Suso et l'horloge de Sapience

NOTES

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Manuscrit de Maître Eckhart

1. Nous employons à dessein, à défaut de précisions ultérieures, le terme général de “spiritualité” qui, nous en convenons, est assez vague techniquement parlant, mais qui permet d’éviter autant que possible celui de “mystique” qui peut prêter à confusion tellement les auteurs traitant de ce sujet lui donnent des sens différents. Il va de soi que lorsque ce qualificatif est employé dans son sens originel, qui équivaut à “initiatique”, ce reproche n’a pas lieu d’être (cf. René Guénon, Aperçus sur l’Initiation, ch. XVII) ; malheureusement, rares sont les auteurs qui l’emploient ainsi.

 

2. Cette dénomination est contestée sous deux rapports au moins par le P. Paul Verdeyen (cf. Maître Eckhart et Jan van Ruusbroec. Sous la direction de Benoît Beyer de Ryke, Université de Bruxelles, 2004). Il estime que la référence géographique est inexacte, et que les types de spiritualités des “rhénans” et des “flamands” s’opposent plus qu’ils ne convergent. Ce n’est pas le lieu ici de discuter ces affirmations qui mériteraient une mise au point spécifique. Disons seulement que dans ce que Jean de Ruysbroeck dit de l’ultime degré des Sept Degrés de l’Échelle de l’Amour spirituel il est difficile de ne pas voir l’identité foncière entre sa doctrine et celle de Maître Eckhart, même si ce dernier développe, dans l’approche de la voie, une perspective plus sapientiale, alors que le premier s’exprime sous le couvert d’une perspective d’amour. Présentement, c’est surtout le lien entre les représentants de ces deux courants et les Amis de Dieu qui retient notre attention, lien qui établit, d’une manière subtile, une communauté spirituelle entre tous.

 

3. Cela ne va pas de soi pour tout le monde, surtout pour les chercheurs qui s’en tiennent aux productions “littéraires” du mouvement, productions qui apparaissent assez éloignées ‒ quant à la doctrine et à la forme ‒ de ce que proposent les autorités “rhénanes”. Pour nous, les affinités entre ces deux composantes de la “spiritualité” rhénane sont d’un autre ordre.

 

4. La superficialité de l’engagement, l’individualisme contemporain, la volonté de puissance et de domination sont des obstacles qui paraissent rendre impossible, pour le moment, l’unification de toutes ces tendances spirituelles.

 

5. On considère que le mouvement des « Amis de Dieu » se répandit selon l’axe de la vallée du Rhin et celui de la vallée supérieure du Danube. Les grandes villes les plus citées à cet égard sont Cologne, Strasbourg, Colmar, Bâle, Constance. Il est peut-être plus intéressant de parler de régions concernées, comme la vallée inférieure du Rhin, surtout jusqu’à Cologne, l’Alsace, les Vosges, la Forêt Noire, le Lac de Constance (Bodensee), la Bavière et la Suisse, tellement l’expansion fut diffuse. Bien entendu, nos connaissances dépendent des documents historiques qui ont été exploités jusqu’à présent, ce qui laisse de côté, d’une part ce qui peut être découvert plus tard et, d’autre part, ce qui n’a pas laissé de traces documentaires.

6. Ce fut le cas, notamment, d’August Jundt (1848-1890) que nous aurons l’occasion d’évoquer plus loin.

7. Voir l’étude critique de Stéphane Salvy à propos du Livre des Amis de Dieu ou les Institutions divines de Jean Tauler (Éditions Arfuyen, 2010), dans La Règle d’Abraham, no 33, pp. 61-70.

            

8. Autorité spirituelle et pouvoir temporel, ch. VII. Tous les passages soulignés dans les citations qui suivent le sont par nous.

         

9. Aperçus sur l’Ésotérisme chrétien, ch. III. Maurice de Corberon avait relevé les rapports évidents entre Le Miroir des Simples Âmes avec les quelques poèmes, et autres fragments parvenus jusqu’à nous, des Fidèles d’Amour, et avec les sermons et traités de Maître Eckhart (É. T., n° 322, mars 1955).

10. Aperçus sur l’Initiation, ch. XXXVIII.

11. Ch. IV.

12. Lettre du 23 avril 1950 citée par Andreas Brunnen, « L’Influence de René Guénon dans les pays de langue allemande », Vers la Tradition, n° 122, p. 58.

13. Certains historiens actuels, rejoignant en cela René Guénon, font coïncider la fin du Moyen Âge avec la fin du XIIIe siècle. L’affaire du Temple, avec toutes ses extensions, est exemplaire d’un changement important de l’attitude de la royauté en rébellion contre l’autorité spirituelle, et de l’émergence d’une nouvelle manière de gouverner, tout cela étant facilité par un affaiblissement de l’autorité spirituelle.

14. Michel Vâlsan, L’Islam et la Fonction de René Guénon, p. 76, Éditions Science sacrée, 2016. Cf. la Bulle de Jean XXII : In agro dominico du 27 Mars 1329.

15. Cf. l’article « Maître Eckhart réhabilité » sur le site officiel Ordo Praedicaturum. Plus qu’une réhabilitation “prudente” pour laquelle le cardinal Ratzinger, qui fut le Pape Benoît XVI, semble avoir œuvré, il serait souhaitable que l’Église s’investisse activement pour mettre officiellement en lumière l’œuvre du Maître dominicain, et sa sainteté qui ne fait pas de doute. Ce dernier point est important, car il ne se limite pas à une simple reconnaissance de l’orthodoxie doctrinale de la pensée du Maître, mais il favorise la réactualisation d’une influence spirituelle transformatrice pour ceux qui se placent sous son égide.

16. Cf. Gorceix, Amis de Dieu, pp. 61-66. Quelques développements de l’auteur, concernant spécialement la tradition islamique, sont approximatifs.

 

17. Cf. Encyclopédie des Mystiques rhénans, p. 77, Cerf, 2011.

18. Cf. Michel Chodkiewiecz, Le Sceau des Saints, ch. I,...

La suite de cet article est contenue

dans l'édition imprimée du numéro 7

des Cahiers de l'Unité

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