LE CENTRE SUPRÊME-VI

Le Centre suprême

‒ VI ‒

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Dédicace par Marco Pallis

Carte initiatique (tsakli) représentant la lettre tibétaine A (bîja mantra)

The All Knowing Buddha : A Secret Guide

(Rubin Art Museum, 2014) Figurations ésotériques pour la pratique initiatique du rituel  Sarvavid Vairocana  (Mongolie, XIXe s.), cf. Paul Williams, Buddhist Thought, Londres 2000.

Mont Mêru

Mont Mêru

Shashiprabha, le quatorzième roi de Shambhala, tenant la Roue du Dharma (Thangka, XVIIe siècle)

Bouddha omniscient (Bouddha Sarvavid Vairocana) et ses deux assesseurs

 Mañjusrî (rouge), Vairocana  (blanc) et Samantabhadra (bleu)

L’Empereur de Jade
Source de toute vérité, à l’instar du Soleil qui est la source de toute lumière, il est la source de toute sainteté. Un de ses attributs est la Perle blanche, symbole de l’Intellect universel.

Les Trois Purs

‘Phags Pa

L’écriture carrée de ‘Phags Pa,
avec la correspondance en tibétain, en mongol bitchig, et en chinois.

Shrî Râma

VI ‒ Les sources de Marco Pallis

Un sujet inviolable

             Marco Pallis précise qu’il avait également adressé « à des autorités mongoles » un questionnaire « sur la légende du royaume souterrain, le “Roi du Monde” et le culte de Rama. » D’après lui, « les Lamas et les Geshes mongols ont été unanimes à rejeter tout ce qu’Ossendowski à écrit » sur ceux-ci. Selon M. Pallis, « le rejet du nom ainsi que du contenu de cette légende par nombre de Lamas âgés et très instruits est, en tant que témoignage indirect et négatif, difficile à écarter, c’est le moins qu’on puisse dire. » Malheureusement pour lui, la déclaration du Tilopa Hutukhtu à un de ses disciples, qui contredit celle donnée à Lattimore, montre au contraire ce qu’il y avait de peu probant dans les réponses que pouvait obtenir Pallis. Le comble étant que c’est lui-même qui a rapporté cette contradiction dans son texte, quoiqu’il se soit gardé d’en tirer les conséquences. D’autre part, nous avons déjà dit que la terreur policière instaurée par les communistes interdisait à ce qui pouvait rester de Lamas et de geshe en Mongolie à répondre, en pleine « guerre froide », à un questionnaire venu de l’étranger, questionnaire qui touchait, nous l’avons également déjà signalé, un sujet aux implications politiques, ne serait-ce qu’en raison du simple nom d’Ossendowski.

                 Outre cette méconnaissance de la véritable situation en Mongolie, qui avait entièrement changée depuis le passage d’Ossendowski, il y avait chez Pallis une naïveté, pour dire le moins, et un esprit bien moderne pour croire qu’il lui était possible de recevoir des éclaircissements sur ce sujet éminemment sacré et  secret par ce procédé aléatoire d’un questionnaire d’une portée évidemment limitée à plusieurs égards. Il était totalement incompatible avec son objet par son caractère « nettement profane.  » Une méthode d’investigation de ce genre en dit long sur sa véritable mentalité.

                    Ses méthodes de recherches auraient été plus compréhensibles de la part d’un quelconque universitaire profane ou d’un Occidental détaché de toute tradition qui viendrait de découvrir l’œuvre de René Guénon, mais dont la mentalité serait encore imprégnée d’habitudes et de conceptions modernes. Les cas de la sorte, assez répandus, qui entrent pour la première fois en contact avec des représentants de l’Orient traditionnel pour leur poser ex abrupto des questions issues de leur lecture de l’œuvre de Guénon s’exposent naturellement la plupart du temps à des déconvenues. (1)​

                   Ceux qui ont étudié la question des initiations supérieures du Bouddhisme tantrique savent naturellement qu’il y a des enseignements secrets, rituels et doctrinaux, qui ne sont pas connus à l’extérieur, et qu’il est interdit de divulguer. Il en est de même dans toutes les voies initiatiques actuellement vivantes. Ce qui est navrant dans le cas de Pallis, c’est qu’il était pourtant lui-même rattaché au Bouddhisme tantrique (sous le nom de Thubden Tenzin). Ce qui signifie qu’il connaissait également très mal le domaine ésotérique de sa propre tradition. Il n’avait sans doute reçu qu’un enseignement doctrinal élémentaire et des initiations d’un caractère seulement partiel.

