Le Judaïsme et la fonction de René Guénon

(2e partie)


Réponse à M. Paul B. Fenton

René Guénon, l'appel de la sagesse primordiale

sous la direction de Philippe Faure

 

PLAN

 

Sédentarisme dévié et nomadisme dévié        

 

                  M. Fenton lance une très grave accusation lorsqu’il déclare qu’il y a dans l’œuvre de R. Guénon « une dimension décevante de la part d’un métaphysicien de son élévation. » D’après lui, « la qualification “judaïque” ne laisse pas de renvoyer, sous la plume de Guénon, une note péjorative, empreinte des relents d’un antisémitisme diffus. » (p. 257) Il vise en particulier une remarque faite en passant dans une note du chapitre XXXIV (« Les méfaits de la psychanalyse ») du Règne de la Quantité : « Pourquoi les prin­cipaux représentants des tendances nouvelles, comme Einstein en physique, Bergson en philosophie, Freud en psychologie, et bien d’autres encore de moindre importance, sont-ils à peu près tous d’origine juive, sinon parce qu’il y a là quelque chose qui correspond exactement au côté “maléfique” et dissolvant du nomadisme dévié, lequel prédomine inévitablement chez les Juifs détachés de leur tradition ? » Outre l’explication par des prétendus « relents d’un antisémitisme diffus » dont R. Guénon aurait été un vecteur inconscient, parce que celui-ci était « courant à son époque », d’après M. Fenton, mais percevant sans doute plus ou moins confusément ce qu’a d’incertaine cette explication trop ordinaire pour un auteur si extraordinaire, il ajoute celle d’un invraisemblable  « anti-judaïsme mysticisant » (sic !) (p. 257).

                 Avant de donner le sens véritable de cette note, qui a été tout à fait incomprise non seulement par M. Fenton, mais aussi par d’autres, quoique de manière différente, il est d’abord nécessaire de préciser quelques points historiques importants. Il faut rappeler que si Le Règne de la Quantité est paru en 1945, Guénon en avait terminé la rédaction en 1942. Résidant alors au Caire, il ne savait donc pas ce qui était advenu pendant la Seconde Guerre mondiale. D’autant qu’en Occident, après la guerre, l’entreprise industrielle d’extermination systématique des Juifs en Occident par les nazis restait inconnue de la plupart. Elle a été menée dans le plus grand secret de 1941 à 1945. Jusqu’à la fin des années 1950, cette tentative de génocide fut plus ou moins passée sous silence (1), et ce n’est que dans les années 1970 qu’elle se diffusa dans le grand public et que celui-ci commença à en prendre conscience. Ces motifs expliquent pourquoi la perception que certains peuvent avoir aujourd’hui de cette note, alors qu’elle a été publiée il y a plus de soixante-dix ans, fausse pour eux sa compréhension véritable.

                Michel Vâlsan, qui fut un des premiers lecteurs du Règne de la Quantité et qui s’est occupé de sa publication chez Gallimard, à la demande expresse de Guénon, avec son habituelle et pénétrante acuité intellectuelle, et sans doute aussi parce qu’il avait pu observer le développement de l’antisémitisme à Bucarest peu avant la Seconde Guerre mondiale (2), avait cependant pressenti les malentendus qu’elle pouvait engendrer. Il l’avait immédiatement signalé à René Guénon. Voici ce qu’il lui écrivait le 28 février 1945 : « Je pense vous demander de toute façon si vous ne croyez pas utile de réexaminer l’opportunité de votre phrase du “Règne” sur Einstein, Freud et Bergson. » Le 23 avril 1945, Guénon lui a répondu sur ce point : « Si vous pensez que la note concernant Einstein, etc. (p. 149) [du manuscrit], peut avoir un inconvénient quelconque, il n’y a qu’à en supprimer la seconde partie, c’est-à-dire tout ce qui vient après le mot “matérialiste”. J’avoue pourtant que je regretterais un peu cette suppression, car cela se rattache directement à des considérations qui se trouvent exposées plus haut (ch. XXI) [« Caïn et Abel »] ; ce n’est du reste que la seule énonciation d’un fait que personne ne peut contester. J’aurais aussi pu mentionner à ce propos, si j’avais eu ici les références voulues, ce que Bernard Lazare, Juif lui-même, a écrit il y a déjà une cinquantaine d’années sur l’influence “dissolvante” dont il s’agit (le mot est d’ailleurs de lui). » (3)

