LE CULTE DE LA VIE: QUE SONT LES EAUX ?

Le culte de la vie : Que sont les Eaux ?

Chapitre XX du livre d’Ananda K. Coomaraswamy
Yakṣas ; Essays in the Water Cosmology édité par Paul Schroeder - 1993

déesse ganga

La déesse Ganga

 

« Ce qui est énoncé dans les Vedas, c’est la Vérité.

En fonction de ce que les Vedas révèlent, les hommes sages vivent leur vie. »

(Maitri Upaniṣad, VII, 10.)

 

 

              Nous avons parlé des cultes de la vie et de leur symbolisme. Qu’est-ce que le culte de la vie ? Certainement pas ce que l’on entend communément par l’expression « le culte de la Nature » (1). Quel est leur symbolisme ? Certainement pas ce que l’on entend communément par « mythologie », ni ce que l’on entend communément part « art » (2).

          Dans le présent chapitre, je me propose de répondre à ces questions de manière succincte, selon la modalité traditionnelle, et sans « preuve » documentaire étendue de ce qui n’est pas toujours de la « science » mais peut être simplement de la « connaissance ». Tout ce qui précède a été écrit d’un point de vue strictement « objectif » et « scientifique », dans le respect total, bien que limitatif, de la méthode historique. Ce qui suit n’est pas fondé sur la réalisation, à laquelle je ne prétends pas, mais sur la connaissance de ce que signifie la réalisation. En outre, en ce qui concerne ce qui précède, le lecteur a toute possibilité de corriger la présentation, par la recherche de références et par des études plus approfondies : quant à ce qui suit, il doit lui-même, de l’intérieur, trouver les moyens d’une critique, c’est-à-dire dépendre de sa propre compréhension du véritable sens (paramārtha) des Vedas. Je ne veux pas dire par là que je présente des vues personnelles ou sur lesquelles j’ai des doutes, mais que l’assentiment du lecteur dépendra uniquement et proportionnellement de l’expérience qu’il a des premiers principes.

         Ainsi, comme cela est apparu et sera démontré plus loin, les Vedas et l’art « védique », le Rituel et la Cosmologie de l’Eau, représentent une sorte de révélation sur l’être et le devenir du Cosmos, révélation qui a été faite en vue de réaliser tout ce qu’il y a à réaliser, maintenant ou plus tard. Il s’ensuit que nous sommes en droit d’attendre, non pas une présentation systématique, mais certainement une présentation cohérente et homogène par elle-même de la question ; et nous avons le devoir de supposer que si cette cohérence et cette consistance ne sont pas toujours apparentes à première vue, c’est peut-être de notre faute. Il est indéniable que, dans les temps modernes, une grande quantité de travail et d’érudition a été consacrée à l’étude des Vedas ; mais ces efforts n’ont été que très rarement orientés vers la découverte de significations d’une importance vitale et actuelle. En tout cas, les Hindous croient, et ils ont tout à fait raison de le croire, que le sens des Vedas ne peut être perçu grâce à une simple classification des textes ou par un choix relevant d’opinions personnelles, ni comme un développement historique de notions contradictoires (et à cet égard, mon traitement du problème d’Indra est peut-être erroné), mais uniquement en étudiant, aux pieds d’un guru, la Révélation (śruti) et la Tradition (smṛti), sans exclure les Purāṇas, en tant que l’expression d’une doctrine éternelle et non l’œuvre d’un auteur particulier. Car, de même qu’aucun prêtre ne peut être une autorité en tant qu’homme, qu’aucun auteur n’est une autorité en tant que personne, ainsi aucun érudit en tant que tel ne peut être considéré comme une autorité absolue. L’autorité du Veda est d’une autre nature ; tout comme, en dernière analyse, l’autorité pontificale chrétienne (pour laquelle il n’y a pas d’équivalent indien) n’est pas vraiment celle de l’individu Pape, ni même celle des Écritures en tant que livre imprimé, mais celle d’un Verbe Éternel (3)    

        Nos sources naturelles de transmission et d’éveil seront donc la Tradition elle-même, jñāna-vāda sous sa forme primordiale du Veda (śruti), et en second lieu les ouvrages d’exégèse traditionnelle, en particulier tels que le Nirukta de Yāksa, le Bṛhaddevatā, les Bhāṣyas de Śaṇkarācārya, en troisième lieu l’Itihāsa et le Purāṇa, et enfin les textes aux prolongements religieux (bhakti-vāda) et psychologiques (śūnya-vāda). En outre, dans la mesure où la Tradition (l’appellation « Sagesse Ancienne » ayant été trop galvaudée) n’est pas un bien exclusif, mais une seule et même chose où qu’elle se trouve (l’existence d’écoles métaphysiques discordantes étant inconcevable), on peut obtenir de l’aide d’autres « systèmes » purement métaphysiques tels que le système chinois (taoïste), ou de n’importe laquelle des grandes traditions religieuses (par exemple, l’hébraïque ou l’islamique), ou d’autres sources traditionnelles (par exemple, la littérature du saint Graal et la mythologie celtique qui s’y rattache), dans la mesure où la présentation est intellectuelle et non simplement sentimentale. Toutes ces autorités, mais plus particulièrement les Upaniṣads, et non pas mes propres opinions ou celles d’autres personnes, sont la source de la connaissance qui a été évoquée plus haut comme la base de toutes les interprétations données ici.

      Alors, que signifie le Culte de la Vie ? Que sont les Eaux ? Nous avons appris quelque chose à propos de l’expression extérieure dans l’art verbal, plastique et rituel, et nous en avons déduit que cette expression avait une signification bien supérieure à la simple magie pour ceux qui l’utilisaient, ou du moins pour certains d’entre eux. Nous avons dû reconnaître que l’Inde n’a jamais produit un art pour l’art, ni une connaissance pour le plaisir de la connaissance. Jusqu’ici, la conclusion n’est qu’un résultat de l’érudition la plus orthodoxe et est tout à fait acceptable pour celle-ci, comme l’exprime Edgerton : ...

         

 

Ananda K. Coomaraswamy

Traduit de l’anglais par Max Dardevet

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Bénarès - Gange - rituel de l'eau

Bénarès © Max Dardevet 

Bénarès - sadhu au bord du Gande

Bénarès © Max Dardevet 

Shiva - de sa chevelure coule le Gange
 

Pour citer cet article :

Ananda K. Coomaraswamy, traduit de l'anglais par Max Dardevet « Le Culte de la Vie : Que sont les Eaux », Cahiers de l’Unité, n° 27, juillet-août-septembre, 2022 (en ligne).

 

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