La hiérarchie initiatique dirigée par le Pôle suprême (qutb al-aqtâb)

NOTES

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1. R. Guénon, « Les doctrines hindoues », Revue Bleue, n° 6, 15 mars 1924.

 

2. Ibid. En voulant présenter la doctrine traditionnelle d’une manière acceptable aux « européens modernes », on est proche de se conformer à l’aberration intellectuelle de ceux qui bien que n’appartenant pas à une forme traditionnelle particulière, que ce soit l’Hindouisme, le Bouddhisme, le Judaïsme, le Christianisme, ou l’Islam, voudraient cependant que celles-ci se conforment à leurs idées modernes ou à ce qu’ils estiment être le bon sens. À commencer par le rejet des rites, dont l’observance est assimilée à un « ritualisme » inutile. Comme le disait Guénon le 14 août 1921 : « S’il y a des hommes qui “saisissent avec peine un peu de vérité”, cela n’empêche pas qu’il y en ait d’autres qui soient mieux constitués intellectuellement, pas plus que l’existence des aveugles n’empêche celle des hommes qui voient. » 

3. Ibid.

4. Ibid.

5. Michel Chodkiewicz, « Shaykh Muhammad Demirdâsh : Un soufi akbarien du XVIe siècle », Horizons Maghrébins, N° 51, 2004.

6. Cf. Marâtib al-wujûd, p. 8 et 9, cité dans B. E. O., 44, Damas, 1992.

7. Cf. Alexander D. Knish, Ibn ‘Arabi in the Later Islamic Tradition: The Making of a Polemical Image, p. 250, New York, 1998.

8. Marâtib al-wujûd, p. 8 et 9

9. On trouvera dans l’introduction du P. René Pérez à sa traduction du Shifâ al-sâ‘il d’Ibn Khaldûn (La Loi et la Voie, Paris, 1991) une excellente présentation des acteurs d’une telle controverse au XIVe siècle et de leurs points de vue respectifs. (Note de M. Chodkiewicz)

10. Sha‘rânî, Latâ‘ifal-minan, Le Caire, 1357 H., II, p. 29. (N. de M. Ch.)

11. Zarrûq, Qawâ‘id al-sûfiyya, Le Caire, 1968, p. 129. Voir aussi A. F. Khushaim, Zarrûq, the Sûfi, Tripoli, 1976, p. 14, 148, 198. (N. de M. Ch.)

12. Ibn Hajar al-Haytamî, Al-fatâwâ al-hadîthiyya, Le Caire, 1970, p. 296. (N. de M. Ch.)

13. Nâbulusî, Kitâb al-rusûkhfî maqàm al-shuyûkh, ms. Ar. Berlin We 1631, f. 189b. (N. de M. Ch.)

14. Jîlî, Marâtib al-wujûd, Le Caire, s.d., p. 8-12. Les propos de Demirdâsh sur ce sujet paraissent d’ailleurs directement inspirés par ceux de Jîlî, en particulier ceux qui figurent à la page 9 et au début de la page 10 des Marâtib. (N. de M. Ch.)

15. L’ésotérisme a pour but la Délivrance tandis que l’exotérisme vise le Salut ; toutefois, le but du second est en quelque sorte une forme différée du premier. (Cf. « Salut et Délivrance », É. T., janvier-février 1950)

16. Cf. Pânduranga Vâmana Kâne, History of Dharmasâstra, Ancient and Mediæval Religious and Civil Law in India, Bhandarkar Oriental Research Institute, Poona, 1930-1962 ; Robert Lingat, Les sources du droit dans le système traditionnel de l’Inde, Paris-La Haye, 1967 ; Patrick Olivelle & Donald R. Davis, Jr. (eds.), Hindu Law. A New History of Dharmasâstra, New-Delhi, Oxford University Press, 2018.

