Le Saint-Esprit

NOTES

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Jeffrey F. Hamburger, The Rothschild Canticles, Art and mysticism in Flanders and the Rhineland circa 1300, New Haven et Londres, 1990.

Une des plus anciennes représentations de saint Dominique par Duccio di Buoninsegna, vers 1300

1. Cf. première partie de notre article.

 

2. La spiritualité “rhéno-flamande” (voir note supra) ne se limite pas aux autorités qui nous intéressent ici. Par rapport à ces dernières il y a eu des précurseurs et des continuateurs, hommes et femmes, dont le rayonnement, d’ailleurs, ne s’est pas réduit à une région donnée.

 

3. Les textes attribués aux « Amis de Dieu » sont, pour certains, remplis de citations de Maître Eckhart, de Ruysbroeck, de Tauler, de Suso (cf. l’article « Mémorial » de Jean Devriendt dans l'Encyclopédie des Mystiques rhénans).

 

4. On pourrait citer de nombreux exemples de ce type, dans d’autres traditions, où s’établirent des liens subtils et informels entre maîtres et disciples, ou entre maîtres, à des siècles de distance.

 

5. Dans l’Encyclopédie des Mystiques Rhénans constituée sous la direction de Marie-Anne Vannier, Le Cerf, Paris 2011 (p. 206), Jean Devriendt écrit : « L’influence de la mystique rhénane sur Böhme a été indirecte et atmosphérique » (p. 206).

6. Voir le chapitre sur Tauler dans Les Mystiques rhénans de Marie-Anne Vannier, pp. 174-180, Le Cerf, 2010.

7. Encyclopédie, p. 77, Cerf, 2011. Dans le cas du lien entre le Maître thuringien et les « Amis de Dieu », la prudence est de rigueur, car il est difficile de prouver une filiation initiatique directe. Cette hypothèse ne peut cependant être écartée, mais nous verrons plus loin que d’autres possibilités de transmission d’un rattachement initiatique ont laissé des traces dans les écrits des Amis de Dieu. Tauler et Suso peuvent à plus juste titre être considérés comme des autorités actives quant à la forme et la représentation extérieure de la fraternité à un moment de l’existence de cette dernière. L’intervention légendaire de l’Ami de Dieu de l’Oberland auprès d’un grand théologien identifié à Tauler suggère ‒ même si elle manque de bases “historiques” ‒ qu’il n’est pas le fondateur du mouvement, ce que confirment les données connues de ses rencontres avec les « Amis de Dieu ».

            

8. Il n’est pas aisé de se prononcer sur la qualité de ce genre de fraternité à l’origine qui peut fort bien avoir été une déviation d’initiation chrétienne ; ce qui est incontestable, en revanche, d’après ce que nous en connaissons, c’est l’hétérodoxie de leur doctrine et le dévoiement de leur comportement avec le temps. Il semble que, dans ce cas précis, il y a eu une volonté de dépasser la forme pour s’identifier à l’Esprit en oubliant une chose importante : c’est l’Esprit Lui-même qui exige le respect de certaines formes pour arriver à Lui. Marie-Anne Vannier (Encyclopédie p. 418) a bien montré avec quelle subtilité Maître Eckhart avait rectifié les doctrines de ce mouvement en les réinterprétant dans une perspective orthodoxe.

         

9. Un état général des études qui concernent le sujet présent est donné dans l’Encyclopédie des Mystiques rhénans.

10. « Pour en venir à votre propre question, il n’est aucunement douteux qu’il y a eu un ésotérisme spécifiquement chrétien pendant tout le moyen âge (il se peut même qu’il en existe encore des vestiges, surtout dans les Églises orientales) ; vous avez tout à fait raison de citer à cet égard Maître Eckhart, et il y en a d’autres qu’on a tort aussi de prendre aujourd’hui pour des “mystiques”. Cette coexistence de l’exotérisme et de l’ésotérisme dans une forme traditionnelle est parfaitement normale, et on en a un autre exemple dans le cas de l’islam ; ce qui n’est pas normal, c’est la négation de l’ésotérisme de la part des représentants de l’exotérisme… Mais je vois qu’il y a lieu de dissiper une confusion : le but de l’ésotérisme est bien de conduire au-delà de toutes les formes (but qui au contraire n’est pas et ne peut pas être celui de l’exotérisme) ; mais l’ésotérisme lui-même n’est pas au-delà des formes, car, s’il l’était, on ne pourrait évidemment pas parler d’ésotérisme chrétien, d’ésotérisme islamique, etc. » (Lettre à Goffredo Pistoni, 9 mai 1950, souligné par nous).

                    Malgré plusieurs passages de correspondances où René Guénon – suivi en cela par Michel Vâlsan – parle de Maître Eckhart comme d’un initié, certains, pour qui René Guénon est pourtant une autorité traditionnelle incontestable, persistent à le considérer comme un “mystique”. Il y a peut-être là ce préjugé tenace qu’il ne faut pas attribuer d’importance aux correspondances de René Guénon, surtout quand elles vont à l’encontre d’une lecture un peu “dogmatique” de celui-ci.

