René Guénon, l'appel de la sagesse primordiale

NOTES

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1. M. Pierre Lory, directeur d’études à l’EPHE, a malheureusement renchéri à l’aveugle dans un compte rendu en parlant de « la mise au point extrêmement érudite et riche de Paul Fenton “René Guénon et le judaïsme” (p. 249-297), qui signale les passages anti-juifs voire anti-sémites de l’œuvre guénonienne. » (Bulletin des Annales Islamologiques, n° 31, 2016)

 

2. Cf. René Guénon, Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues, 2e partie, ch. IX. L’ésotérisme, qui a évidemment plusieurs degrés, va au-delà de la seule interprétation profonde de l’exotérisme. C’est la raison pour laquelle Ibn ‘Arabî use d’une écriture cryptée pour exposer certains points plus ésotériques que d’autres, comme on peut le constater dans son ouvrage Le Phénix d’Occident. Une page cryptée du manuscrit de ce livre a été reproduite dans le n° 7 des Cahiers de l’Unité, p. 103, 2017. Guénon a souvent dénoncé la confusion entre le domaine religieux et l’ordre métaphysique et initiatique, cf. notre étude critique sur le livre de M. Ringgenberg (Cahiers de l’Unité, n° 1, 2016).

 

3. Selon M. Julien Darmon, le Zohar dit même que les talmudistes exclusifs sont « bêtes à manger du foin ». Il ajoute que « c’est parce que la kabbale considère l’exotérisme et l’ésotérisme comme aussi inséparables et nécessaires à la vie religieuse que le corps et l’âme. » (Cf. « Histoire de la kabbale et vision kabbalistique de l’histoire », Aux origines du judaïsme, sous la direction de Jean Baumgarten et Julien Darmon, Paris, 2012) Il va de soi, ainsi que le remarquait Michel Vâlsan, que « par sa formulation divine tout l’ordre exotérique exige l’existence simultanée de l’ordre ésotérique puisqu’il en est solidaire et qu’il n’a pas en soi-même une raison d’être totalement suffisante. » (« L’initiation chrétienne », É. T., 1965) Répondant à un correspondant, le 1er octobre 1934, Guénon écrivait : « D’autre part, pour ce que vous dites de la religion et de l’unité de la Tradition, je suis bien de votre avis en principe ; mais, tout de même, la religion est seulement la “shariyah”, c’est-à-dire la partie extérieure, appui nécessaire de l’autre, mais ne se confondant pas avec elle. »

 

4. On distingue les middrashim halakhiques, qui sont des commentaires des parties légales de la Torah (de l’Exode au Deutéronome), des midrashim aggadiques, qui rassemblent l’exégèse et les homélies se rapportant à tout ce qui dans la Bible ne concerne pas directement les commandements et la législation sacrée (cf. José Costas, « Les origines du Midrash et de l’exégèse juive », Aux origines du judaïsme, Paris, 2012). Pour une traduction française d’une partie ce corpus, cf. Louis Ginzberg, Les légendes des Juifs, 6 vol., trad. Gabrielle Sed-Rajna, Paris, 1997-2006 ; Midrach Rabba, 2 vol., traduit de l’hébreu par B. Maruani et A. Cohen Arazi, Lagrasse, 1987-2010 ; Robert Graves & Raphael Patai, Les Mythes hébreux, Paris, 1987 ; La Bible commentée (Esther, Eikha ; Ruth ; Kohélet ; Chir Hachirim ; Yona ; Tehilim ; Ezra ; Daniel), 11 vol., Éditions Colbo, Paris, 1987-2003. Signalons également la traduction anglaise en 10 volumes du Midrash Rabbah (Londres, 1939, rééd. 1992).

 

5. Cf. Bertrand de Margerie, Introduction à l’histoire de l’exégèse, 4 vol., Paris, 1980-1990 ; H. R. Drobner, Les Pères de l’Église. Sept siècles de littérature chrétienne, Paris, 1999.

 

6. Les tafâsir sont des commentaires du Coran. En langue française, on peut lire notamment celui de Tabarî traduit de manière partielle par M. Pierre Godé en 5 volumes (Paris, 1983-1988). Voir aussi The Study Coran, publié sous la direction de Seyyed Hossein Nasr, HarperOne, 2014 ; Pierre Godé, Les Arcanes du Coran, 4 vol., 2017. Il existe également des commentaires ésotériques du Coran, dont le plus fameux est celui d’Ibn ‘Arabî, mais il reste occulté à ce jour. Michel Vâlsan a traduit et annoté une partie de celui d’Al-Qâshânî, cf. Les interprétations ésotériques du Coran, 2009.

 

7. Les Purânas appartiennent seulement à la smriti, dont l’autorité est moins fondamentale que la shruti. On distingue généralement 18 Purânas majeurs (Mahâpurânas) et 18 Purânas mineurs (Upapurânas). Il existe une traduction anglaise en 79 volumes des principaux Purânas publiée par Motilal Banarsidass en Inde : cf. Mahâpuranas, Ancient Indian Tradition and Mythology : Siva Purana (4 vol.), Linga Purana (2 vol.), Garuda Purana (3 vol.), Brahma Purana (4 vol.), tr. J. L. Shastri ; Bhagavata Purana (5 vol.),  Narada Purana (5 vol.), Kurma Purana (2 vol.), Brahmanda Purana (5 vol.), Vayu Purana (2 vol.), tr. G. V. Tagar ; Agni Purana (4 vol.), tr. N. Gangadharan ; Varaha Purana (2 vol.), trad. S. Venkitasubramonia Iyer ; Padma Purana (10 vol.), tr. N. A. Deshpande ; Skanda Purana (24 vol.), Ed. G. P. Bhatt, tr. & annotation Shridhar Balooni & Pratosh Panda ; Vamana Purana (2 vol.), tr. & annotation R. S. Shiva Ganesha Murthy ; Ganesha Purana (3 vol.) ; Brahmavaivarta Purana (3 vol.). D’autres traductions anglaises sont disponibles chez d’autres éditeurs, notamment celles du Matsya Purâna et du Kalki Purâna. En français, il existe une traduction partielle du Shiva Purâna : La légende immémoriale du dieu Shiva, traduit du sanscrit, présenté et annoté par Tara Michaël, Paris, 1991. Il y a aussi une traduction du Bhagavata Purâna ou histoire poétique de Krîchna par Eugène Burnouf (Paris 1840-1892, rééd. 1981).

