HAGIOGRAPHIE CRITIQUE DE QÛNAWÎ

Jalons pour une hagiographie critique de Qûnawî,

héritier spirituel d’Ibn ‘Arabî

‒ I ‒

Tombe de Qûnawî à côté de la mosquée nommée en son honneur et construite immédiatement après sa mort comme monument commémoratif, et pour la conservation de ses livres.

La voie de l’Union n’est pas ce que nous avions imaginé ;

Le monde de l’âme n’est pas comme nous l’avions pensé.

La Source où Khidr a bu l’Eau de Vie est dans notre propre maison,

Mais nous l’avons clos. (1)

 
 
 
 

Première édition sous forme de livre, en 2019, de la traduction par Michel Vâlsan d’un texte de Qûnawî initialement publiée en 1968.

 

PLAN

Introduction

L’héritier spirituel d’Ibn ‘Arabî

Première partie de la vie de Qûnawî (605-26/1209-29)

Étude avec Ibn ‘Arabî (626-29/1229-32)

Introduction

 

           En 1978, M. William Chittick a écrit :

        « Bien que généralement reconnu par les spécialistes comme le disciple le plus important d’Ibn ‘Arabî et l’intermédiaire principal par lequel son école a étendu son influence, Sadr al-Dîn Qûnawî (mort en 673/1273-74) est encore pratiquement inconnu, et n’est pas étudié en Occident. La thèse de doctorat que lui a consacré M. Stéphane Ruspoli est toujours inédite, et pour autant que je le sache, il n’existe pas d’autre étude approfondie sur lui ou ses travaux dans une langue occidentale. » (2)

             Si cette situation était digne d’être remarquée, il est encore plus notable que trente ans plus tard, elle reste toujours actuelle. Aucune étude majeure sur ses idées n’a été publiée, et la seule traduction de l’une des principales œuvres de Qûnawî en langue européenne demeure la traduction française de L’Épître sur l’Orientation Parfaite (Risâlat al-Tawajjuh al-atamm) de Michel Vâlsan, parue en 1968. (3) Il y a cependant des signes indiquant que la situation est en train de changer. Un important travail a été entrepris de manière souterraine, et, en 2008, la première conférence internationale sur la vie et la pensée d’al-Qûnawî a eu lieu à Qonya (4), elle a rassemblé des chercheurs du monde entier pour mettre en commun leurs connaissances. Espérons que ces efforts vont maintenant commencer à se manifester publiquement sous forme de livres, d’articles et de traductions. Dans ce sens, le numéro 49 du Journal de la Muhyiddin Ibn ‘Arabi Society, publié en 2011, est la première publication en anglais entièrement consacrée à son œuvre. Nous souhaitons qu’elle ne soit qu’une étape dans un processus qui fera connaître à un public beaucoup plus large l’immense envergure de cette figure fondamentale de l’ésotérisme islamique.

L’héritier spirituel d’Ibn ‘Arabî

          Le peu d’intérêt accordé à Qûnawî est d’autant plus étonnant qu’il occupait une position éminente de son vivant. Il ne fut pas seulement le successeur désigné d’Ibn ‘Arabî, celui qui a assidument renforcé son héritage par ses propres enseignements et ses écrits, il était aussi un maître spirituel à part entière, dont les nombreuses révélations et expériences spirituelles, consignées par ses disciples et dans son propre journal, montrent qu’il avait atteint les plus hauts degrés de la réalisation initiatique. En même temps, il était un maître des sciences exotériques. Il a été considéré comme un des principaux enseignants du hadîth de son époque, et il était très versé en philosophie et en science, placé à égalité avec Nasîr al-dîn al-Tûsî, le célèbre astronome et commentateur d’Ibn Sînâ. Le grand akbarien Jâmî (mort en 898/1492) dira de lui plus tard : « Il a rassemblé toutes les sciences, à la fois exotériques et ésotériques, à la fois celles de la transmission traditionnelle et celles d’ordre rationnel. » (5) À côté de cela, il appartenait à la noblesse : il avait hérité de la position de son père à la cour Seljukide et faisait partie des ordres de cette Chevalerie aristocratique qu’était la Futuwwa. Par conséquent, c’était un notable prospère ayant beaucoup d’influence sur la société qui l’entourait. L’une des plus anciennes sources, l’historien du XIVe siècle Al-Aqsarâyî, raconte qu’à sa mort, il reçut les honneurs suivants :

                 « ... le grand shaykh (al-shaykh al-kabîr) ... le shaykh al-Islâm qui était le seigneur des hommes, le chef des maîtres soufis et le guide...

         

 

Jane Clark

(À suivre)

 

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Pour citer cet article :

Jane Clark, « Hagiographie critique de Qûnawî, héritier spirituel d'Ibn ‘Arabî », Cahiers de l’Unité, n° 16, octobre-novembre-décembre, 2019 (en ligne). 

 

© Cahiers de l’Unité, 2019  

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