À PROPOS DES MAÎTRES HINDOUS DE RENÉ GUÉNON

À propos des Maîtres hindous de René Guénon

 

PLAN

Introduction générale (suite & fin)

I - À propos des Maîtres de Saint-Yves d’Alveydre et de Sédir

Des Maîtres hindous déjà présents en France à la fin du XIXe siècle

1 ‒ Les Maîtres de Saint-Yves d’Alveydre

a) Ses Maîtres selon plusieurs auteurs

b) Remarques complémentaires

2 – Les Maîtres de Paul Sédir

a) Ses Maîtres d’après ses propres écrits

b) Remarques complémentaires

3 – Les jugements des Maîtres hindous concernant Saint-Yves d’Alveydre et Sédir

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 

Introduction générale (suite & fin)

      

             Dans la partie introductive de cette étude, en référence à certains écrits publiés par René Guénon et à plusieurs de ses documents inédits, nous avons prouvé que celui-ci apprit les doctrines hindoues, et plus particulièrement les enseignements métaphysiques et initiatiques de Shankarâchârya, par transmission directe et orale, auprès de représentants de l’advaita Vêdânta rattachés effectivement à la sampradâya du plus grand des Maîtres hindous, voie traditionnelle qui privilégie le point de vue shivaïte (161). En nous appuyant toujours sur les textes en question, nous avons aussi pu déterminer que c’est au plus tard au début de l’année 1906 qu’il fut autorisé à exercer sa fonction d’enseignement.

            Peu après, au printemps de cette même année, il commença à entrer dans les divers groupes occultistes, martinistes et néo-spiritualistes existant à cette époque, car, comme il l’écrira plus tard, c’« était le seul moyen de les connaître vraiment » ; leur fréquentation devait aussi lui permettre d’essayer « d’y trouver des éléments utilisables à certaines fins ». Il parvint en outre à démolir et enterrer définitivement certaines de ces organisations. Compte tenu de ce qu’il avait appris auparavant auprès de ses Maîtres orientaux, de telles fréquentations n’ont évidemment « jamais influé en rien sur [sa] pensée » (162).

           Rappelons que ce sont certains écrits mêmes de Guénon, et ce qu’il a confié à l’un de ses visiteurs peu avant de décéder qui nous ont permis de rectifier ce que tous les auteurs qui ont parlé de cette question affirment depuis 1951 : en ce domaine, nous n’avons, certes pas, fait œuvre de biographe ; nous nous sommes contenté de son enseignement pour apporter certaines informations d’ordre historique.

            En agissant de la sorte, nous avons respecté la véracité des faits, ce dont se sont dispensés tous les biographes de René Guénon qui ont eu tort, d’une façon générale, de porter leur intérêt sur sa vie, ou sur de soi-disant rapports entre sa vie et son œuvre (163), ce qu’il a condamné à de nombreuses reprises dans ses publications et lettres. De plus, ils n’ont pas pris en considération que l’histoire, comme toute science, n’est pas seulement « définie par son objet », ce qui « est inexact, par excès de simplification » ; en effet, « le point de vue sous lequel cet objet est envisagé doit aussi entrer dans la définition de la science » (164). De là, le point de vue profane adopté par ces historiens ne pouvait que les mener à méconnaître leur « objet », « ne serait-ce qu’en raison de l’absence presque complète de documents écrits » (165), d’une part, et leurs « moyens d’investigation » ne pouvaient leur permettre de saisir, dans les cas les plus favorables, « rien de plus que ce qu’on peut appeler le “dehors” des événements » (166), d’autre part.

                 Dans ces conditions, ils n’ont pu que se tromper en affirmant qu’« il crut » d’abord « trouver un élargissement de son horizon intellectuel, en se tournant vers les doctrines néo-spiritualistes » (167) ; qu’il se livra d’abord « totalement à l’étude de l’occultisme » (168), « la mentalité des occultistes dans les années 1900 [ayant] marqué d’autant plus profondément le jeune Guénon que les idées dans l’air répondaient exactement à l’attente de cet étudiant solitaire […] ; c’est avec la vigueur de la jeunesse que Guénon a suivi les exagérations de son temps docile aux pentes de son caractère » (169) ; qu’il fut « mis en contact […] avec les milieux néo-spiritualistes et plus précisément avec le mouvement occultiste, auquel il adhère » (170), etc. Ces trois biographes cités en notes sont, ou ont été notamment, pour l’un, l’éditeur de plusieurs livres de Guénon et de ses nombreux articles dans Le Voile d’Isis/Études Traditionnelles, ainsi que l’un de ses correspondants réguliers ; pour le second, l’auteur d’une thèse sur Guénon, d’un livre et d’articles sur lui ; pour le troisième, celui qui coordonne la branche française de la pseudo-« Fondation René Guénon ». Pour rédiger son opuscule, « grâce à l’aide apportée par [ses] héritiers directs » (171), il a eu l’occasion d’avoir accès à « nombre de documents et d’informations », au Caire (172).

