LE SOUFFLE DANS LE COR

Le Souffle dans le Cor

oliphant art islamique.png

Cf. A. Shalem, The Oliphant: Islamic Objects in Historical Content, Leiden, 2004.

 

PLAN

L’intervalle entre les deux Souffles

Le Cor : Ibn ‘Arabî, Fut. ch. 63 

Hadîth-s complémentaires sur le Cor

La conque et le son primordial

Annexe : Versets coraniques sur le Cor (aç-Çûr) 

      Verset sur la Trompe (an-Nâqûr)

     Versets sur le Cri (aç-Çayhah)

 

 
 

L’intervalle entre les deux Souffles     

 

        Entre les deux Souffles dans le Cor s’établit une période d’équilibre dans le retour à l’état indifférencié, et c’est à cette période intermédiaire qui « existe toujours entre deux cycles ou deux états de manifestation » que fait référence plus précisément la période de quarante années mentionnée entre autres précédemment par Tabarî. De même, un hadîth rapporté par Abû Hurayrah (1) confirme qu’« Entre les deux anges qui souffleront dans le Cor, il y aura quarante… Quelqu’un demanda: « Quarante jours ? » Abû Hurayrah lui répondit : « Je ne peux le dire ! », ou : « Je ne sais pas » ; selon une autre version : « J’ai refusé », c’est-à-dire de me prononcer, ou de demander à l’Envoyé d’Allâh. L’autre reprit : « Quarante mois ? » – « Je ne peux le dire ! » Il insista encore : « Quarante ans ? » – « Je ne peux le dire » ! Ensuite, de l’eau descendra du ciel, et les hommes repousseront comme des plantes à partir de leur os du coccyx » (2).     

          Dans les traditions sémitiques, la durée de cette période intermédiaire est ainsi mesurée symboliquement par le nombre quarante, qui exprime entre autres les idées de mort (3), d’épreuve (4) et d’attente purificatrice liées au passage par un état intermédiaire (5), ainsi que celles de « réconciliation» et de «retour au principe» (6). Mais c’est aussi la valeur numérique de l’initiale emblématique du Prophète Muhammad, ce qui confirme par allusion directe la fonction d’ar-Rûh al-Muhammadî dans l’accomplissement de cette période eschatologique et de son symbolisme correspondant (7).

           Dans la doctrine hindoue des cycles, cette période de passage d’un monde à un autre est appelée pralaya, terme sanskrit qui signifie « dissolution », « destruction » ou « anéantissement ». Il correspond aussi à une période de sommeil dans la « nuit de Brahma » dans laquelle tous les états manifestés se retrouvent résorbés et transformés dans le Soi en tant que possibilités permanentes... » (8)

          Or, cette période de pralaya peut être « plus ou moins longue selon le cycle considéré » et s’appliquer à des cycles plus ou moins restreints, dans la mesure où, « à tous les degrés, dans l’ordre “macrocosmique” comme dans l’ordre “microcosmique”, des phases correspondantes se retrouvent dans tout cycle d’existence, car elles sont l’expression même de la loi qui régit tout l’ensemble de la manifestation universelle ». C’est cet ensemble, « désigné par le terme samsâra, qui comporte une indéfinité de cycles, c’est-à-dire d’états et de degrés d’existence, de telle sorte que chacun de ces cycles, se terminant dans le pralaya comme celui qui est considéré ici plus particulièrement, ne constitue proprement qu’un moment du samsâra » (9).

         D’après les données concordantes communément admises, la fin du cycle actuel correspond à celle du septième Manvantara, le dernier du cycle humain ou « ère de Manu » actuel ; mais le pralaya peut aussi s’appliquer à la période de dissolution d’un Kalpa, « représentant le développement total d’un monde, c’est-à-dire d’un état ou degré de l’Existence universelle » qui  comprend deux séries septénaires complètes de Manvantaras, ou encore seulement à celle d’un yuga, l’une des quatre périodes ou « âges » d’un Manvantara (10).

        Par rapport à ces données de la tradition hindoue, quelle est la nature du cycle pris en compte dans les traditions religieuses ? À quelle période correspondent les deux Souffles dans le Cor ? Et quelle est la condition posthume des êtres dans cet état et la correspondance avec leurs états spirituels ? Comment concilier la doctrine islamique avec la conception générale hindoue des cycles sur ce point, et dans quelle perspective s’inscrit-elle ?          

        Toutes ces questions sont particulièrement complexes et sujettes à controverses, à tel point que R. Guénon a indiqué à ce propos qu’« il y aurait...

Jean-François Houberdon

La suite de cet article est exclusivement réservée à nos abonnés ou aux acheteurs du numéro 27 des Cahiers de l'Unité

Pour citer cet article :

Jean-François Houberdon, « Le Souffle dans le Cor », Cahiers de l’Unité, n° 27, juillet-août-septembre, 2022 (en ligne).

 

© Cahiers de l’Unité, 2022 

 
Calligraphie islamique