8. Le 8 novembre 1948, il répondait à un de ses correspondants : « Pour ce que vous me dites des rapprochements entre le Qorân et les Midrashim plus particulièrement, la chose me paraît en effet tout à fait plausible. »

9. Cf. Marc Brion, « Génération spirituelle de René Guénon », Cahiers de l’Unité, n° 1, 2016.

10. C’est également le cas de M. Roger Dachez (cf. Laurent Guyot, « René Guénon et la Maçonnerie opérative », Cahiers de l’Unité, n° 2, 2016).

11. Il fait mention de cette pratique dans une lettre du 19 juin 1924 : « En effet, j’ai été obligé, il y a déjà plusieurs années, de me débarrasser de tous les n°s séparés, parce que cela tenait beaucoup trop de place. Quant aux collections complètes, pour la même raison, je les ai toutes cédées à Chacornac. » Dans une lettre du 1er mars 1919, il parle ainsi d’un « stock de brochures diverses » qu’il souhaitait lui vendre. Il signale également dans sa correspondance qu’il s’était défait auprès de lui de toute la documentation (livres et revues) qui lui avait servi pour rédiger ses livres sur le théosophisme et le spiritisme.

          La librairie et la maison d’éditions Chacornac, qui deviendront les Éditions Traditionnelles, seront vendues en 1958 à André Villain. C’est aussi Henri Chacornac (père de Paul et Louis) qui racheta le fonds de « La librairie du Merveilleux » créée par Lucien Mauchel, alias Chamuel, alias T Bardesane, qui est mort en 1936. Avec Papus, ce dernier est le créateur de la revue Le Voile d’Isis, qui fut également reprise par Chacornac, pour devenir les Études Traditionnelles en 1936, mais Chamuel fut toujours hostile à l’enseignement de Guénon.

12. Curieusement, en France même, beaucoup semblent ignorer qu’en dehors d’Israël, la communauté juive de France est la plus importante dans le monde après celles des États-Unis et de la Russie.

13. Sur le modèle universitaire profane, le Dr Encausse (Papus) avait fondé une « Faculté des Sciences hermétiques » qui fut un milieu de recrutement pour l’Ordre Martiniste qu’il avait également créé de toutes pièces. Les cours et les conférences étaient donnés dans les locaux de la Revue Spiritualiste, rue de Savoie à Paris (Un dossier composé de plus de cent feuillets manuscrits de ces cours et conférences a été l’objet d’une vente publique à Lyon en juillet 2013). Lors de ses investigations, et alors qu’il avait déjà reçu un enseignement de Maîtres hindous, R. Guénon, amené par un ami, y suivit plusieurs cours et assista à des conférences afin de savoir s’il existait encore des organisations initiatiques occidentales authentiques. Il y rencontra la plupart de ceux qui constituaient le « milieu occultiste » du début du XXe siècle : Papus, Teder, Sédir, Barlet, Phaneg, etc. Il s’y fit également plusieurs amis, et des ennemis non moins nombreux. Sur cet aspect de son activité si souvent mal comprise, notamment par M. J.-P. Laurant, et trop souvent utilisé à des fins dépréciatives, cf. nos études critiques des livres de MM. Ringgenberg et Bisson, Cahiers de l’Unité, n° 1 & 2, 2016. Dans Le Règne de la Quantité, au chapitre XXXVI, à propos de la pseudo-initiation, il mentionne le cas des occultistes français dont il disait qu’ils « ne savaient que trop bien qu’il n’y avait rien derrière eux, que leur œuvre n’était véritablement que celles de quelques individualités réduites à leurs propres moyens. »

                  Certains cours d’hébreu étaient dispensés dans ce milieu par le comte René Philipon (1870-1936), sous le nom de Jean Tabris, alors membre du Suprême Conseil de l’Ordre Martiniste. Il fit également partie de la Hermetic Brotherhood of Luxor (H.B. of L.), mais comme le rapporte Guénon, le 5 février 1933, « il dit que, là comme ailleurs, il a été déçu et n’a pas trouvé ce qu’il espérait... » À la demande de Henri Chacornac qui avait racheté en 1901 la « Bibliothèque Rosicrucienne » initialement publiée pas le libraire-éditeur Chamuel, Philipon en prit la direction en la finançant. Ce bibliophile est notamment le traducteur (ou le commanditaire pour certains titres) d’un Commentaire sur le Cantique des Cantiques par Rabbi Baer Issa’char (1898) ; De la cabale saracénique et ismaélite par Athanase Kircher ; La véritable Alchimie des Rose-Croix (petit traité contenu dans le grand album de Madathamus, traduit du latin par Jean Tabris, 1897) ; Le Traité des causes secondes par Jean Trithème (1897) ; c’est lui qui aurait traduit de l’allemand les Enseignements secrets de Martinez de Pasqually par Franz von Baader (1900). Une présentation de sa collection d’objets d’art d’Extrême-Orient et d’Asie centrale a été publiée en 1926 avec une préface d’un ami de R. Guénon, Joseph Hackin, directeur du Musée Guimet (Dans une lettre du 15 août 1927, il disait de ce dernier qu’« il est très gentil, mais je ne sais pas au juste ce qu’il peut comprendre. »)

                Tout cela ne veut pas dire que Philipon était particulièrement qualifié, comme le remarque Guénon dans une lettre de novembre 1931 : « Philipon s’est manifesté de nouveau, déclenché cette fois par mon article d’octobre [« Sheth »] ; il se lamente, disant qu’il a oscillé toute sa vie entre la  voie initiatique et la voie mystique, pour n’aboutir finalement à rien ; au fond, il semble assez à plaindre ; mais ce qui est vraiment extraordinaire, c’est que cela ne ressemble plus en rien au ton grandiloquent et prophétique de la lettre qu’il m’avait adressée il y a quelques années ! » Le 21 avril 1933, il ajoutait : Philipon continue à m’accabler de lettres, qui ressassent toujours à peu près les mêmes choses ; du moins n’y a-t-il chez celui-là aucune arrière-pensée. » Philipon ayant désigné son chauffeur comme héritier, sa bibliothèque et ses archives ont été vendues en salle des ventes en 1939 et en 2014 (cf. Bibliothèque du comte René Philipon (1870-1936) (châtelain de Vertcœur) : Hôtel Drouot, mercredi 17 décembre, Paris, 2014). Guénon resta en correspondance avec Philipon jusqu’à sa mort en 1936. Nous ne savons pas qui détient aujourd’hui toutes les lettres que Guénon lui adressa ; nous invitons son détenteur à nous en adresser une copie.