              Malgré leur statut d’éditeur, leurs titres universitaires, et les avantages dont ils ont pu disposer, ils ont été incapables de comprendre que Guénon n’avait pu s’égarer dans le Martinisme et l’occultisme. S’ils n’ont apporté aucune preuve à ce sujet dans leurs livres et articles, c’est pour la simple raison que cela est absolument impossible. En dépit de leur goût pour l’histoire (173) ou de leur formation pour cette discipline (174), les deux premiers auraient dû avoir pour but « de connaître les faits tels qu’ils se sont passés et dans l’ordre où ils ont eu lieu » ; ils auraient dû aussi, pour y parvenir, « vérifier les témoignages que l’on possède sur les faits dont il s’agit ». Ils s’en sont abstenus, et n’ont pu « éviter le danger des pétitions de principe et des cercles vicieux : il y a pétition de principe quand on part de considérations non justifiées » : c’est le cas de Chacornac ; « il y a cercle vicieux quand, par exemple, on pose qu’un fait est vrai en partant de ce que l’auteur qui l’affirme est compétent, alors que sa compétence est prouvée uniquement par ce qu’il nous apprend lui-même sur son propre compte » : c’est le cas de M. Laurant. Les explications qu’ils ont fournies alors ne cherchaient aucunement « à établir des faits et des enchaînements de faits particuliers ou singuliers » (175) ; faute de pouvoir nous livrer les faits eux-mêmes, ils n’ont pu faire autre chose que de nous procurer leurs seules interprétations des faits, qui se réduisent le plus souvent à n’être que des suppositions dénuées de toute vérité, confinant bien souvent à la mystification ou à l’imposture. C’est à partir d’elles qu’ils ont échafaudé des pseudo-théories, comme celle selon laquelle « Différents cercles de “moi” [?] se sont constitués dans le temps autour du Guénon des sociétés occultistes (1905-1912) », ou l’idée qui montrerait « les liens étroits existant entre l’évolution de la vie et l’élaboration de la pensée » (176). Toutes ces opinions erronées et contrevérités inventées de toutes pièces ont « pour conséquence de jeter sur son œuvre un discrédit immérité » (177).

            Faute de connaître de façon approfondie l’ensemble de l’enseignement que Guénon fut chargé d’exposer, ils n’ont pas pris, ou voulu prendre en considération certaines indications et allusions présentes dans ses écrits, comme le fait qu’il bénéficiait du privilège insigne d’être un « sage de naissance ». En outre, n’ayant manifestement pas l’état d’esprit qui convient, et manquant des compétences nécessaires pour interpréter correctement cette partie de la vie de Guénon, ils ont bien plutôt mis en évidence leurs propres carences en ce domaine, embrouillant cette question par leurs propres présupposés, et par la formulation de conjectures fâcheuses et nuisibles. La façon dont ils ont inversé la chronologie concernant les relations de Guénon avec les Maîtres hindous et celles qu’il eut avec diverses organisations néo-spiritualistes est un exemple particulièrement significatif de leur « savoir ignorant ». Ainsi, non seulement ces trois biographes de René Guénon ‒ le premier en date, celui qui exerce l’influence la plus dommageable depuis près de cinquante ans, et le dernier à ce jour ‒, et tous leurs collègues, d’ailleurs, se sont-ils mépris sur la période dite “de jeunesse” de Guénon, mais encore, ils ont orienté, ou, plus exactement, véritablement “désorienté” de manière définitive la quasi-totalité de leurs lecteurs. À cause d’eux, ceux-ci n’ont jamais pu accéder à la compréhension véritable de cette période si décisive de la vie de Guénon, qui est celle pendant laquelle il reçut sa formation doctrinale de la part de Maîtres hindous ; elle se situe entre fin 1904 et début 1906 (178), comme nous l’avons établi à partir de Guénon lui-même ; elle a pu se prolonger ultérieurement. Mais c'est bien début 1906 que son, ou ses Maîtres lui conférèrent l’autorisation d’exposer publiquement les doctrines hindoues. S’étant égarés eux-mêmes, les biographes précités n’ont cessé d’induire les autres dans l’erreur. Et même si tel a pu rappeler le fait que Guénon était « intellectuellement, tout à fait oriental » (179), il n’a aucunement attaché à ce témoignage, qui provient de la source la plus incontestable, l’importance qu’il méritait, et il n’a pas su en tirer les conséquences qui s’imposaient. Ayant pu consulter les archives de Guénon, il se vantait pourtant de « corriger des erreurs du passé » (180) et de « rétablir certaines vérités » ! (181) Sutor… ! Ainsi, lui qui soutient que « Vouloir se cantonner strictement à l’œuvre sans comprendre et établir les ponts avec sa vie, c’est nécessairement passer à côté de l’essentiel » (182), ce que Guénon n’aurait pas manqué de réprouver sévèrement, conformément à tout ce qu’il a écrit contre toute biographie le concernant, a-t-il commis la même erreur que celle de ses prédécesseurs. Et puisqu’« il serait absurde de ne pas aborder sa vie [celle de Guénon] pour comprendre son œuvre » (183), il est désormais plus encore « absurde » d’accorder le moindre crédit à tous ces littérateurs qui psittacisent, depuis la disparition de Guénon, à propos de ses fréquentation et adhésion aux organisations néo-spiritualistes, qui auraient soi-disant eu lieu avant son assimilation des enseignements métaphysiques et initiatiques hindous.

I - À propos des Maîtres de Saint-Yves d’Alveydre et de Sédir

Des Maîtres hindous déjà présents en France à la fin du XIXe siècle

On se souviendra que, selon Paul Chacornac, la « période...

  

Patrice Brecq

(À suivre)

 

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Pour citer cet article :

Patrice Brecq, « À propos des Maîtres hindous de René Guénon », Cahiers de l’Unité, n° 13, janvier-février-mars, 2019 (en ligne).

 

 
 
 
 
 
 

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