POSTFACE À : «POUR UN HUMANISME NOUVEAU »

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Paul Arbousse-Bastide (1899-1985)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un texte oublié de René Guénon

Les Cahiers de Foi et Vie

Pour un Humanisme nouveau

Le débat Occident-Orient

L'humanisme selon René Guénon

L'« Union intellectuelle pour l'entente générale des peuples »

Le nouvel humanisme dans les années 1920

Notre édition de la « Réponse »

 

 

Un texte oublié de René Guénon

 

          René Guénon est en Égypte au début du mois de mars 1930. « Âtmâ-Gîtâ » paraît dans Le Voile d’Isis ce même mois. Alors que l’équinoxe de printemps vient d’avoir lieu, il commence la rédaction d’« Et-Tawhîd », au mont Sinaï. (1) Si son « rattachement aux organisations initiatiques islamiques remonte exactement à 1910 », (2) son premier article daté de l’Hégire, (3) c’est-à-dire d’après le calendrier islamique, est écrit quelques jours plus tard, le 31 mars : il s’agit de « La Grande Guerre sainte », qui sera publié en mai 1930.

          Pour cette période, on chercherait en vain, dans les bibliographies de René Guénon établies par MM. Jean-Pierre Laurant, (4) Xavier Accart, (5) ou proposées par divers sites de l’Internet, d’autres publications que celles qui viennent d’être citées. (6) Toutes ces listes ignorent la réponse que Guénon a donnée au « Questionnaire proposé » à la fin de l’article intitulé : « Pour un nouvel Humanisme », de la revue protestante bimensuelle Cahiers de Foi et Vie du 16 janvier 1929. Cette réponse de Guénon paraîtra, avec celles d’autres « Personnalités » (7), dans un numéro spécial de 326 pages, en mars 1930, ou au commencement d’avril 1930. L’incertitude sur le mois s’explique par le fait que deux dates sont données : la première, après les noms de ceux qui ont collaboré à l’« Enquête » ; la seconde, après l’« Éditorial ». De plus, aucune date d’impression n’est mentionnée.

              Le texte que nous publions aujourd’hui n’est donc pas inédit, même s’il est resté inconnu jusqu’ici : comme d’autres écrits de René Guénon, c’est un article oublié… En le ramenant à la lumière quatre-vingt-six ans après sa première publication, il nous a semblé qu’il pouvait être intéressant de situer plus exactement le contexte dans lequel il parut En effet, ce contexte montre que Guénon, loin de limiter ses interventions à l’intérieur d’un cadre intellectuel ou éditorial spécifique, répondait à toutes les sollicitations de valeur qu’on lui proposait pour exposer le point de vue traditionnel. Il observera cette attitude toute sa vie. On verra ainsi comment son texte sur l’humanisme s’inscrit dans des circonstances historiques particulières et comment, en même temps, il dépasse celles-ci pour offrir un point de vue toujours « traité en dehors de toute préoccupation d’“actualité” immédiate. » [8] C’est donc un exemple de cette application des principes aux contingences, dont il est fait état dans les premières lignes d’Autorité spirituelle et pouvoir temporel, et qui illustre à la fois la permanente actualité de ces principes, et leur vérité intemporelle, ainsi que l’art incomparable de celui qui les fit connaître à l’Occident. (9)

 

Les Cahiers de Foi et Vie

 

      La revue où Guénon publie son texte avait été fondée en 1898 par deux pasteurs, Benjamin Couve (1844-1928) et Paul Dourmergue (1859-1930) ; elle était à l’époque dirigée par ce dernier. Cette revue existe toujours. L’article sur l’humanisme de janvier 1929, dans lequel figure le questionnaire adressé aux « Personnalités » françaises, était présenté comme une « Enquête » dirigée par Paul Arbousse-Bastide (1899-1985), un agrégé de philosophie, membre du Comité de Rédaction de la revue.