               L’incompréhension du véritable sens de cette note par certains lecteurs peut s’expliquer par les raisons historiques que nous venons d’évoquer, mais elle réside surtout dans le parti pris des lecteurs eux-mêmes. Selon qu’ils relèvent du nomadisme ou du sédentarisme, ils ne perçoivent qu’un seul côté des choses : le leur, en l’occurrence. Les Juifs peuvent y déceler une marque d’« antisémitisme » ; d’autres, au contraire, peuvent y voir une légitimation de leur « antisémitisme » ou de leur « judéophobie ». Les uns et les autres sont dans l’erreur. Comme d’ailleurs également, sous un autre rapport, tous ceux dont le point de vue serait seulement celui de l’exotérisme religieux quel qu’il soit, puisque celui-ci rejette toujours plus ou moins tout ce qui est en dehors de lui compte tenu, précisément, de son « exclusivisme exotérique ».

               Ceux qui ne perçoivent qu’un aspect des choses en lisant cette note du Règne de la Quantité montrent surtout qu’ils n’ont pas lu ce livre avec suffisamment d’attention. En effet, au chapitre XXI, deux chapitres avant la note en question, Guénon indique déjà que « le nomadisme, sous son aspect “maléfique” et dévié, exerce facilement une action “dissolvante” sur tout ce avec quoi il entre en contact », mais il ajoute : « de son côté, le sédentarisme, sous le même aspect, ne peut mener en définitive qu’aux formes les plus grossières d’un matérialisme sans issue. » (C’est nous qui soulignons). Ceux qui commettent l’erreur d’une lecture unilatérale ont aussi perdu de vue que René Guénon a consacré un ouvrage entier, à savoir La Crise du Monde moderne, et une bonne partie du Règne de la Quantité, ainsi que de nombreux articles et comptes rendus, au côté “maléfique”, non pas du nomadisme dévié, mais à celui, “matérialisant”, du sédentarisme dévié, lequel prédomine inévitablement chez tous les Occidentaux détachés de leur tradition. Les exemples abondent. Tout le monde d’ailleurs, dans son propre entourage, s’il vit en Occident, peut facilement observer que la plupart des Occidentaux d’origine, c’est-à-dire relevant pleinement du sédentarisme, dès lors qu’ils sont détachés de toute tradition, sont matérialistes, ce qui représente inévitablement un côté « maléfique » chez eux. (4)

              Il y a donc une interaction réciproque, c’est-à-dire un rapport dialectique entre sédentarisme dévié et nomadisme dévié qui fait que l’un et l’autre participèrent conjointement à la constitution antitraditionnelle du monde moderne, et favorisent maintenant l’émergence contre-traditionnelle du monde post-moderne. À l’action « matérialisante » de l’un, répond celle « dissolvante » de l’autre. On pourrait en citer de nombreux exemples. Sans en avoir conscience, c’est ce rapport que rappelle M. Georges Bensoussan dans son étude intitulée : « Le sionisme, un enfant de l’Europe des Lumières » quand il remarque qu’« à l’époque des Lumières (Haskala), l’unique moyen de préserver l’identité juive fut de lui donner une forme nationale directement héritée de la Révolution française. En ce sens, le sionisme est bien l’enfant légitime de l’histoire européenne. » (5) Bien entendu, ce n’était certainement pas l’« unique moyen », puisque le Judaïsme traditionnel est évidemment le seul à pouvoir préserver légitimement « l’identité juive », mais le sionisme fut une des choses qui naquirent en ces circonstances. Toutefois, comme nous le verrons, il est probable qu’il faille faire remonter plus loin encore sa véritable origine. Celui-ci n’est qu’un des nombreux exemples produit par la conjonction du sédentarisme et du nomadisme déviés. C’est ce rôle antitraditionnel de ces deux déviations que Guénon, pour qui la chose va de soi, veut faire comprendre quand il précise à Michel Vâlsan que cette note sur le rôle du nomadisme dévié, qui est pour lui un simple fait, se rattache directement à son exégèse de l’histoire de Caïn et Abel.