                 Il aurait pourtant dû savoir que dans la période actuelle, période d’obscurcissement et de confusion, la connaissance initiatique doit demeurer cachée et n’est transmise que d’une manière plus ou moins voilée ou secrète. (2) Il nous semble que tous ceux qui sont rattachés à une voie initiatique, et tous ceux qui ont lu sérieusement l’œuvre de René Guénon ne peuvent ignorer ce point. On voit ici que ce n’était pas le cas. Ce qui veut dire que Pallis n’avait pas étudié très attentivement l’œuvre de celui auquel il prétendait s’opposer. Ce qui d’emblée fait perdre beaucoup d’intérêt à son texte. Comment accorder de la valeur à la critique d’une œuvre, ou à une partie de celle-ci, par quelqu’un qui montre qu’il ne la connaît que de manière approximative ? (3) Il est vrai que dans le monde occidental ceux qui hésitent à s’exprimer ne sont certainement pas les demi-savants ou les ignorants : on n’entend qu’eux...

                En considérant le caractère inouï de la doctrine du Centre suprême exposée par René Guénon, – car Le Roi du Monde n’est pas un livre comme un autre –, Pallis aurait été plus avisé de se poser la question des raisons de l’échec de ses investigations plutôt que de mettre en cause l’auteur de cet ouvrage. N’ayant pas compris la situation exceptionnelle dans laquelle se trouvait la Mongolie à l’époque où Ossendowski s’y trouvait, Pallis trouvait sans doute aussi qu’il n’était guère normal que l’auteur de Bêtes, Hommes et Dieux, qu’il tenait en piètre estime, ait reçu quelques notions au sujet du « Royaume secret » alors que lui-même en ignorait tout.  

               Il est affligeant d’observer qu’il pensait que l’on pouvait entreprendre « de l’extérieur » une recherche sur la question du « Roi du Monde » dans le Bouddhisme tantrique, et avec des intentions où n’était pas absente une volonté de prendre en défaut l’enseignement de R. Guénon. C’était vraiment ne rien comprendre à cette question. Disons-le nettement : tous ceux qui entreprendront une recherche de cet ordre autrement que dans un esprit traditionnel et sans des intentions d’une parfaite rectitude sont inéluctablement voués à l’échec. La vérité leur restera voilée, insaisissable et inaccessible : c’est un sujet par nature inviolable. On l’a déjà dit plusieurs fois dans cette revue : « quand un trésor est cherché par quelqu’un à qui, pour une raison quelconque, il n’est pas destiné, l’or et les pierres précieuses se changent pour lui en charbon et en cailloux vulgaires. » Pallis en a donné un nouvel exemple. L’opiniâtreté et la méticulosité ne sont même pas des qualités suffisantes. Ils ne trouveront donc que des éléments qui les conforteront dans leurs erreurs. 

                 Ceux qui croient pouvoir contester la doctrine du Centre suprême se ridiculiseront toujours eux-mêmes en exposant l’incompréhension inhérente à leur mentalité profane : « Ces choses sont de celles qui sont et seront toujours entièrement hors de leur portée. C’est d’ailleurs pourquoi ils les nient, comme ils nient indistinctement tout ce qui les dépasse d’une façon quelconque, car toutes leurs études et toutes leurs recherches, entreprises en partant d’un point de vue faux et borné, ne peuvent aboutir en définitive qu’à la négation de tout ce qui n’est pas inclus dans ce point de vue ; et, au surplus, ces gens sont tellement persuadés de leur “supériorité” qu’ils ne peuvent admettre l’existence ou la possibilité de quoi que ce soit qui échappe à leurs investigations ; assurément, des aveugles seraient tout aussi bien fondés à nier l’existence de la lumière et à en tirer prétexte pour se vanter d’être supérieurs aux hommes normaux ! » (4)

 

Variation des régimes du secret

 