14. Guénon n’était peut-être pas un hébraïsant de première force, au sens moderne, comme le lui reproche également M. Fenton, mais on se souviendra qu’il disait qu’il ne convient pas de s’étendre « à perte de vue sur des questions de détails », et que les méthodes des grammairiens et des érudits présentent le danger de rétrécir « l’horizon intellectuel de ceux qui s’y soumettent. » Dans les études doctrinales, il faut se garder à la fois des rêveries extravagantes ou approximatives et d’une certaine érudition vétilleuse, laquelle cache souvent une volonté monopolistique.

              Guénon connaissait cependant suffisamment bien la langue hébraïque, au sens traditionnel, pour en parler avec autorité, comme l’indique notamment ce passage :  « Le mot ראֶה [roèh] (il n’y a pas de ו) signifie exactement “celui qui voit” (de רָאָה, voir), comme rishi en sanscrit ; il n’équivaut pas à rasûl [Envoyé légiférant] ; mais seulement à nabi, [« Celui qui parle par inspiration » en hébreu ; « Prophète confirmateur » en arabe] et il était en usage alors que le mot nabi n’existait pas encore. Le sens a certainement un rapport direct avec la vision du “3e œil”. » (Lettre du 30 octobre 1933, voir aussi la note 21 de « Kundalinî-Yoga ») Il ajoutait dans une autre lettre qu’il ne croyait pas « qu’il y ait eu en hébreu un équivalent de “rasûl” [Envoyé légiférant] ; il ne semble pas que la distinction de ces différents degrés s’y trouve précisée comme en arabe. »

               Il faut d’ailleurs ajouter que si certaines parties du Zohar sont dans une langue proche de l’hébreu rabbinique, d’autres, pour écarter les profanes, sont écrites dans un araméen difficile plus proche du Targum (traduction araméenne de la Bible) que du Talmud. À propos de l’hébreu, voici ce qu’il écrivait à Jean Granger/Tourniac : « Je pense que vous avez très bien fait de vous mettre à l’étude de l’hébreu ; pour ce qui est de Fabre d’Olivet, vous pourrez sûrement y trouver bien des choses intéressantes, mais il faut le lire avec précaution, car tout n’y est pas à accepter sans réserve. Quant à l’arabe, il a beaucoup de ressemblance avec l’hébreu pour les racines, mais il est vrai que la grammaire est beaucoup plus difficile et plus compliquée. – Vous parliez de Vulliaud, mais connaissez-vous sa “Kabbale juive” ? C’est sans doute le livre le plus sérieux sur ce sujet, bien qu’il soit un peu trop encombré par des discussions qui noient l’essentiel ; il a eu l’intention d’en faire une autre édition en élaguant tous ces “à-côtés”, et il est regrettable que, jusqu’ici du moins, il ne l’ait pas réalisée. Je n’ai pas vu l’ouvrage récent d’H. Sérouya, mais ce qu’on m’en a dit, et aussi un article du même auteur dont j’ai eu connaissance, m’en donne une opinion tout à fait défavorable. – Pour ce qui est de l’initiation kabbalistique elle-même, on peut dire qu’elle est pratiquement inaccessible… »

15. Charles Mopsik, « Les formes multiples de la cabale en France au vingtième siècle », Réceptions de la cabale, Paris-Tel-Aviv, 2007. Ch. Mopsik (1956-2003) est le fondateur de la collection « Les dix paroles » aux éditions Verdier, dans laquelle furent notamment publiés plusieurs tomes de sa traduction du Zohar.

16. Cf. « Kundalinî-Yoga », Le Voile d’Isis, octobre et novembre 1933.

17. « Métaphysique et dialectique », É. T., juillet-août 1950.

 
 
 
 
 
 
 
 
Le roi David priant devant les Psaumes

Le roi David priant devant les Psaumes

(Aggada par Joseph ben David de Leipnik, 1730)  

Ruah ha-Kodesh (« Esprit Saint »)

Détail où l’on peut lire les mots Ruah ha-Kodesh (« Esprit Saint »)

Henri Chacornac
Lucien Mauchel

Lucien Mauchel

Le voile d'Isis

Dr Gérard Encausse (Papus)

(1887-1979)

Papus dans le bric-à-brac de la Loge de son Ordre Martiniste située dans l’arrière-boutique de la librairie de Chamuel

Comte René Philipon

Comte René Philipon (Jean Tabris)

Emblème de la Hermetic Brotherhood of Luxor (H.B. of L.)

Paul Vulliaud

Charles Mopsik

 © Marc Attali

 

18. « Kabbale et science des nombres », É. T., août-septembre  1933. Le 5 décembre 1933, il écrivait : « Je pense que les kabbalistes n’ont jamais transmis leur initiation qu’à des disciples choisis un à un, et restant toujours très peu nombreux. » Le 11 novembre 1933, il ajoutait : « S’il est certain qu’il existe encore des Kabbalistes, il ne l’est pas moins qu’ils se refusent absolument à communiquer quoi que ce soit aux non-Juifs ; il paraît qu’ils sont généralement fort difficiles pour admettre même des élèves Juifs, et que certains ne veulent plus avoir d’élèves du tout. En somme, c’est toujours la même chose : tout se ferme de plus en plus, et il y a même des choses qu’on semble vouloir laisser éteindre, tout au moins extérieurement. » Le 22 mars 1935, il répondait : « Depuis que les vrais Rose-Croix se sont retirés de l’Occident, il semble bien qu’il n’y existe plus aucun centre initiatique réellement vivant. Il y a encore des vestiges, je veux dire quelque chose qui représente bien des organisations initiatiques, mais en fort mauvais état : la Maçonnerie et le Compagnonnage. En dehors de cela, il n’y a que charlatanisme ou fantaisie, en un mot “pseudo-initiation”… et même aussi parfois quelque chose de pire, qui relève de la “contre-initiation”. – Je dois cependant ajouter qu’il est possible qu’il y ait encore ça et là quelques Kabbalistes ; mais ils ne se font pas connaître et doivent être fort difficiles pour accepter des élèves, même parmi les Juifs ; quant aux non Juifs, cela leur est pratiquement inaccessible. » Ce qui ne veut pas dire que cela leur est strictement impossible : R. Guénon ne ferait-il pas partie de ces exceptions ? 