          Dès lors, si Guénon mentionne un certain nombre d’intellectuels caractéristiques du sédentarisme dévié, tels que Descartes, Berkeley, Kant, Hegel, Auguste Comte, Jung, etc. – dont le côté “maléfique” est incontestable d’un point de vue traditionnel ; aucun n’est Juif –, mais dont les représentants sont bien plus nombreux que ceux appartenant au nomadisme dévié, il était naturel qu’il mentionnât également ceux relevant de ce dernier, comme Einstein, Freud, ou Bergson qui jouèrent un rôle anti-traditionnel analogue. Il aurait pu également mentionner Marx, mais s’il parle à leur propos de « tendances nouvelles », c’est en raison du fait que la rupture avec la tradition hébraïque chez certains est un phénomène beaucoup plus récent que celui de la rupture traditionnelle dans le sédentarisme occidental. Ce faisant, il n’exonère certainement pas C. G. Jung de son rôle anti-traditionnel, comme le prétend fautivement M. Fenton (p. 258). Tout au contraire, il indique que Jung modifiera les théories de Freud « dans le sens d’une fausse spiritualité, afin de pouvoir, par une confusion beaucoup plus subtile, les appliquer à une interprétation du symbolisme traditionnel lui-même. » Ce qui est encore plus grave que dans le cas de Freud, puisqu’il s’agit alors d’une contrefaçon qui aboutit à une « spiritualité à rebours. » (6)

                  Peut-être que M. Fenton comprendra enfin que sous le rapport « maléfique », les productions du sédentarisme dévié sont tout à fait comparables à celles du nomadisme dévié, et que l’un n’a rien à envier à l’autre. Par ailleurs, sachant que c’est à Caïn et Abel que Guénon se réfère, il ne nous semble pas que le premier, qui représente les peuples sédentaires, ait un meilleur rôle que le second, qui représente les peuples nomades...

                Ce rôle partagé, dès lors qu’il est compris, rend inconsistante la démonstration de M. Fenton selon laquelle Guénon serait victime d’un « anti-judaïsme mysticisant » au prétexte qu’il aurait également mentionné plusieurs Juifs qui, d’après lui, appartiennent à la « contre-initiation ». (7) Il a au contraire précisé à un de ses correspondants, le 18 octobre 1936, qu’il ne s’agissait que de certains « parmi les Juifs qui ont perdu le sens de leur tradition » et qu’« il ne faut pas exagérer leur part là-dedans ; on pourrait citer aussi des personnages qui ne sont nullement Juifs et qui jouent à cet égard un rôle encore plus important... » Pourrait-on dire alors, de manière analogue, que Guénon fait preuve d’un « anti-christianisme mysticisant » parce qu’il mentionne aussi, notamment, Nicholas K. Rœrich ou Louis II de Monaco comme agents de la « contre-initiation » ? De même, on ne pourrait être accusé d’islamophobie mysticisante en signalant le côté « maléfique » et l’influence « dissolvante » des Arabes détachés de leur tradition, ou rattachés à des hérésies comme le wahhabisme ou le salafisme. Cette expression d’« anti-judaïsme mysticisant » n’a donc évidemment aucun sens en ce qui le concerne : non seulement il parle de Juifs détachés du Judaïsme, et il ne peut donc s’agir d’« anti-judaïsme », mais il a aussi parfaitement défini ce qu’est le mysticisme – et il est le seul à l’avoir jamais fait –, en montrant que ni son œuvre ni son cas ne relèvent de ce domaine. D’autre part, sachant que Guénon a marié au Caire sa fille adoptive, nièce de son épouse, avec le secrétaire de Valentine de Saint-Point, P. Bendetovitch, un Juif russe devenu musulman, il est tout à fait absurde de supposer qu’il aurait pu être « antisémite » à un quelconque degré. Le fait que son ami Salomon Katz, qui n’était pas musulman, fut son médecin personnel au Caire l’atteste également.

                En réalité, pour tous les êtres humains quels qu’ils soient, le fait d’être détaché de toute forme traditionnelle permet chez eux la prédominance d’un côté « maléfique », à un degré ou à un autre. Sachant que c’est notre participation au Principe qui constitue notre être, participation qui s’exprime extérieurement de manière effective par l’appartenance active à une forme traditionnelle, la méconnaissance de cette participation, c’est-à-dire considérer que l’on a une existence et une réalité indépendantes du Principe, permet alors la manifestation d’un aspect négatif qui est comme une sorte d’ombre inversée par rapport à notre être véritable. Il faut comprendre ainsi que si l’on se détache d’une forme traditionnelle, c’est-à-dire de Dieu, on se rattache forcément à autre chose, même si ce n’est pas consciemment... (8) Il en est exactement de même pour ceux qui adhèrent à des courants hétérodoxes. Aucun être humain normal ne peut ainsi se passer d’appartenir sans conséquence à une forme traditionnelle orthodoxe. Ce qui ne veut évidemment pas dire qu’il ne peut pas y avoir aussi, mais pour d’autres raisons assez diverses, un côté « maléfique » chez des individus régulièrement rattachés à une forme traditionnelle. Il s’agit toutefois alors de cas particuliers.