                 Nous avons dit que la question du « Roi du Monde » est sacrée, ce qui va de soi, mais aussi qu’elle est secrète. Si l’on s’étonne de ce caractère secret en faisant remarquer que R. Guénon a publié un livre à ce sujet que tout le monde peut lire, c’est que l’on ignore que le régime du secret varie dans sa forme et dans ses degrés selon le temps, les lieux et les récipiendaires. On ne doit jamais perdre de vue que la publication de l’enseignement de René Guénon en Occident est consécutive à l’apparition du monde moderne, et qu’elle est ainsi liée à des conditions spéciales d’intelligibilité. (5) À cet égard, « l’œuvre de Guénon est unique comme l’est dans un autre sens le monde auquel il s’adresse. » (6) Si la lumière qu’elle représente, contrepoint de l’obscurité du monde moderne, préfigure la manifestation totale de la vérité cachée à la fin du cycle, elle demeure néanmoins un cas exceptionnel.

             Le Roi du Monde a effectivement été publié – le grand secret a été exposé à tous –, mais seulement en Occident et dans une langue occidentale, c’est-à-dire dans une civilisation qui se trouve en dehors de toute tradition, où seuls peuvent le comprendre le petit nombre à qui il est destiné, comme il est facile de s’en apercevoir. Sans parler de l’incompréhension naturelle de la masse occidentale qui n’a pas à être prise en compte, sachant que Guénon n’écrit pas pour elle, la « révélation » (7) de la doctrine du Centre suprême en Occident ne présente guère d’inconvénients puisqu’elle est exposée dans un milieu humain où règne la plus grande confusion et où la mentalité générale est indifférente au domaine traditionnel, domaine qu’elle a marginalisé et dont elle est détachée, ou avec lequel elle n’entretient que de vagues liens superficiels, sentimentaux ou d’ordre seulement socio-culturel.

            Contrairement à ce que pensent les intellectuels Occidentaux, qui, comme tout le monde, ne voient que « midi à leur porte », et nonobstant la « mondialisation », c’est-à-dire l’occidentalisation du monde, les choses sont tout à fait différentes dans les civilisations traditionnelles. Dans celles qui sont encore pleinement vivantes, il existe toujours un exotérisme et un ésotérisme, ou ce qui y correspond. En effet, cette dichotomie est présente dans toutes les traditions à la fin du cycle, d’une manière ou d’une autre, et à un degré ou un autre. En considération du rôle de l’exotérisme, et de l’exclusivisme inhérent à son économie interne, il n’est pas difficile de comprendre que dans une tradition particulière, en dehors de circonstances spécifiques, il est impossible d’exposer ouvertement l’existence d’un centre spirituel qui lui est distinct et supérieur. (8)

                  La seule exception à cette règle est représentée par l’Hindouisme en raison du fait qu’il s’agit de la seule forme traditionnelle dérivant directement de la Tradition primordiale. Ses liens avec la Tradition universelle, dont le dépôt immuable est conservé au Centre suprême, demeurent plus apparents et plus sensibles que dans toutes les autres traditions. C’est ce que montre notamment la présence de l’idée explicite d’un Législateur primordial et universel comme celle du Manu, ainsi que celle de la fonction du Chakravartî, le « monarque universel » qui est littéralement « celui qui fait tourner la roue », sans participer lui-même à son mouvement, fonction qui s’applique exactement à celle du Manu et à ses représentants. Cet aspect a d’ailleurs été transmis au Bouddhisme. (9)

                 Il y a également une autre difficulté à laquelle ne semble pas avoir pensé Pallis ni tous ceux qui se sont intéressés à cette question, difficulté qui en masque la réalité. En effet, si les formes révèlent, elles voilent toujours en même temps. Ainsi, l’exposition de la fonction du « Roi du Monde » dans une tradition particulière ne peut se faire que par des représentations symboliques qui sont plus ou moins les mêmes que celles employées pour représenter les plus hautes fonctions spirituelles au sein de celle-ci. Non seulement parce que cette exposition ne peut se faire comprendre que dans le propre langage symbolique ou discursif de cette tradition, mais aussi parce que c’est de ce prototype universel que les fonctions de toutes les traditions particulières tiennent leur principe. Pour les mêmes raisons, l’homogénéité ou l’économie interne de chaque tradition permet également de comprendre que même dans l’ésotérisme, du moins aux degrés qui ne sont pas au-delà des formes (10), l’existence d’un tel centre ne peut se faire que dans le langage et dans les formes particulières de chacune de ces traditions.