                  Il était d’ailleurs difficile de trouver des collaborateurs compétents sur le sujet pour Le Voile d’Isis. Le 24 septembre 1933, il écrivait : « Le “Voile” d’août-septembre [Numéro spécial sur la Kabbale] m’est arrivé en même temps que votre lettre, et j’avoue que je n’en suis pas émerveillé. L’ouvrage traduit par J. de Pauly n’est pas bien intéressant en effet ; d’abord, la traduction, à part le préambule, ne comporte qu’un tout petit fragment ; ensuite, ce n’est pas du tout un “traité kabbalistique” comme l’avait dit Vulliaud, ce ne sont que des considérations procédant d’un point de vue tout à fait exotérique et qui rappelle beaucoup celui de Drach. Mais ce qui m’a le plus stupéfait, c’est la sottise de certaines réflexions de J. de Pauly ; il fallait du reste que ce soit bien fort pour que Vulliaud lui-même éprouve le besoin de protester ; et, dans ces conditions, je me demande ce que celui-là encore a jamais bien pu comprendre à la Kabbale ! – Quant à l’article de Warr. [Francis Warrain], il est parfaitement incompréhensible, encore plus qu’à l’ordinaire, et je ne sais pas quels éclaircissements on pourrait y trouver... »

19. Cf. Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, ch. XXXVI. 

20. Alphonse-Louis Constant (1810-1875), alias Éliphas Lévi, qui semble avoir été l’inventeur du mot « occultisme », voulait constituer un corps de doctrine unique avec la Kabbale hébraïque, l’hermétisme et la magie. Ses ouvrages, quoique beaucoup moins profonds qu’ils ne veulent en avoir l’air, exercèrent une influence extrêmement étendue. On se souvient aussi de l’utilisation que fit Raymond Abellio de la Kabbale. Guénon connaissait son livre : « Je viens de recevoir le livre de R. Abellio, “La Bible document chiffré”, et je n’ai pu encore qu’y jeter un coup d’œil, mais cela me paraît bien fantaisiste ; je ne sais pas ce que contiendront les autres volumes, puisqu’il doit y en avoir plusieurs, mais je crois qu’il doit s’agir seulement d’une interprétation et non d’une traduction. Un précédent ouvrage du même auteur, “Vers un nouveau Prophétisme”, m’a déjà fait une singulière impression : il y a là-dedans une déformation de données traditionnelles, sur les cycles et autres, qui ne peut pas être entièrement involontaire, et je n’ai pas pu arriver à deviner quelles intentions il y a eu juste là-dessus, mais cela paraît assez suspect. » (Lettre du 25 juin 1950) Il le mentionnait encore, le 27 août 1950 : « Quant à celui d’Abellio, il est certain que ce n’est guère lisible, mais le plus grave est que ses procédés paraissent bien n’avoir rien d’authentiquement traditionnel, à commencer par les prétendues “valeurs ésotériques” qu’il attribue aux lettres hébraïques et sur lesquelles reposent tous ses calculs ; je ne crois d’ailleurs pas que les véritables procédés des kabbalistes aient jamais abouti à de pareilles complications numériques ; il est vrai qu’il reconnaît lui-même qu’il ne s’agit que d’une tentative de reconstitution plus ou moins hypothétique, mais je ne sais pas pourquoi les gens ont la rage de publier ainsi des choses qu’ils savent n’être pas au point... » Il ajoutait enfin, le 10 octobre 1950 : Au sujet d’Abellio, je crois, toute autre considération à part, qu’il n’y a réellement rien d’important ni de bien sérieux à tirer de ses livres ; au fond, toutes ses spéculations sur les nombres manquent de base et semblent n’être guère qu’une fantaisie de polytechnicien. »

21. Cf. Cahiers de l’Unité, n°s 1, 2, 3, 4, et 9. Dans une lettre du 14 août 1921, il écrivait : « D’autre part, j’ai pénétré aussi dans différentes organisations occultistes, ce qui était le seul moyen de les connaître vraiment, et cela ne m’empêche pas d’être un adversaire des occultistes ; je puis même dire, sans me vanter, que je suis à peu près le seul adversaire qu’ils redoutent sérieusement, et ils ont bien quelques raisons pour cela ; ces organisations-là aussi, on m’a accusé de les avoir démolies, et il y a du vrai là-dedans. Du reste, il est des gens qui, au fond, peuvent être très heureux que je me sois rendu compte par moi-même de beaucoup de choses, parce que ce n’est pas eux qui auraient jamais osé le faire. »

22. Major Trends of Jewish Mysticism, Schoken Publishing House, 1941 ; traduction française par Marie-Madeleine Davy, Paris, 1950.