 

11. Cf. Aperçus sur l’Initiation, ch. 1. Quand on constate que certains estiment que Maître Eckhart est discret sur son expérience “mystique” personnelle, on mesure leur degré d’incompréhension de ce qu’est la réalisation initiatique. On voit bien que le mot “mystique”, chez eux, recouvre un ensemble de phénomènes plus ou moins extraordinaires, comme des visions, des miracles, etc. En réalité, les sermons allemands du Maître révèlent directement, à chaque instant, sa réalisation spirituelle personnelle qui est d’ordre divin ; il n’est nul besoin qu’il parle de ses états à la première personne pour que l’on saisisse cela.

12. Tenir compte de toutes les implications de l’appréciation de ces deux autorités traditionnelles exigerait de revenir sur la question complexe des modalités de l’initiation chrétienne. Nous constatons que les travaux documentés et décisifs de Michel Vâlsan sur cette question ‒ travaux pour lesquels il avait été mandaté expressément par René Guénon dans sa correspondance avec lui ‒, sont tombés quasiment dans l’oubli, ou sont volontairement passés sous silence par ceux qu’ils embarrassent. C’est pourquoi il sera nécessaire, tôt ou tard, de revenir sur cette question. La publication des correspondances croisées entre René Guénon, Michel Vâlsan, Frithjof Schuon et certains de ses disciples pourrait sans doute apporter des éclaircissements… et des surprises. Pour les cas spécifiques de grandes figures, comme saint Bernard, saint Dominique, Maître Eckhart, que René Guénon considérait finalement comme des initiés (tout en les ayant, pour certains, qualifiés de “mystiques” dans ses ouvrages, ce dont il s’expliqua dans ses lettres) il faudrait se pencher particulièrement, entre autres, sur les modalités de transmission des rites d’agrégation aux ordres monastiques, et essayer de comprendre sous quelles conditions un rite peut perdre “techniquement” sa qualité initiatique d’origine, pour devenir un rite “exotérique”. Dans cette affaire, une référence à d’autres initiations peut être fort utile, même si l’on trouvera toujours un contradicteur qui fera valoir des conditions différentes pour chaque cas traditionnel, en négligeant certaines indications générales de René Guénon. Une réflexion logique et technique sur la nature de l’initiation pourrait, en outre, à elle seule s’avérer décisive.

                   Les affirmations de René Guénon sur la qualité d’initiés de saint Dominique et de Maître Eckhart confirment ce qu’il a dit par ailleurs « des organisations initiatiques régulières qui existaient à cette époque, souvent même sous le couvert des ordres monastiques et à leur intérieur, bien que ne se confondant en aucune façon avec eux » (Aperçus sur l’Ésotérisme chrétien, ch. II. Souligné par nous). Si tel était le cas, comme cela semble l’être pour l’ordre dominicain, il aurait été possible que l’initiation fût transmise à des laïcs comme cela s’est produit dans l’Hésychasme.

13. Cf. La Grande Triade, ch. IV.

14. Nous avons du mal à comprendre que cela ne soit pas reconnu par quiconque a une connaissance même théorique des grands textes métaphysiques et initiatiques.

15. La lecture des attaques de l’accusation et de la bulle concluant son procès est troublante. L’embarras des autorités amenées à trancher est évident ; les limites des théologiens “rationalisants” éclatent au grand jour devant la doctrine métaphysique et le fait initiatique. On reconnaîtra souvent, par la suite, que les paroles du Maître incriminées ont été sorties de leur contexte qui permettait d’en comprendre l’orthodoxie. On s’apercevra aussi que le Maître a exposé, à sa façon, des vérités qui furent déjà exposées par des autorités incontestées de l’Église. On excuse un peu les censeurs en faisant remarquer que de telles doctrines ne doivent pas être mises à la portée du “vulgaire crédule” et “des gens simples” comme le précise la bulle. Sur ce point, il y a lieu de faire une distinction : si par “vulgaire” et “gens simples” on entend le commun des mortels, on a raison. Mais, si l’on entend par cela les nonnes et moines enseignés directement par Eckhart, on néglige le pouvoir efficient de l’influence spirituelle de ce Maître, pouvoir qui ne repose pas sur une compréhension mentale, et peut utiliser des formules fortes et paradoxales pour faire accéder le disciple à un certain état spirituel. Au vu de la “puissance” des sermons – surtout allemands ‒ de Maître Eckhart, puissance qui passe même à travers la traduction, on peut imaginer l’“ambiance” qui entourait ses interventions. D’autres autorités chrétiennes possèdent ce charisme comme saint Bernard, par exemple. Du côté musulman, cette “puissance” est l’un des traits caractéristiques des sermons d’un contemporain de saint Bernard, ‘Abd al-Qâdir al-Jilânî (1083-1166).

16. Une remarque de Marie-Anne Vannier, dans l’Encyclopédie des Mystiques rhénans (p. 418), nous semble digne d’être relevée : pour elle – suivant en cela Émilie Zum Brunn –  il y a, chez Eckhart, un changement de langage et de point de vue doctrinal sur des sujets importants lors d’un séjour à Strasbourg vers 1313/1314 au cours duquel le Maître aurait tiré les conséquences d’une expérience spirituelle spéciale vécue auparavant.