               Ainsi, par exemple, dans le Bouddhisme mahâyâna chinois (Huayan), la fonction du « Roi du Monde » est représentée par Vairocana, tandis que Samantabhadra, placé à sa droite, et Mañjusrî à sa gauche, représentent ses deux assesseurs. Ils résident dans la « Caverne de diamant » du Mont Mêru où sont conservées les Écritures sacrées des Bouddhas du passé, et celles rédigées à « l’encre d’argent sur des feuilles d’or », ainsi que les trésors traditionnels destinés « pour l’âge après l’extinction du Dharma. » (11) Il en est de même dans le Taoïsme avec les « Trois Purs » (三清, San Ts’ing) : « L’Empereur de Jade », le « Vénéré Céleste du Trésor spirituel », et le « Vénéré Céleste du Trésor divin ». (12)

                En Islam, le « Roi du Monde », désigné par Ibn ‘Arabî dans la Préface des Révélations Mekkoises comme « Souverain, inaccessible aux démarches et protégé des regards », est identifié au Prophète considéré dans sa réalité primordiale et de Logos existencié au Centre du Monde. La hiérarchie suprême est désignée par l’expression arabe al-Malâ’ al-A‘lâ, l’« Assemblée suprême » qui se trouve dans le « Sanctuaire sacré » (Hazîrat al-quds) (13), qui désigne l’Agarttha. De plus, comme Michel Vâlsan le remarque « les rapports d’analogie entre la hiérarchie du Centre suprême et celle d’un centre particulier comportent un certain rapport d’inversion entre les fonctions de droite et de gauche, comme dans une image reflétée. » (14) Dans l’ésotérisme islamique, le Brahmâtmâ et ses deux assesseurs sont alors identifié au Prophète, à Abû Bakr et à ‘Umar. Seule  l’interversion de leur position permet de comprendre que sont ainsi désigné le Mahânga, « symbole de toute l’organisation matérielle du Cosmos » et le Mahâtma, « représentant l’Âme universelle ».

               

Phags-pa

                 Il est d’autant plus facile d’écarter le prétendu témoignage des « Lamas et des Geshes mongols » qui rejettent « tout ce qu’Ossendowski à écrit sur la légende du royaume souterrain, le “Roi du Monde” et le culte de Rama » qu’il est impossible d’accorder une quelconque confiance à l’auteur gréco-anglais, non seulement sur la manière dont il a formulé ses questions, mais aussi sur la façon dont il a pu lire les réponses. Si l’en était encore besoin, voici un exemple supplémentaire : « Le fondateur de l’ordre des “Bonnets Jaunes” (Gelugpas), auquel appartient le Dalaï Lama fut Tsong Khapa ; Ossendowski le donne toujours comme “Paspa”, nom qu’aucun de mes amis parmi les érudits tibétains n’a su identifier, bien qu’il s'agisse d'une confusion quelconque. »

              C'est Pallis qui était une fois de plus en pleine confusion et le plus étonnant dans cet exemple c’est que la transcription d’Ossendowski est parfaitement reconnaissable. Il s’agit évidemment de Drögon Chögyal Phagpa (འགྲོ་མགོན་ཆོས་རྒྱལ་འཕགས་པ་) (1235-1280), cinquième Grand Maître de l’École Sakya du Bouddhisme tibétain, premier Lama vice-roi du Tibet, bien connu de ceux qui ont la moindre connaissance du Lamaïsme mongol, ne serait-ce qu’à cause de l’alphasyllabaire qui porte son nom. Cette écriture carrée avait été commandée par Qubilaï Khan, le petit-fils de Genghis Khan  (Chingiss Khan), pour transcrire toutes les langues de son empire. (15)