23. Cf. Charles Mopsik, « La datation du Chi‘our Qomah d’après un texte néo-testamentaire », Revue des Sciences religieuses, vol. 68, n° 2, 1994 ; M. Idel, La Cabale : nouvelles perspectives, Paris, 1998. Ch. Mopsik et Éric Smilevitch remarquaient : « Les chercheurs anglo-saxons ou allemands n’ont pas hésité à remettre en cause les idées maîtresses auxquelles les recherches de Scholem semblaient aboutir (cf. P. S. Alexander, « Comparing Merkavah Mysticism and Gnosticism: An Essay in Method », Journal of Jewish Studies, Spring, XXXV, n° 1, 1984 ; P. Schäfer, « New Testament and Hekhalot literature: The Journey into Heaven in Paul and in Merkavah Mysticism », ibid. ; I. Gruenwald, Apocalyptic and Merkavah Mysticism, Leïden/Köln, 1980), cependant que, de leur côté, les chercheurs français manifestent à l’égard de l’ensemble de son œuvre une complaisance telle que seule la vénération semble, pour l’instant, admise. Il suffit de se reporter à leurs travaux les plus récents pour s’apercevoir que les thèses scholémiennes y sont accréditées sans discussion. Citons, pour l’exemple, les propos de G. Vajda, qui voit en Gershom Scholem un “maître incontesté, sinon par une bigoterie avec laquelle il est inutile de polémiquer” (Revue d’histoire religieuse, CXCII-1, juillet 1977). Scholem, il est vrai, ne pratiquait guère la critique interne, et encore moins la remise en cause des certitudes qu’il pensait acquises dès le début de ses recherches. Qui consulte, en effet, les principales œuvres de Scholem ne peut manquer d’être frappé par la constance avec laquelle certaines idées dominent tout l’ensemble, depuis ses premiers travaux jusqu’à ses recherches les plus récentes. » Ils ajoutaient : « Que penser, ensuite, des faux problèmes que Scholem pose au sujet de la mystique juive ? En se demandant si celle-ci est dualiste et hérétique, ne se trompe-t-il pas purement et simplement d’objet, en confondant les problèmes du judaïsme avec ceux du christianisme ? Relativement à quoi la littérature des Hekhalot serait-elle “hérétique” ? Ne trouve-t-on pas nombre de ses éléments dans le Talmud et le Midrach ? Quant au dualisme, si l’on entend par là l’affirmation de l’existence de deux pouvoirs distincts et concurrents, on est forcé de reconnaître qu’aucun texte n’affirme une chose pareille. » Ils concluaient : « Pourquoi G. Scholem tenait-il avec une constante persévérance à ces deux affirmations [l’idée que la mystique juive est un gnosticisme, et l’idée que ce gnosticisme y est teinté de néo-platonisme], dont nous avons critiqué le bien-fondé, reste une question à laquelle nous n’avons que des réponses partielles et insatisfaisantes. Et la raison pour laquelle les spécialistes du judaïsme dans le monde universitaire ont pendant si longtemps entouré ces affirmations d’un halo de sainteté révérencieuse nous est encore plus mystérieuse. Mais il leur revient de s’expliquer à ce sujet. » (« Observations sur l’œuvre de Gershom Scholem », Pardès, vol. 1, 1985) Inutile de dire que l’on attend toujours leurs explications... (Voir aussi, David Banon, « Le débat entre Moshe Idel et Gershom Scholem », Réceptions de la cabale, p. 241, Paris-Tel-Aviv, 2007)

                Avant Vulliaud, en 1921, Guénon écrivait : « C’est ainsi qu’on s’est efforcé, par exemple, de “rajeunir” la Qabbalah hébraïque de façon à pouvoir y supposer une influence alexandrine et néo-platonicienne, alors que c’est très certainement l’inverse qui s’est produit en réalité ; et cela toujours pour la même raison, c’est-à-dire uniquement parce qu’il est convenu a priori que tout doit venir des Grecs, que ceux-ci ont eu le monopole des connaissances dans l’antiquité, comme les Européens s’imaginent l’avoir maintenant, et qu’ils ont été, toujours comme ces mêmes Européens prétendent l’être actuellement, les éducateurs et les inspirateurs du genre humain. » (Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues, 1re partie, ch. V) Dans son compte rendu, Guénon a également précisé que Vulliaud « a détruit un certain nombre de légendes trop répandues (par ces mêmes “rationalistes”) et dénuées de tout fondement, comme celle qui veut rattacher la Kabbale aux doctrines néo-platoniciennes, celle qui attribue le Zohar à Moïse de Léon, en en faisant ainsi une œuvre datant seulement du XIIIe siècle, celle qui prétend faire de Spinoza un kabbaliste, et d’autres encore plus ou moins importantes. »

              À la différence des orientalistes, en 1934, il disait aussi la même chose pour l’ésotérisme islamique : « le Soufisme même est arabe avant tout, et sa forme d’expression, dans tout ce qu’elle a de vraiment essentiel, est étroitement liée à la constitution de la langue arabe, comme celle de la Qabbalah juive l’est à la constitution de la langue hébraïque ; il est arabe comme le Qorân lui-même, dans lequel il a ses principes directs, comme la Qabbalah a les siens dans la Thorah ; mais encore faut-il, pour les y trouver, que le Qorân soit compris et interprété suivant les haqâïq [les vérités essentielles], et non pas simplement par les procédés linguistiques, logiques et théologiques des ulamâ ez-zâher (littéralement “savants de l’extérieur”, ou docteurs de la shariyah, dont la compétence ne s’étend qu’au domaine exotérique). » (« Le Soufisme », Le Voile d’Isis, août-septembre 1934) Ce qui est évident aujourd’hui ne l’était pas à l’époque où il rédigea son article.

24. « La Kabbale juive » (compte rendu paru en italien dans la revue Ignis, 1925. Nouvelle traduction française par Patrice Brecq, Vers la Tradition, p. 24, juin-juillet-août 2011).

25. Ibid., p. 25, Dès 1921, donc avant la parution du livre de Vulliaud, Guénon avait déjà signalé : « dans le Judaïsme, où l’ésotérisme est représenté par ce qu’on nomme Qabbalah, mot dont le sens primitif n’est autre que celui de “tradition”, et qui s’applique à l’étude des significations plus profondes des textes sacrés, tandis que la doctrine exotérique ou vulgaire s’en tient à leur signification la plus extérieure et la plus littérale. » (Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues, 2e partie, ch. IX)

26. « La Kabbale juive », p. 17.

27. Ibid. Guénon poursuivait : « et il est préférable de s’abstenir de parler de certaines compilations, aussi indigestes que fantaisistes, comme celle de Papus, à la fois occultiste et vulgarisateur, et porté par là à déformer doublement les doctrines qu’il prétend exposer. » Il donnait cette précision dans le compte rendu inédit du même ouvrage, destiné à la Revue de Philosophie.