17. Elle fut la première condamnée à y périr. Il semble toutefois que son procès eut également pour objectif de détourner l’attention générale sur l’entreprise de destruction de l’Ordre du Temple. Avec Guillaume de Nogaret, Guillaume de Plaisians, Philippe de Marigny et Nicolas de Lyre, dont on a dit qu’ils étaient en relation directe avec la « contre-initiation », sinon membres eux-mêmes comme Guillaume de Nogaret, ce fut Guillaume Humbert, confesseur de Philippe IV le Bel, qui instruisit les deux procès. Outre Nogaret, excommunié et désigné comme « enfant du mal » par Benoît XII, on relève que Martin Luther s’est souvent appuyé sur l’exégèse de Nicolas de Lyre, d’où l’épigramme : Si Lyra non lyrasset, Lutherus non saltasset (« Si Lyre n’avait pas joué de la lyre, Luther n’aurait pas dansé »). (Cf. P. Verdeyen, « Le procès d’inquisition contre Marguerite Porete et Guiard de Cressonessart (1309-1310) », Revue d’histoire ecclésiastique, vol. 81, n° 1-2, 1986 ; Romana Guarnieri (et Don Giuseppe De Luca), Il movimento del Libero Spirito, Rome, 1965 ; et l’Introduction d’Émilie Zum Brunn au Miroir des simples âmes anéanties, Jérôme Millon, 2001. Voir aussi, Riwanon Géléoc. La relecture de Marguerite Porete, de Mechthilde de Magdebourg et de Hadewijch d’Anvers par Maître Eckhart, Université de Lorraine, 2017).

18. L’idéologie féministe a même voulu en faire une martyre de sa cause (cf. Luisa Muraro, « Un livre et ses présents : corps et paroles de femmes dans la théologie Occidentale », Clio. Histoire‚ femmes et sociétés, n° 12, 2000).

19. Comment l’exotérisme islamique aurait-il pu accepter, par exemple, ce poème de Sachal Sarmast (1739-1826) ? :

Il est Abû Hanîfa [théologien éponyme d’une des quatre grandes écoles juridiques]

et Il est Hanumân [dieu à l’apparence d’un langur, héros de l’épopée du Râmâyana]

Il est le Coran et Il est les Védas

Il est ceci et Il est cela

Il est Moïse et Il est Pharaon.

(Risâlâ Sindhi, Karachi, 1958) 

     Rûzbihân Baqlî a consacré tout un passage de son Commentaire des paroles théopathiques (Sharh-i shathiyat) aux condamnations des gens du Tasawwuf infligées par les exotéristes : « N’as-tu pas vu ce que les gens du savoir exotérique ont fait à al-Muhâsibî, et à Ma‘rûf, et à Sarî ? » (Les Paradoxes de Soufis, ed. par Henry Corbin, Téhéran et Paris, 1966) Voir aussi, F. de Jong, B. Radtke (eds.), Islamic Mysticism Contested. Thirteen Centuries of Controversies and Polemics, Leyde 1999.

20. Cf. Aperçus sur l’Initiation, ch. V, n. 1.

21. Cf. « L’écorce et le noyau (El-Qishr wa el-Lobb) », Le Voile d’Isis, mars 1931.

 

22.  « L’initiation chrétienne », É. T., 1965.

23. C’est précisément parce qu’il est produit par l’ésotérisme que l’exotérisme a un sens supérieur.

 
 

Traduction anglaise du traité de Nâbulusî, Les vertus de la réclusion dans les temps de confusion, 2017.

 

24. Il y a là l’explication pour laquelle l’œuvre de Guénon a été suscitée en Occident. La difficulté des sociétés traditionnelles à s’opposer intellectuellement et efficacement aux idées modernes vient en partie de leur affaiblissement général, mais surtout parce que ce qui est traditionnel n’est pas essentiellement issu d’une élaboration de l’ordre limité de la raison, contrairement aux idées modernes. Il y a aussi que les paradigmes ne sont pas les mêmes, les sociétés traditionnelles sont organisées de manière à permettre à tous leurs membres d’atteindre le Salut ou la Délivrance. Ce qui n’a aucun sens dans le monde moderne : « Comment pourrait-on justifier scientifiquement la foi dans le Salut ? » demandait Karl Löwith dans son Histoire et Salut. Les présupposés théologiques de la philosophie de l’histoire (1949, trad. fr. Paris, 2002). La doctrine traditionnelle se développant à partir d’un texte sacré révélé, il devient difficile d’argumenter dès que l’autorité de celui-ci n’est pas reconnue. Un certain Judaïsme s’y est néanmoins employé par le biais de la philosophie, mais sans grand succès dans ses résultats (cf. Roland Gœtschel, Meir Ibn Gabbay, Le Discours de la Kabbale Espagnole, Louvain, 1981).