                  Alors que Pallis a mentionné à une autre occasion, comme  on l’a vu, le Sakya Lama, on découvre qu’il ignorait que ‘Phags pa ou aP‘ags pa est un des personnages majeurs de l’ordre Sakya pa, à l’origine d’une des premières diffusions du Lamaïsme chez les Mongols par son rôle de maître spirituel auprès de Qubilaï Khan. (16) Dans le glossaire qui figure à la fin de la traduction française de Bêtes, Hommes et Dieux (1924), Paspa (‘Phags-pa selon la transcription Wylie) est donné comme le « fondateur de la secte jaune qui prédomine à présent dans le Lamaïsme », on comprend que Ossendowski fasse cette confusion, mais non Pallis. Que des érudits tibétains, comme les qualifie improprement Pallis, ne reconnaissent pas ce nom peut s’expliquer de plusieurs façons, l’une d’entre elles est que les connaissances traditionnelles n’ont rien à voir avec l’érudition, et que ces tibétains ne connaissaient pas l’histoire du Lamaïsme mongol ; ainsi il n’y aurait rien d’extraordinaire à ce qu’ils aient ignoré également qui étaient Undur-Gheghen ou Baber, mentionnés au chapitre 46 en même temps que Paspa.

                    Pallis et ses amis tibétains ne savaient pas que le Bouddhisme mongol remonte au moins au IVe siècle de notre ère. La conception discontinue et désarticulée de l’histoire des peuples de Mongolie a été récemment dénoncée par Mme Dominique Dumas : « L’ancien bouddhisme turco-mongol, en tant que tradition pérenne propre à ces peuples, est absent de nos ouvrages de référence. Le bouddhisme mongol est par ailleurs réputé être abruptement apparu au XIIIe siècle et avoir trouvé sa source au Tibet – quand son histoire ne se trouve pas encore plus tronquée, puisque selon certains auteurs le bouddhisme n’aurait été introduit qu’au XVIe siècle » ! (17)

                 

Shrî Râma

 

          À propos du « culte de Râma », sa présence d’une significative persistance peut être observée dans toute l’Asie. (18) L’orientaliste Jean Filliozat relevait très justement que « les thèmes des deux grandes épopées indiennes, et celui du Râmâyana plus peut-être encore que celui du Mahâbhârata, sont certainement ceux qui ont connu dans le monde la plus vaste diffusion et la plus constante popularité depuis leurs origines jusqu’à nos jours. » (19)

                  Le plus étonnant serait donc que l’on ne relève aucune trace du « culte de Râma » en Mongolie plutôt que sa mention. De fait, ce n’est pas le cas. Pallis a mentionné l’avis du professeur V. Raghavan qu’il a consulté sur un autre point, mais il aurait été plus avisé de prendre connaissance de l’important recueil d’études publié sous sa direction : The Râmâyana Tradition in Asia (Delhi, 1980). Il aurait alors non seulement pu y apprendre qu’il existe une version populaire du Râmâyana en langage Kalmuk des rives de la Volga (pp. 651-652), mais il aurait aussi pu y lire le texte de T. S. Damdinsuren, Râmâyana in Mongolia. (p. 653 et sq.). (20) Celui-ci conclut son étude en affirmant « que le Râmâyana sous la forme de différentes histoires était plus que largement connu en Mongolie. »

              Il existe d’ailleurs aussi une Histoire de Râma en tibétain. (21) Dans les récits tibéto-mongols le dernier roi de Shambhala, Drag-po ‘khor-lo, sera accompagné de son général Hanumanda, or ce dernier nom n’est que la forme tibétaine d’Hanumân, le général des singes dans le Râmâyana qui relate la geste de Râma. Selon T. S. Damdinsuren, le culte des singes parmi les Lamas mongols viendrait de là. Encore aujourd’hui, le Râmâyana, sous diverses versions, est très répandu en milieu bouddhiste, il y a au Siam et au Cambodge, le Râmakien (« Gloire de Râma ») et le Râmakerti (22) ; il existe également des versions en chinois, en annamite, en laotien et en kavi (javanais et balinais). On ne peut mieux faire ici que de renvoyer au recueil d’études intitulé Asian Variations in Ramayana (Delhi, 1983). Au Siam, qui fit partie de l’empire mongol, Râma Kamheng qui proclame, au XIIIe siècle, son appartenance et celle de son peuple au...

C. G.

(À suivre)

 

La suite de cet article est exclusivement réservée aux acheteurs

du numéro 10 des Cahiers de l'Unité

 

Pour citer cet article :

C. G., « Le Centre suprême (VI), Les sources de Marco Pallis », Cahiers de l’Unité, n° 10, avril-mai-juin, 2018 (en ligne).

 

© Cahiers de l’Unité, 2018 

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