28. Exposée dans VlT, pp. 17-24. Dans une lettre du 22 avril 1932, il écrivait : « Pour Vulliaud, je pense comme vous quant aux limites de sa compréhension. » Le 8 novembre 1948, il précisait que Vulliaud n’était pas un véritable ésotériste ni un philosophe, « mais plutôt un “érudit” d’une qualité supérieure à l’ordinaire. » Le 20 novembre 1925, il avait signalé que Vulliaud « a été plutôt mécontent de mon article ; il s’imagine que lui seul connaît la Kabbale et est capable d’en parler. »

29. Georges Vajda, Revue des Études Juives, n° 136, 1977.

30. Personne n’a mesuré à sa juste valeur l’indépendance et le courage de Guénon à cette occasion. Ils ne sont pourtant pas nombreux les doctorants capables d’une telle audace. Le rapport de Sylvain Lévi a été publié dans le n° spécial « René Guénon » de Science sacrée, pp. 452-454. D’autre part, nous envisageons de consacrer une étude critique à L’invention de l’Inde (Paris, 2007). Son auteur, M. Roland Lardinois, membre du Centre d’études de l’Inde et de l’Asie du sud de l’EHSS et du CNRS, est un sociologue bourdieusien, c’est-à-dire néo-marxiste, qui semble négliger les travaux de Raymond Boudon. Il est violemment hostile à l’œuvre de René Guénon pour des raisons idéologiques qui n’ont pas grand-chose à voir avec la connaissance de l’Hindouisme.

31. Pour son mémoire, cf. Science sacrée, n°s 5-6, pp. 6-7, mai 2004 ; pour l’agrégation, cf. le n° spécial « René Guénon », pp. 446-451.    

32. Il a déjà été signalé dans cette revue que Gershom Scholem, considéré comme un spécialiste de la Kabbale et président de l’Académie israélienne des Lettres et des Sciences, avait refusé de recevoir l’enseignement d’un authentique kabbaliste de Jérusalem au prétexte que celui-ci mettait comme condition à son enseignement que Scholem ne posât point de questions. (Cf. C. G., « Le Centre suprême », note 34, Cahiers de l’Unité, n° 5, 2017)

33. Les choses ont considérablement changé depuis, du moins si l’on veut bien lire M. Julien Darmon : « Dans la mesure où la notion d’un ésotérisme semble consubstancielle à toute tradition spirituelle, il n’est pas douteux qu’une tradition ésotérique du judaïsme ait existé bien des siècles avant qu’elle ne fût appelée “kabbale”. Elle est, à tout le moins, attestée par les premiers textes rabbiniques du début de l’ère courante, de la Mishna aux Talmuds, ainsi que par des textes de nature spéculative, visionnaire ou opérative : Sefer Yetsira sur les soubassements alphabétocosmiques de la Création, littérature des Palais sur les voyages de l’âme dans les mondes angéliques, midrashim révélant les secrets passés et futurs de l’histoire sainte. » Il remarque encore : « Ce n’est pas que le judaïsme aurait à un moment de son histoire rencontré une tradition ésotérique extérieure et se serait hybridé à son contact ; au contraire, son ésotérisme lui est immanent, comme il est immanent à toutes traditions spirituelles, et il n’existe pas nécessairement de solution de continuité entre les traditions exotériques et ésotériques du judaïsme, notamment dans les matières eschatologiques. » (art. cit., 2012) Tout ceci qui va de soi aujourd’hui chez certains universitaires, n’était pas du tout accepté il n’y a pas si longtemps. Certes, on pouvait le comprendre dès 1925 grâce à René Guénon, mais il était le seul à le dire publiquement. Rappelons que M. Darmon est docteur de l’EHESS, où il a soutenu sa thèse sous la direction de Charles Mopsik.

34. Nicolas Sed (1958-2008) est né en Hongrie, et s’est établi en France  en 1948. Après avoir étudié les beaux-arts à Budapest et à Paris, il exerça comme architecte et se consacra progressivement, comme chercheur au CNRS, à l’étude des textes spirituels juifs anciens et chrétiens de langue syriaque et mandéenne. Outre sa thèse de doctorat sur La Mystique cosmologique juive (Paris, 1981), rappelons quelques titres de ses études : « Le Mêmar samaritain, le Sefer Yesîrâ et les trente-deux sentiers de la Sagesse », Revue de l’histoire des religions, tome 170, n° 2, 1966 ; « La Shekhina et ses amis “araméens” », Mélanges Antoine Guillaumont. Contributions à l’étude des christianismes orientaux, Cahiers d’Orientalisme, n° 20, Genève, 1988 ; « L’alchimie et la science sacrée des lettres : notes sur l’alchimie juive à propos de l’Ésh mesareph », dans Alchimie, art, histoire et mythes (Paris, SÉHA, Milan, Archè, 1995). On souhaite qu’un recueil de ses textes épars soit publié un jour prochain.

35. Cf. Le Principe de l’ego dans la pensée indienne classique : La notion d’ahamkara (Paris, 1978), Sept récits initiatiques tirés du yoga-vasistha : l’imaginaire de l’au-delà (Paris, 1987) ; Shankara et la non-dualité (Paris, 2017).

36. Cf. Outre ses nombreux articles, dont un recueil complet serait précieux pour beaucoup, citons ses deux principaux ouvrages : Le Sceau des Saints, Prophétie et Sainteté dans la doctrine d’Ibn ‘Arabî (Paris, 1986) ; Un Océan sans rivage. Ibn ‘Arabî, le Livre et la Loi (Paris, 1992).

37. Cf. Ibn ‘Arabî, ou la quête du Soufre Rouge (Paris, 1989 ; La Maison  muhammadienne. Aperçus de la dévotion au Prophète en mystique musulmane (Paris, 2015).

38. En plus de ses nombreux articles, dont on espère également un recueil, on peut rappeler ses traductions d’Ibn ‘Arabî, Le Livre de l’Arbre et des Quatre Oiseaux (Paris, 1984) ; Le dévoilement des effets du voyage (Combas, 1994).

39. Il est l’auteur d’environ 300 articles et d’une vingtaine d’ouvrages, parmi lesquels, on peut citer Les Druides (Rennes, 1986) ; La Civilisation celtique (Rennes, 1990) ; La Société celtique (Rennes, 1991). Bernard Sergent les décrit, lui et son épouse, F. Le Roux, comme « les meilleurs  connaisseurs français contemporains de la religion celtique, des langues et littératures celtiques. » (Cf. Revue de l’histoire des religions, n° 205, Année 1988).

