissedec”. » (Études Traditionnelles, n° 369, 1962 ; J. Rousse-Lacordaire, ibid.)

 

5. Cf. Lucette Valensi, La Fuite en Égypte. Histoires d’Orient et d’Occident, Paris, 2002.

 
 

Louis Charbonneau-Lassay

Lettre de Marcel Clavelle/Jean Reyor à Charbonneau-Lassay, 22 février 1934

 

NOS ÉDITIONS

Revues

Recueils

Livres