 

17. On connaît, par son œuvre, l’océan de science que fut ce maître ; il faut savoir que le projet de Maître Eckhart était d’écrire une somme doctrinale impressionnante qui eût pu jouer le rôle d’une sorte de « sceau » pour la doctrine chrétienne, et servir de référence comme cela s’est produit avec les œuvres d’Ibn ‘Arabî, le Cheikh al-Akbar, « Sceau de la Sainteté muhammadienne » en islam.

18. Sur ce point, voir Michel Vâlsan, L’Islam et la fonction de René Guénon, pp. 72-73, Éd. Science sacrée, 2016. Se reporter aussi à nos remarques dans le compte rendu concernant Les Mystiques rhénans dans Cahiers de l’Unité, Recueil annuel 2016, p. 456

19. Cf. Reza Shah-Kasemi, Shankara, Ibn ‘Arabî, Maître Ekhart : La Voie de la Transcendance, L’Harmattan, 2010. Cet ouvrage revêt un grand intérêt, mais il n’est pas exempt de quelques approximations : son titre lui-même prête à discussion, car pour les plus grands métaphysiciens la transcendance ne saurait aller sans l’immanence.

20. À ce sujet, voir l’article de Yves Meesen, « amitié » dans Encyclopédie, et Bernard Gorceix, Amis de Dieu, pp. 67-70.

21. Parmi les sources plus anciennes publiées en français et encore accessibles il faut citer les deux ouvrages d’August Jundt, Les Amis de Dieu au quatorzième siècle, Paris, 1879, et Rulman Merswin et l’Ami de Dieu de l’Oberland : un problème de psychologie religieuse, Paris, 1890. Charles Schmidt, Essai sur les Mystiques du quatorzième siècle, Strasbourg 1936. Les nombreux travaux du Père Henri Suso Denifle s’ajoutent à cette liste. Des polémiques, parfois violentes, ont opposé ces auteurs qui se placèrent avant tout au point de vue historique. Dans l’ordre doctrinal, leurs ouvrages présentent des carences manifestes. Lorsque nous ferons référence à leurs écrits, nous ne citerons généralement que leur nom et la page de leur livre mentionné ci-dessus. Les références concernant Jundt se rapportent principalement au premier ouvrage évoqué, dans le cas contraire nous le signalerons expressément

22. Jundt, p. 35.

23. Sur cette question, voir Michel Vâlsan, « Notes de Lecture sur Abû Yazîd al Bistâmî », Études Traditionnelles, nos 402-403, pp. 215-219 et Michel Chodkiewicz, Le Sceau des saints, ch. VII, Gallimard 2012.

24. Tous ces thèmes sont présents dans Le Livre des Amis de Dieu, sermons attribués à Tauler, mais qui sont, en réalité, une compilation de textes extraits d’Eckhart, de Ruysbroek, de Tauler, de Suso et d’autres auteurs moins connus (Éd. Arfuyen, 2010). Voir à ce sujet Stéphane Salvy, « Étude critique » (Le Livre des Amis de Dieu ou les Institutions divines), La Règle d’Abraham, n° 33

25. « Le nirukta est l’explication des termes importants ou difficiles qui se rencontrent dans les textes vêdiques ; cette explication ne repose pas seulement sur l’étymologie, mais aussi, le plus souvent, sur la valeur symbolique des lettres et des syllabes qui entrent dans la composition des mots ; de là proviennent d’innombrables erreurs de la part des orientalistes, qui ne peuvent comprendre ni même concevoir ce dernier mode d’explication, absolument propre aux langues traditionnelles, et très analogue à celui qui se rencontre dans la Qabbalah hébraïque, et qui, par suite, ne veulent et ne peuvent voir que des étymologies fantaisistes, ou même de vulgaires “jeux de mots”, dans ce qui est naturellement tout autre chose en réalité. » (Introduction générale à l’Étude des Doctrines hindoues, ch. VIII. Voir aussi Aperçus sur l’Ésotérisme chrétien, ch. VII, n. 1.)

26. Voir aussi à ce sujet Bernard Gorceix, Amis de Dieu en Allemagne au siècle de Maître Eckhart, pp. 68-70, Albin Michel, Paris 1984. Cet ouvrage est précieux pour faire le point sur toute la question des Amis de Dieu. Cependant, l’auteur ne peut s’empêcher de placer quelque petite raillerie dès qu’il se trouve aux prises avec des phénomènes que son rationalisme limité ne peut accepter. On peut constater d’ailleurs que chez nombre d’“historiens” ce comportement est devenu une habitude et un exercice obligé tellement ils ont peur de paraître naïfs auprès de leurs collègues ; les préjugés sont souvent bien ancrés chez ceux-là mêmes qui prétendent en être exempts.

27. Die rede der underscheidunge, Meister Eckhart Tracktate Lateinische Werke, Deutscher Klassiker Verlag. Ces citations ainsi que les suivantes sont traduites à partir de cette édition.

28. Quant à la nature de ce qui est entendu, voir le sermon 29.

29. Référence à Matthieu, 19, 28, et ...

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