40. Cf. notre étude critique du livre de M. Ringgenberg, Cahiers de l’Unité, n° 1, 2016.

41. « La Kabbale juive » ; « Le Cœur du Monde dans la Kabbale hébraïque » ; « Le Siphra di-Tzeniutha » ; « Qabbala » ; « Kabbale et science des nombres ».

 

42. « Saint Bernard » ; « Le Christ Prêtre et Roi » ; « Christianisme et initiation » ; « À propos des langues sacrées » ; « Sacré-Cœur et légende du Saint Graal » ; ses études sur Dante, etc.

43. « L’ésotérisme islamique » ; « Et-Tawhîd » ; « El-faqru » ; « Er-Rûh », etc.

44. « Kundalinî-Yoga » ; « Le Cinquième Vêdâ » ; « Tantrisme et Magie ».

45. « Taoïsme et Confucianisme » ; La Grande Triade.

46. Cf. Michel Vâlsan, « La fonction de René Guénon et le sort de l’Occident. » (É. T., 1951) Une autre des raisons pour lesquelles il ne pouvait prendre la Kabbale comme point d’appui principal pour l’exposé de la doctrine était le fait qu’il lui semblait qu’« elle ne dépasse jamais un certain niveau, du moins dans ce qui est écrit, et c’est encore assez loin de la métaphysique pure. » (Lettre du 22 avril 1932) Bien entendu, il revient à ceux qui contestent ce point de le démontrer. Au chapitre IX de l’Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues (2e partie), il avait déjà signalé cet aspect : « Il faut noter, à cette occasion, qu’il y a quelque chose d’analogue dans le Judaïsme, où l’ésotérisme est représenté par ce qu’on nomme Qabbalah, [...] ; seulement, cette Qabbalah est, d’une façon générale, moins purement métaphysique que l’ésotérisme musulman, et elle subit encore, dans une certaine mesure, l’influence du point de vue proprement religieux, en quoi elle est comparable à la partie métaphysique de la doctrine scolastique, insuffisamment dégagée des considérations théologiques. Dans l’Islamisme, au contraire, la distinction des deux points de vue est presque toujours très nette ; cette distinction permet de voir là mieux encore que partout ailleurs, par les rapports de l’exotérisme et de l’ésotérisme, comment, par la transposition métaphysique, les conceptions théologiques reçoivent un sens profond. »

47. « Quand je parle de métaphysique, je pense surtout à la réalisation, puisque la théorie n’est qu’une préparation à celle-ci. » (19 décembre 1948 ; c’est Guénon qui souligne)

48. Le 24 septembre 1933, il répondait à une question à ce propos : « Pour votre question au sujet de l’initiation, en ce qui vous concerne, que voulez-vous que je vous dise ? Je n’en sais rien, et cela n’est point mon affaire, puisque, fort heureusement pour moi, je ne suis chargé de rien à cet égard ; et, pour le dire franchement, tout ce que je demande est de n’avoir jamais un tel rôle à jouer, car je vous assure que cela ne m’irait d’aucune façon ! » Il ajoutait, le 30 octobre 1933 : « Pour ce qui est de l’initiation, je ne sais vraiment pas ce que je pourrais bien vous dire, ignorant moi-même tout autant que vous les opportunités qui pourront se présenter à l’avenir... » Il le précisa publiquement dans l’« Avant-propos » des Aperçus sur l’Initiation : « Quant à nous, nous ne sommes nullement chargé d’amener ou d’enlever des adhérents à quelques organisations que ce soit, nous n’engageons personne à demander l’initiation ici ou là, ni à s’en abstenir, et nous estimons même que cela ne nous regarde en aucune façon et ne saurait aucunement rentrer dans notre rôle. »

49. Cf. Marc Brion, « Génération spirituelle de René Guénon », Cahiers de l’Unité, n° 1, 2016.

50. Dans l’Hindouisme, la doctrine métaphysique n’est pas voilée par une forme exotérique, comme dans les religions abrahamiques. Elle s’offre à tous ceux qui sont intellectuellement qualifiés pour en retirer un bénéfice effectif. En Inde, ceux qui n’ont pas cette capacité participent de la tradition par la smriti et les récits symboliques que sont les Purânas. S’il y a incontestablement un aspect secret dans le Tantrisme, aspect que l’on pourrait faire correspondre à l’ésotérisme, ce n’est pas tant au point de vue de la doctrine que celui de la méthode. (Cf. Marc Brion, « Le secret des Cinq Makaras », Cahiers de l’Unité, N° 3, 2016) Pour ce qui concerne la réalisation, il en est de même dans les autres voies de l’Hindouisme. Guénon disait que « depuis le Kali-Yuga », en Orient comme en Occident, l’initiation est « une nécessité de fait. » (Lettre du 15 août 1927).

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Le Voile d'Isis La Kabbale

Encart publicitaire d’une revue occultiste en 1923. Elle montre l’importance que ce milieu accordait à la pseudo-kabbale d’Eliphas Lévi.

La Bible document chiffré
Raymond Abellio

Raymond Abellio (Georges Soulès) (1907-1986)

Gershom Scholem (1897-1982)

Gershom Scholem

(1897-1982)

le Gaon de Vilna

Au XVIIIe siècle le Gaon de Vilna

(1720-1797) avait  déjà montré qu’il n’y a pas d’opposition entre les textes talmudiques et ceux de la Kabbale

Annotation de la Gémara par la main du Gaon de Vilna.

Annotation de la Gémara par la main du Gaon de Vilna. Rabbi Menahem Tsionni (XIVe siècle) commence son Tsefuney Tsionni par ces mots : « Sache mon fils, que nous avons reçu une tradition (kabbalah) de nos pères et des pères de nos pères, transmise oralement depuis Moïse notre maître, que la paix repose sur lui. »

Signature du rabbin kabbaliste Haïm Joseph David Azoulay (Hida) (1724-1807) (Cf. The Diaries of Rabbi Ha‘im Yosef David Azulai. Translated and annotated by Benjamin Cymerman, Jérusalem, 1997)

La Cabbale - Papus
Sephiroth Kabbale
Le Portail des cieux
Tombeau d’Isaac Louria (1534-1572) à Safed

Tombeau d’Isaac Louria (1534-1572) à Safed

La Mystique cosmologique juive
Le Sceau des saints
Ibn Arabi

Christian Guyonvarc’h

(1926-2012)

Les Visages sephirotiques (Partzufim) 

Les Visages sephirotiques (Partzufim) 

Lieu de l’Assemblée d’Idra

Lieu de l’Assemblée d’Idra, près de Meron, où Shimon bar Yohaï, l’auteur du Zohar, enseigna à ses disciples la doctrine des Partzufim.