                De la sorte, on comprend que la remarque de Guénon n’a rien à voir avec un quelconque « anti-judaïsme », qu’il soit mysticisant ou non. C’est tout le contraire, puisqu’il relève l’aspect négatif de la renonciation au Judaïsme, de même qu’il souligne le caractère néfaste du délaissement du Christianisme chez les Occidentaux. Ce qu’il condamne, c’est évidemment la déréliction traditionnelle en général, en expliquant la nature différente des effets corrupteurs, « matérialisant » ou « dissolvant », qu’elle engendre inévitablement chez les uns et les autres selon leur origine. On sait bien que le côté « maléfique » et pathogène du monde moderne tient à sa caractéristique constitutive majeure qui est la répudiation de la tradition.

                  Il n’y a que les mentalités modernes qui ignorent qu’un tel abandon ne soit pas sans conséquence. Loin de penser que c’est un état complètement anormal pour un être humain, et croyant que l’« état de nature » se confond avec l’animalité, la majorité des Occidentaux trouve désormais que c’est « naturel » ! Ce qui revient à considérer, par exemple, qu’il serait normal d’être aphasique. Lorsqu’ils ont conscience de cette situation, ce qui n’est pas le cas de la plupart, ils s’en félicitent en pensant que c’est une preuve d’indépendance, sans comprendre que seules les règles traditionnelles sont libératrices, à l’instar des contraintes du langage qui seules permettent de parler.

                  On voit ainsi à quel point les hommes conditionnés par la société industrielle de masse ont intériorisé les idées antitraditionnelles et la propagande moderne. Comme tout le monde, égaré par les préjugés de son temps et le réductionnisme uniformisant, M. Fenton pense qu’un homme détaché de sa tradition, effondré de l’intérieur pourrait-on dire, c’est-à-dire livré aux forces « individualisantes », n’est guère différent d’un homme qui lui est fidèle. Ce qui prouve, soit dit en passant, qu’il ne comprend ni la véritable nature de la religion ni sa fonction chez l’être humain. C’est là une des dimensions décevantes de la part des lecteurs superficiels de l’œuvre de Guénon : ils ne laissent pas de toujours renvoyer de manière péjorative à des stéréotypes simplistes, empreints des relents d’une ignorance diffuse.

             À propos de cette note du Règne de la Quantité, et dans toute cette affaire en particulier, M. Fenton n’a pas compris que les remarques de Guénon ne sont qu’une application de la doctrine des « dualités cosmiques » qui se traduisent partout dans la manifestation (9). Il en est ainsi de la dualité des forces d’expansion et d’attraction, du solve et du coagula, de ceux qui travaillent pour le temps et de ceux qui errent dans l’espace, et c’est une des significations dont est susceptible le symbolisme de Caïn et Abel dans la Genèse hébraïque. Nous ne reprendrons pas ici tout ce que Guénon a écrit à ce sujet. On se souviendra que ceux-ci ne représentent pas des individus, mais les types fondamentaux – agriculteurs et pasteurs – des deux sortes de peuples apparus après la période cyclique de l’humanité figurée par Adam, lui-même représentant la Tradition primordiale, ou le substitut direct de celle-ci à une époque postérieure (10). À ce propos, on voudra bien se reporter aux chapitres XXI et XXIII du Règne de la Quantité.  

              On notera seulement ici, au passage, que la présence simultanée de Shiva et de Vishnu dans l’Hindouisme (11), ainsi que la manifestation régulière de leurs multipes avatâras, qui figurent selon un autre point de vue les deux principes que représentent Caïn et Abel dans les traditions abrahamiques, à savoir le temps et l’espace, de même que la présence simultanée des agriculteurs et des pasteurs, des symboles figurés (yantra) et sonores (mantra), des arts sédentaires et nomades, comme l’architecture (sthâpatya-vêda) et la musique (gândharva-vêda), des sacrifices non sanglants et sanglants, se rapporte à une humanité antérieure à la division entre sédentaires et nomades, c’est-à-dire avant Caïn et Abel, les fils d’Adam. La tradition hindoue étant issue directement de la Tradition primordiale, il est naturel qu’elle comprenne les deux types de sciences ou d’arts – ceux des nomades et ceux des sédentaires – à un degré extrême d’accomplissement, de même qu’elle comprend les deux types de sacrifices, tous les types de sciences traditionnelles (12), et bien d’autres choses à cet égard. Ceux qui connaissent l’Inde peuvent, aujourd’hui encore, observer que si les Hindous sont des sédentaires, ils sont en même temps des nomades par les pèlerinages qu’ils effectuent tous sans cesse à travers l’Inde. 