25. On trouvera un panorama historique assez complet sur cette question dans l’étude de M. Frank Pengam, « Histoire de la collusion entre le wahhabisme et le monde anglo-saxon (1703-1979) » (en ligne). Voir aussi, Hamadi Redissi, Le Pacte de Nadjd, Paris, 2007. La destruction des mausolées des lieux saints a son modèle en Arabie saoudite, chez les wahhabites. (Cf. M. Ballan, « The Islamic State’s: Destruction of Shrines in Historical Perspective », 2014 ; Danyves, « Destruction wahhabites : les lieux saints de l’islam en péril », Mediapart, 2016)  

26. L’ijtihâd est l’effort de réflexion pour comprendre et interpréter au point de vue juridique les sources islamiques (Coran et Sunna) par l’intelligence et le consensus. Pour Nâbulusî, tout muftî (celui qui a l’autorité d’émettre des fatâwâ, avis juridiques) digne de ce nom est un mujtahid, c’est-à-dire capable de réflexion intelligente et pas seulement d’application mimétique (taqlîd). Toutefois, à l’époque où il écrivait, il considérait qu’il n’existait pas de mujtahid, « car les qualités que mentionnent les théoriciens du droit (usûliyyûn) font défaut aujourd’hui. La fatwâ, à notre époque, est soit simple imitation et répétition, soit compréhension et annotation des questions juridiques de nos maîtres. Cette dégradation de l’état de l’iftâ’ (de la formulation des fatâwâ) est due au rabaissement de la recherche juridique et intellectuelle, et à la corruption des savants et des fonctionnaires. » (Cf. Bakri Aladdin, « Deux fatwâ-s du Sayh ‘Abd al-Ganî al-Nâbulusî (1143/1731), Présentation et édition critique », Bulletin d’études orientales, T. 39/40, 1987-1988) Nâbulusî fut lui-même officiellement mujtahid en tant que muftî pendant six mois. On aura compris que les seuls véritables mujtahidûn parfaitement qualifiés ne peuvent être que des membres du Tasawwuf ayant obtenu une réalisation effective ou ayant une large connaissance des traités du Soufisme.

        Nâbulusî promulgua et défendit lui-même des opinions légales, notamment sur la consommation du tabac et du café, et la contemplation (nazar) des beaux visages à des fins spirituelles, qu’il déclara licites et donc autorisés en Islam, contrairement à l’opinion régnante à son époque. (Cf. Samuela Pagani, « Défendre le soufisme par des temps difficiles : ʿAbd al-Ghanî al-Nâbulusî, polémiste anti-puritain », Le soufisme en Egypte et dans le monde musulman à l’époque ottomane, Eds. R. Chih et C. Mayeur-Jaouen, Le Caire, 2010) En Islam, la consommation de café est historiquement liée aux shâdhilites en ce qu’il leur permet de se tenir éveillés lors des pratiques spirituelles nocturnes prolongées. Il est aussi connu que René Guénon fut toute sa vie un grand fumeur ; Michel Vâlsan également, mais il cessa le jour où on lui signala que le fait de fumer empêchait la vision du Prophète en songe. On ne sait si cette opinion est valide, mais dans le doute, il décida immédiatement de s’arrêter de fumer.

27. ...

 

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Sceau de l’ordre du Temple

Sceau templier du frère Robert de la terre de Retz (les officiers avaient leur propre sceau) retrouvé à la commanderie des Biais en Loire-Atlantique (Cf. Philippe Josserand, « Les Templiers en Bretagne au Moyen Âge : mythes et réalités », Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, 2012) On remarquera le croissant et l’étoile.

Nâbulusî, Le livre de la vérité et de la métaphore du voyage en Syrie, en Égypte et au Hejâz (Kitâb al-haqîqa wa al-majâz fi rihla ilâ Bilâd as-Shâm wa Misr wa al-Hijâz)

Le tombeau du Prophète de l’Islam, tel qu’à peu près personne ne peut le voir de nos jours. (Voir aussi, Denis Gril, « Le corps du Prophète », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, n° 113-114, 2006)

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