 

51. Cf. « Métaphysique et dialectique », É. T., juillet-août 1950. En Occident, personne ne l’avait fait avant lui.

52. L’expression est particulièrement mal choisie. En dehors de Platon, dans les religions, « l’Autre » est une manière de désigner le « diable ». Dans la Kabbale, Sitra Ahra signifie littéralement l’« Autre côté », celui qui est opposé à la sainteté représentée par les Sephiroth, c’est le « monde des écorces » (ôlam qlippoth) ; le côté « maléfique », correspondant à la « gauche », du côté de la « Rigueur », où sont placés les « damnés » représentant les résultats négatifs de la manifestation cyclique.

[53. Le 8 novembre 1948, il ajoutait : « Si vous avez voulu dire seulement, au sujet de l’ésotérisme, que les possibilités d’atteindre les états les plus élevés ont été plus ou moins “ouvertes” suivant les époques, nous sommes bien d’accord ; de même aussi en ce qui concerne Metatron et ses manifestations. »]

54. Les difficultés et les persécutions en Occident n’étaient pas une conséquence du comportement des Juifs, mais venaient des populations indigènes peu capables d’admettre une autre religion que la leur. On a beaucoup utilisé le statut de la dhimma pour décrier la tradition islamique, mais on semble avoir oublié que dans les États chrétiens ceux qui ne l’étaient pas ne disposaient d’aucun statut juridique particulier qui pouvait les protéger. 

55. C’est la véritable signification de l’adoration du Veau d’or. Celui-ci correspondait en réalité au « Taureau » des « Quatre Vivants » (Hayyôt) du Trône divin (Kisse‘ ha-kavod) ou du « Char divin » (Merkaba) comme le décrit la vision d’Ezéchiel : « Quant à la forme de leurs faces, ils avaient une face d’homme, et tous les quatre avaient une face de lion à droite, et tous les quatre avaient une face de taureau à gauche, et tous les quatre avaient une face d’aigle. » (Ez. I, 10) Eléazar de Worms indique qu’il s’agissait de fournir par lui un support qui aurait été le piédestal de la Shekhinah, la Présence immanente de la divinité, mais, comme l’indique sans doute le fait qu’il est question d’un « veau », ‘egal, c’est-à-dire d’un « taureau nouveau-né », et non d’un « Taureau » – qui est une figure de la Lex perennis dans les symboles fondamentaux de la Tradition primordiale : le « Taureau bleu du Suprême Dharma » –, on pourrait dire qu’il s’agissait d’une perception non seulement partielle, mais aussi limitative de la divinité. C’est également à cela que font allusion les récits traditionnels quand ils parlent d’une interprétation des traces rondes laissées par les pieds des anges sur le sable le long du rivage de la Mer Rouge. Toutes les explications traditionnelles de cet épisode s’articulent d’ailleurs parfaitement entre elles, mais rares sont ceux qui sont capables de les relier ensemble. (Cf. Roland Goetschel, « La faute du Veau d’Or dans l’interprétation kabbalistique de la Bible », Revue de l’histoire des religions, n° 205, 1988)

56. « Les premiers rabbins, forts de l’idée que la structure de la prière publique devait être calquée sur celle des rites sacrificiels quotidiens du Temple, ont mis en place trois offices quotidiens, appelés sha‘harit (“matinal”), min‘ha (“oblation”) et ‘arvit (“vespéral”), qui correspondent au sacrifice perpétuel du matin, à celui de l’après-midi et au brûlement des sacrifices le soir. La récitation matin et soir du Shema‘ Israël (composé de Deutéronome 6, 4-9 et 11 ; 13-21 ainsi que de Nombres 1, 37-41), pratique particulièrement prisée, car antérieure à la destruction du Temple, fut mise au centre de la prière. » (Cf. Steven Fine, « La liturgie dans la vie juive : du temple à la synagogue et retour », Aux origines du judaïsme, Paris, 2012) Pour un commentaire kabbalistique du Shémâ, cf. R. Goetschel, « Kabbale théosophique et piétisme juif rhénan au XIVe siècle », Revue des Sciences Religieuses, t. 75, n° 4, pp. 553-555, 2001.

57. Le 1er sept 1947, Guénon faisait remarquer : « Il est bien certain que l’essentiel de la Loi de Moïse ne peut pas différer beaucoup de la shariyah islamique, et surtout que celle-ci est encore plus proche de la Loi d’Abraham ; je ne vois pas trop ce qu’on pourrait objecter à cela, ni où on pourrait ailleurs retrouver cette Loi d’Abraham, puisque, dans le Christianisme tel qu’il existe actuellement, il est évident qu’il n’y a plus rien qui corresponde réellement à la notion même de la shariyah. »

58. Dans une lettre du 15 octrobre 1916, il indiquait : « Le mot rich qui vient de rig en composition, est primitivement une...

 

 

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du numéro 10 des Cahiers de l'Unité

 
 

Selon Rabbi Menahem Tsionni, il y a dix sephiroth saintes et pures, et, à l’inverse, il y a dix sephiroth de l’impureté. C’est ce qu’indique un verset de la Genèse (45, 23) : « Il envoya à son père dix ânes chargés de ce qu’il y avait de meilleur en Égypte, et dix ânesses chargées de blé, de pain et de vivres, pour son père pendant le voyage. » Les dix ânes sont les dix sephiroth de l’impureté. La plus grande parmi elles est dénommée « âne » (hamor). De même que l’aspect masculin du mal se déploie en dix sephiroth, il va de même pour son aspect féminin. (Cf. R. Goetschel, « Kabbale théosophique et piétisme juif rhénan au XIVe siècle », Revue des Sciences Religieuses, t. 75, n° 4, p. 549, 2001)

Tétramorphe,

fresque d’un monastère des Météores

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