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NOTES

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1. Le lecteur de Guénon le plus qualifié de sa génération, Michel Vâlsan, n’a pas appris la langue arabe à l’université. Il l’a étudié par lui-même, de façon livresque, en mémorisant à partir d’un dictionnaire, le sens de toutes les racines, qui sont au nombre de six-mille environ (une bonne connaissance de la grammaire arabe permet de déduire les sens des substantifs, des formes dérivées des verbes, ainsi que ceux des adjectifs, participes, etc.), puis auprès de divers Arabes rencontrés en milieu islamique. Le fait qu’il épousa, lors de son premier mariage, une Tunisienne, descendante du Prophète, favorisa certainement cet apprentissage. Pour autant, Vâlsan n’était pas opposé au cursus universitaire. Il pensait que l’on pouvait infléchir la mentalité moderne de l’intérieur, du moins dans le domaine des études arabes et islamiques. Il postula lui-même au CNRS, et encouragea divers lecteurs de Guénon à s’engager de ce côté.

2. C’est le titre d’un ouvrage de M. Jean-Luc Maxence, René Guénon, le philosophe invisible, Paris, 2001.

3. Outre sa licence de philosophie à la Sorbonne, Guénon obtint en 1916 un diplôme d’études supérieures (DES) en philosophie des sciences. 

4. Cf. Cahiers de l’Unité, n° 21, 2021. Pour l’orientalisme, on pourra également lire l’ouvrage de Wael B. Hallaq, Restating Orientalism. A Critique of Modern Knowledge (Columbia University Press, 2018) dans lequel l’auteur tire un heureux parti de l’œuvre de René Guénon, et qui va donc beaucoup plus loin qu’Edward Saïd (cf. L’orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, Paris, 1980) dans la critique de l’orientalisme et du colonialisme afférent. Pour Hallaq, le monde universitaire moderne s’est enraciné dans une orientation épistémologique qui a séparé l’Occident du reste de l’histoire du monde depuis la naissance de la société à responsabilité limitée au XVIIe siècle et l’émergence concomitante de la pensée des Lumières (pp. 16, 36, 185). Là se trouvent, pour lui, les origines de l’individualisme, de la prétention à l’universalité des valeurs culturelles de l’Europe et l’impulsion motrice de les diffuser à l’échelle mondiale, ce qui a conduit directement au colonialisme (comme on le voit d’abord de façon exemplaire avec l’East India Company).

5. Voici ce que précisait encore Guénon : « Il est bien connu de ceux qui ont étudié les philosophes anciens que ceux-ci avaient deux sortes d’enseignement, l’un exotérique et l’autre ésotérique. Tout ce qui était écrit appartenait seulement au premier. Quant au second, il nous est impossible d’en connaître exactement la nature, parce que d’une part il était réservé à quelques-uns et que d’autre part il avait un caractère secret. Ces deux qualités n’auraient eu aucune raison d’être s’il n’y avait eu là quelque chose de supérieur à la simple philosophie. 

On peut tout au moins penser que cet enseignement ésotérique était en relation étroite et directe avec la sagesse, et qu’il ne faisait point appel seulement à la raison ou à la logique, comme c’est le cas pour la philosophie qui pour cela a été appelée la connaissance rationnelle. Il était admis par les philosophes de l’Antiquité que la connaissance rationnelle, c’est-à-dire la philosophie, n’est pas le plus haut degré de la connaissance, n’est pas la sagesse. » (« Connais-toi toi-même », publié en arabe en 1931, puis dans une traduction française revue par Guénon et publiée en mars 1951 dans les Études Traditionnelles) Sur l’utilisation exotérique et ésotérique du logos philosophique en relation avec les mystères chez les penseurs grecs, cf. Origène, Contre Celse, et Jamblique, Vie de Pythagore, L. Brisson, A. Ph. Segonds, Paris, 1996.

6. Cf. Carlos Lévy, Cicero Academicus. Recherches sur les Académiques et sur la philosophie cicéronienne, Rome, 1992. Il y avait déjà une philosophie profane en la personne des Sophistes et des adversaires des « pré-socratiques ». Ainsi Xénophane, dans le fragment B34, nie que quiconque ait pu « voir la vérité exacte » et avoir une connaissance directe des dieux. (Cf. M. Laura Gemelli Marciana, « Le contexte culturel des Présocratiques : adversaires et destinataires », in André Laks (dir.) ; Claire Longuet (dir.), Qu’est-ce que la philosophie présocratique ?, Villeneuve d’Ascq, 2002)

7. ...

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