         On pourrait s’étonner de l’intérêt de cet auteur pour les écrits de Guénon, sachant ce que celui-ci pensait du Protestantisme. En effet, il a mentionné à plusieurs reprises le cas du Protestantisme comme exemple d’une religion dans laquelle « l’élément social et sentimental l’emporte sur l’élément intellectuel », la religion tendant alors « à dégénérer en un “moralisme” pur et simple. » (10) Dans le chapitre V de La Crise du Monde moderne, le jugement est encore plus sévère, puisqu’il s’agit de « révolte contre l’esprit traditionnel », d’« une manifestation de l’individualisme […] considéré dans son application à la religion » : « Ce qui fait le Protestantisme, comme ce qui fait le monde moderne, ce n’est qu’une négation, cette négation des principes qui est l’essence même de l’individualisme ; et l’on peut voir là encore un des exemples les plus frappants de l’état d’anarchie et de dissolution qui en est la conséquence. » « D’autre part, il est naturel que le Protestantisme, avec l’esprit de négation qui l’anime, ait donné naissance à cette “critique” dissolvante qui, dans les mains des prétendus “historiens des religions”, est devenue une arme de combat contre toute religion, et qu’ainsi, tout en prétendant ne reconnaître d’autre autorité que celle des Livres sacrés, il ait contribué pour une large part à la destruction de cette même autorité, c’est-à-dire du minimum de tradition qu’il conservait encore ; la révolte contre l’esprit traditionnel, une fois commencée, ne pouvait s’arrêter à mi-chemin. »

       En s’adressant à René Guénon, Foi et Vie ne faisait donc preuve d’aucune exclusive. Cela mérite d’être relevé : c’est aussi l’indication d’une certaine « réception » (11) de son œuvre, dont l’ampleur reste à préciser, dans le milieu protestant. De plus, Arbousse-Bastide affirmait qu’« aucune idée préconçue ne nous a guidé dans le choix des personnalités auxquelles nous nous sommes adressés. Nous avons demandé leur sentiment à tous ceux qui semblaient de par leur information ou leur fonction devoir s’intéresser au sens de l’humanisme et des humanités. […] Nous avons estimé que le simple fait d’enseigner, au même titre que la gloire ou le crédit, comportait l’autorité nécessaire au genre de témoignage que nous cherchions. […] Catholiques, libres penseurs, protestants, royalistes et démocrates » ont ainsi été sollicités (pp. 1-2) : la plupart étaient professeurs en exercice, en lycée ou faculté, agrégés, hommes de lettres, pasteurs ; on compte aussi des membres de l’Académie Française, de l’Institut, du Collège de France, de l’École des Hautes Études, etc.

        René Guénon a été convié comme « homme de lettres », (12) et aussi parce qu’il comptait « parmi les orientalistes les plus originaux de notre époque. À la fois historien de la pensée orientale et philosophe », et l’auteur de neuf livres publiés entre 1921 et 1929, dont les titres, dates de parution et éditeurs sont précisés. (13)

     Il est évident que présenter René Guénon comme « orientaliste » et « philosophe » n’était certainement pas pertinent après toutes les critiques qu’il avait adressées aux uns et aux autres. Quant à le qualifier d’« historien de la pensée orientale », on rappellera qu’il a écrit à ce sujet : « Ce qui nous intéresse vraiment et profondément, ce n’est pas l’“histoire des idées”, qui n’est en somme qu’affaire de pure curiosité, mais ce sont les idées elles-mêmes, et les idées envisagées au point de vue, non d’une “théorie de la connaissance”, mais de la Connaissance elle-même ; c’est là, en réalité, le seul point de vue qui ait une valeur proprement intellectuelle. » (14)

       En outre, René Guénon avait mis en garde à plusieurs reprises : « Nous avertissons une fois de plus que nous ne sommes disposé à nous laisser enfermer dans aucun des cadres ordinaires, et qu’il serait parfaitement vain de chercher à nous appliquer une étiquette quelconque, car, parmi celles qui ont cours dans le monde occidental, il n’en est aucune qui nous convienne en réalité. » (15) Quand on persiste cependant à ne pas tenir compte de ce type d’avertissement, cela relève généralement de l’incompréhension ou de la malveillance. Toutefois, sous la plume d’Arbousse-Bastide, il nous semble que les qualifications utilisées, évidemment fautives, s’apparenteraient surtout à l’aveu d’une incapacité à “définir” un auteur radicalement différent de tous ceux que l’on avait connus jusqu’ici en Occident.

 

Pour un humanisme nouveau

 

          La question... 

G. M.

Cet article n'est plus en libre accès.

Il est contenu dans l'édition imprimée du numéro 1

et du Recueil annuel 2016 des Cahiers de l'Unité

Proportion de la lettre H selon le corps humain

par Geoffroy Tory (Champfleury, 1529)

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Postface à : « Pour un Humanisme nouveau »

 

Pour citer cet article :

G. M., « Postface à : " Pour un Humanisme nouveau" », Cahiers de l’Unité, n° 1, janvier-février-mars, 2016 (en ligne).

 

© Cahiers de l’Unité, 2016  

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