 

***

 

                Jusqu’ici on pouvait penser que M. Fenton avait seulement une inclination à l’amalgame quelque peu complaisant, induite par une lecture trop hâtive de l’œuvre de Guénon ; en revanche, on pourrait croire qu’il verse volontairement dans la diffamation lorsqu’il écrit ensuite que Julius Evola était « un proche collaborateur de Guénon. » (p. 262) On ne sait si c’est pour renforcer son argumentation dont il pressentait sans doute l’inanité, mais reprendre cette contrevérité de manière aussi inconsidérée, après tant d’autres, ne fait qu’indiquer que M. Fenton ne sait pas que le désir mimétique n’est qu’une aliénation. Il devrait s’en garder s’il ne veut pas se placer ainsi en une bien fâcheuse compagnie. Il est d’ailleurs désavoué à ce sujet par M. Philippe Faure dans l’Introduction du recueil où paraît son étude : « Guénon n’a partagé ni le racisme, ni l’antichristianisme, ni l’antimaçonnisme d’Evola. » Il précise encore que « leurs relations furent asymétriques et, de manière larvée, conflictuelles. » En note, M. Faure ajoute que « Evola n’a jamais eu aucune influence sur Guénon » (pp. 11-12). Il renvoie à l’article de M. André Lefranc : « Julius Evola contre René Guénon » (La Règle d’Abraham, juin 2006). Nous avons nous-même déjà réfuté de manière détaillée ce rapprochement abusif. Nous renvoyons sur ce point à notre étude critique du livre de M. David Bisson parue dans le n° 2 des Cahiers de l’Unité (section : « René Guénon contre Julius Evola »). 

Le sionisme

 

               Nous reprenons ici l’intertitre donné par M. Fenton lui-même dans le cours de son article (p. 255). Il se demande comment Guénon « tant attentif aux cycles cosmiques est-il demeuré insensible au retour du peuple juif à sa source initiale et à son centre initiatique ; comment ce lecteur des textes sacrés s’est-il montré imperméable aux implications eschatologiques qui en découlent pour le redressement spirituel sur le double plan particulier et universel ! » (p. 256)

                  Tout d’abord, nous rappellerons que la fondation de l’État d’Israël a eu lieu le 14 mai 1948, dernier jour du mandat britannique sur la Palestine. Sachant que Guénon est mort au début de l’année 1951, les trois années lors desquelles il était encore en vie...

             

Stanislas Ibranoff

(À suivre)

La suite de cet article est exclusivement réservée aux acheteurs

du numéro 11 des Cahiers de l'Unité

 
 
 
 
 
 
 
 
 
sacrifice d’Abel et de Melki-Tsedek

Le sacrifice d’Abel et celui de Melki-Tsedek
(Basilique Saint-Vital de Ravenne, VIe siècle)

Caïn tuant Abel avec une mâchoire d'âne

Caïn tuant Abel avec une mâchoire d’âne

(Abrégé des histoires divines, Amiens,
1300-1310)

Jerome Bosch

Portrait de l’homme sans tradition

(Jérôme Bosch)

Inde carte pèlerinages

« Le sacrifice animal est fatal à Abel, et l’offrande végétale de Caïn n’est pas agréé ; celui qui est béni meurt, celui qui vit est maudit. L’équilibre, de part et d’autre, est donc rompu ; comment le rétablir, sinon par des échanges tels que chacun ait sa part des productions de l’autre ? »

JUDAISME Palestine Post
 
 
 

Michel Vâlsan

(1907-1974)

Nicholas K. Rœrich

(1874-1947)  

Louis II de Monaco

(1870-1949) 

Jérome Bosch

Portrait de l’homme sans tradition

(Jérôme Bosch)

Pour citer cet article :

Stanislas Ibranoff, « Le Judaïsme et la fonction de René Guénon ». (2e partie) Réponse à M. Paul B. Fenton, René Guénon, l'appel de sagesse primordiale, sous la direction de Philippe Faure », Cahiers de l’Unité, n° 11, juillet-août-septembre, 2018 (en ligne).

 

© Cahiers de l’Unité, 2018 

 

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